Hépatite C : bientôt un traitement beaucoup moins coûteux

Plus de 300 000 Marocains seraient atteints du virus de l’hépatite C. Le Maroc est en train de tester un médicament qui coûterait 3 000 DH au lieu de750 000 DH.

Bonne nouvelle pour les malades atteints de l’hépatite C au Maroc. Dans les prochaines semaines, ils auront droit à un traitement médical beaucoup moins prohibitif que le médicament disponible actuellement sur le marché, produit par les laboratoires américains Gilead Inc. Le traitement avec le nouveau médicament, un générique du Sofosbuvir (ou sovaldi), coûtera

3 000 DH au lieu de 750 000 DH, et il sera produit par des laboratoires installés au

Maroc, annonce El Houssein El Ouardi lors d’une conférence de presse tenue lundi 5 octobre consacrée à la présentation de l’avant-projet du service sanitaire national, des priorités du secteur de la santé, ainsi que du plan d’action du ministère pour l’année 2016. Le médicament produit par la société américaine, selon le ministre, a des effets secondaires minimes, avec un taux de guérison plus élevé. Seul problème, son coût élevé. Pour obtenir un prix raisonnable, le Maroc aurait bataillé auprès de quelques ONG internationales, dont l’alliance «Droit d’accès aux soins au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ITPC-MENA», pour être autorisé à produire sur place le générique en question.

Pour avoir plus de données sur ce dernier et sur ce nouveau traitement au Maroc, nous avons plusieurs fois contacté les services du ministère de la santé, mais sans résultat. A consulter la documentation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) relative à cette maladie, il s’avère en effet que le traitement le plus largement utilisé jusqu’à récemment (2014) est basé sur l’interféron associé à la ribavirine, lequel nécessitait des injections hebdomadaires pendant 48 semaines. Ce traitement guérit 50% des patients, mais ses effets secondaires sont importants. Cette bithérapie est devenue «le traitement classique de l’hépatite C, encore en vigueur jusqu’à aujourd’hui au Maroc, soit une injection trois fois par semaine. Avec un taux de guérison qui va jusqu’à 63% des cas», confirme le Dr Abdelhak Mellah, hépatogastroentérologue, ancien responsable de service gastro-entérologie à la polyclinique CNSS Derb Ghallef de Casablanca. Durant ses 32 ans de pratique, il a été témoin de toutes les péripéties de cette maladie pour avoir été en contact avec les porteurs de l’hépatite C, depuis sa découverte en 1989, jusqu’à aujourd’hui avec la conception de la trithérapie dont le Maroc est en train de tester le générique. 

10% des adultes sont infectés du virus de l’hépatite C en Egypte

Un traitement avec ces médicaments permet de guérir la plupart des personnes infectées par le VHC, il est plus court (12 semaines en général) et plus sûr. «Bien que le coût de production de ces agents antiviraux soit faible, constate l’OMS, les prix initiaux fixés par les fabricants sont très élevés et rendront l’accès à ces médicaments difficile, même dans les pays à revenus élevés. Il reste beaucoup à faire pour que ces progrès conduisent à un plus large accès au traitement dans le monde entier». Le Maroc n’est pas le seul à avoir bataillé pour arracher la production d’un médicament à la portée des bourses de ses citoyens, d’autres pays l’ont fait, là où l’hépatite C a un taux de prévalence important, en Afrique et en Asie centrale et orientale notamment. Et l’Egypte en particulier. C’est le pays où il y a la plus forte épidémie d’hépatite C au monde : 10% des adultes sont infectés par le virus. Cela a une raison. Pendant les années 1960, lors des campagnes de traitement de la bilharziose avec des sels d’antimoine, le matériel d’injection utilisé était insuffisamment stérilisé. Résultat: des centaines de milliers d’individus ont été infectés par ce virus qui se transmet par le sang. Comme tous les autres pays, les patients de ce pays suivaient le traitement classique, sauf que son gouvernement a pu conclure un accord avec la même compagnie Gilead pour l’obtention de l’un de ces nouveaux traitements, le fameux sofosbuvir, à 1% du prix de vente aux Etats-Unis, soit 900 dollars au lieu de 84000 dollars. «Le prix reste cependant élevé pour le gouvernement égyptien, qui  subventionne 40 000 traitements par an au sein des centres nationaux, mais c’est un pas important dans la bonne direction», conclut, en France, l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS).

Quant à la maladie proprement dite, la science médicale connaît exactement comment elle est attrapée et comment elle peut gravement évoluer. Une fiche de l’OMS en décrit les principaux caractères. C’est donc, d’abord, une maladie du foie causée par un virus. Lequel virus peut entraîner à la fois une infection hépatique aiguë et une infection chronique, dont la gravité est variable, pouvant aller d’une forme bénigne qui dure quelques semaines à une maladie grave qui s’installe à vie. Deuxième caractère : le virus est transmis par le sang et les modes d’infection les plus fréquents résultent de pratiques d’injection à risque, d’une mauvaise stérilisation du matériel médical dans certains établissements de soins, et de l’absence de dépistage du sang et des produits sanguins avant transfusion. Troisième fait : pour un nombre important des personnes atteintes par la forme chronique de la maladie, l’infection évolue vers la cirrhose ou le cancer du foie. «Les hépatites B et C sont à l’origine d’environ 80% des cancers du foie, mais la plupart de ceux qui ont une hépatite virale chronique ignorent qu’ils sont porteurs de l’infection», rappelle l’OMS. Quant à sa prévalence dans le monde, toujours selon l’OMS, 130 à 150 millions d’individus sont porteurs chroniques de l’hépatite C, et 500 000 personnes meurent chaque année de pathologies hépatiques liées à cette maladie. 

Au Maroc, les statistiques sur les malades atteints de cette maladie ne sont pas concordantes. Ils seraient entre 500 000 et 600000 Marocains qui sont atteints. Une enquête réalisée par  l’Association «SOS Hépatites Maroc» révèle que les hépatites B et C toucheraient respectivement 1% et 3% de la population marocaine. Et 90% des porteurs de ces virus, selon la même ONG, ne sont pas diagnostiqués. 

Ce qui est sûr c’est que le Maroc est en cours d’élaboration d’un programme national pour figurer à l’horizon 2020 parmi les rares pays ayant éradiqué l’hépatite C, selon les déclarations de M. El Ouardi. C’est d’ailleurs l’une des principales recommandations faites lors d’un récent congrès sur l’hépatite virale (B et C) organisé à Glasgow du 2 au 4 septembre dernier, à savoir l’élaboration de programmes nationaux de lutte pouvant éliminer l’hépatite virale en tant que problème de santé publique. Mais l’une des recommandations à la portée aujourd’hui de tout le monde, faites aussi bien par des ONG luttant contre cette maladie que par l’OMS, est de prévenir plutôt que de guérir. De simples gestes de prévention et d’hygiène seront beaucoup moins coûteux et bénéfiques que le traitement, qui reste très cher, d’autant qu’il n’y a encore aucun vaccin contre ce virus.