Hassan Moumen : il faut d’abord honorer le maillot national

L’équipe nationale aborde un match décisif dimanche 6 septembre avec une défense handicapée par les absences de titulaires.
Marouane Chammakh et Mounir El Hamdaoui jugés nécessaires parmi les onze qui composent la sélection officielle.
Peu de joueurs locaux dans l’effectif retenu en raison d’une condition physique non encore au point.

Directeur général du club Fath Union Sport (FUS) et ancien coach de la Jeunesse Massira, Hassan Moumen a été nommé fin juillet à la tête d’un quatuor en charge de l’équipe nationale de football et comprenant Houcine Ammouta (entraîneur du FUS), Abdelghani Bennaciri (ex-adjoint de Baddou Zaki), et Jamal Sellami (coach du Difaâ d’El Jadida). La mission de ce staff, limitée dans le temps, est de défendre les chances de qualification, déjà sérieusement compromises, de l’équipe nationale aux phases finales de la Coupe d’Afrique et la Coupe du monde 2010. Aujourd’hui, l’équipe nationale est à la veille d’entamer son premier match officiel sous la houlette de la nouvelle direction. Dimanche 6 septembre, le Onze national disputera un match décisif contre le Togo à Lomé. Hassan Moumen parle des difficultés rencontrées et explique les choix opérés.

Nous sommes à quelques jours d’un décisif Togo-Maroc qui devrait peser sur notre parcours aussi bien en Coupe d’Afrique qu’en Coupe du monde. Prêts ?

Vous savez, on est toujours bien préparé et mal préparé. Nous n’avons pas une équipe avec laquelle nous travaillons d’une manière régulière. Notre première concentration qui a eu lieu avant le match amical Maroc-Congo a duré deux jours. Ce n’était pas suffisant, mais nous avons réussi à avoir une idée claire et précise sur les joueurs et surtout les préparer psychiquement. En ce qui concerne le match décisif du 6 septembre, nous avons organisé un stage de préparation quatre jours avant la rencontre. Il fallait attendre l’arrivée des joueurs convoqués, dont la plupart sont sociétaires de championnats étrangers. Lors de cette concentration, la deuxième depuis notre nomination, nous avons mis l’accent sur la motivation des joueurs et la cohésion au sein du groupe. Notre objectif était de mettre fin aux malentendus qui existaient entre certains éléments. Une ambiance saine ne peut que nous aider à bien préparer notre équipe.

Justement, parlons de ces fameux problèmes qui empoisonnaient les relations entre les joueurs…

Je préfère parler de malentendus et non de problèmes. Notre équipe est une vraie mosaïque, car nos joueurs travaillent et vivent parmi différentes comunautés. Normalement cette diversité culturelle doit être source de force et non de zizanie. Comme je vous ai expliqué, nous avons tenté lors des deux concentrations de calmer les esprits. Aujourd’hui, je suis confiant car j’ai affaire à des joueurs responsables, engagés et surtout prêts à défendre les couleurs de leur pays.

Il reste que vous partez avec un sérieux handicap puisque plusieurs éléments ne participeront pas au match Togo–Maroc à cause de blessures !
Oui, l’absence de plusieurs joueurs-clés nous pose un véritable problème, mais on n’y peut rien. Abdeslam Ouaddou, Badr El Kadouri, Michael Bassir, Nabil Zhar, Houcine Kharja, Karim El Ahmadi et Hicham Abou Charouane ne pourront pas jouer. Heureusement que Youssef Hadji s’est remis de sa blessure et sera parmi nous. Nous avons donc fait appel à d’autres joueurs, notamment Isam Erraki et Mohamed Berrabeh qui ont déjà fait leurs preuves avec le Onze national afin de remédier à ce problème. Toutefois, j’avoue qu’au niveau de la défense, nous n’avons pas eu beaucoup de choix.

Déjà, lors du match amical contre le Congo, la défense paraissait vulnérable…
L’absence de Badr El Kaddouri et de Michael Bassir pèse sur tout le bloc défensif de l’équipe nationale. Il faut le dire, nous n’avons pas beaucoup de bons défenseurs. Il y a des joueurs qui sont bien individuellement, mais qui n’arrivent pas à s’exprimer au niveau collectif. Nous n’avons pas encore atteint une vraie cohésion au niveau de la défense. Le système défensif de toute notre équipe doit être restructuré, chose qui demande du temps. En attendant, nous avons convoqué Jamal Allioui et Hicham Mahdoufi pour renforcer notre ligne défensive. Je suis sûr qu’ils rempliront leur mission.
 
Question souvent posée par le public : pourquoi ne pas aligner l’effectif défensif complet d’un seul club ? Les joueurs se connaissent et les automatismes existent…
La meilleure défense de la saison 2008-2009 était celle du Wydad de Casablanca. Nous avons déjà convoqué les deux gardiens de but de ce club en l’occurrence Nadir Lemyaghri et Karim Fegrouche. Il y a aussi Issam El Adoua, qui a été transféré au RC Lens, sans oublier Faouzi El Brazi qui est à l’étranger en ce moment. Pour être clair, la porte de l’équipe nationale est ouverte à tous les bons joueurs qu’ils soient locaux ou professionnels. Néanmoins, il faut signaler que les joueurs locaux ne sont pas encore prêts, puisque notre championnat vient de commencer la semaine dernière. En effet, il y a un manque de préparation chez nos clubs. Ils organisent rarement des rencontres amicales contre des clubs africains afin de permettre à leurs joueurs de mieux connaître le futur adversaire.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez convoqué peu de joueurs évoluant dans le championnat local ?
Nous avons un large éventail d’attaquants et de milieux de terrain. Il fallait donc faire un choix. Nous ne pouvons pas laisser tomber Marouane Chammakh ou Mounir El Hamdaoui qui sont convoités par les meilleurs clubs européens et sont au mieux de leur forme. Nous avons réagi en fonction de nos besoins. En plus, nous n’avons pas opéré un grand changement sur la liste des joueurs parce nous n’avons pas beaucoup de temps. Nous travaillons en continuité des acquis de Roger Lemerre et de Fathi Jamal. Nous sommes convaincus qu’il y a de bons joueurs ici au Maroc qu’il faut dénicher. Mais notre priorité pour le moment, c’est les trois matches que nous allons disputer contre le Togo, le Gabon et le Cameroun.

Revenons au match contre le Togo. Vu le classement des Lions de l’Atlas dans le groupe A, vous n’avez d’autre choix que d’attaquer. Quelle sera votre stratégie ?
Franchement, je ne peux pas répondre à cette question. Cela dépend de plusieurs points qui restent pour le moment en suspens. Tout d’abord, il y a l’état physique et moral des joueurs. Ensuite, les conditions du déroulement du match notamment l’état du terrain et le climat qui sera certainement chaud à Lomé. Enfin, les manifestations du public qui créera, j’en suis sûr, une ambiance tout aussi chaude.
De toutes les façons il n’y a d’autre choix que d’y aller à fond. Il faut toutefois saisir une chose très importante : un match de football est un rapport de force entre deux clans. Chacun d’eux tente d’exploiter ses forces et d’inhiber celles de l’équipe adverse. C’est ce que nous allons essayer de faire lors de ce match. Notre objectif est de remporter les trois points de la victoire et surtout convaincre. Pour cela, nous avons établi un plan d’action qui étudie tous les scénarios qui peuvent arriver. Soyez sûr, les Togolais ne vont pas rester les bras croisés.

Et si on perd contre le Togo ?

Les choses vont se compliquer davantage. Mais vous savez, avant de penser qualification au Mondial ou à la CAN 2010, il s’agit d’abord d’honorer le maillot de l’équipe nationale. Quel que soit le résultat, nous irons jusqu’au bout de cette aventure. Il faut montrer que le football marocain mérite toujours une place de choix sur le plan africain.

Qu’en est-il des deux matches que vous allez disputer contre le Gabon et le Cameroun ?
Nous négocions match par match. Je préfère me concentrer sur la rencontre de cette semaine contre le Togo. C’est ce qui nous préoccupe actuellement. Après, nous réfléchirons d’une manière rationnelle aux prochaines échéances.

La FIFA a désigné récemment le Camerounais Issa Hayatou pour trancher dans l’affaire du joueur togolais aligné lors du match aller contre le Maroc alors qu’il avait écopé auparavant de deux avertissements. Pensez-vous que le Maroc obtiendra gain de cause ?
Je ne peux pas me prononcer sur ce sujet. C’est une affaire administrative qui va être réglée par les responsables. Mon seul souci ainsi que celui des trois autres techniciens nommés à la tête de l’équipe est d’offrir au public marocain de beaux spectacles lors de ces derniers trois matches des éliminatoires combinées de la CAN et de la Coupe du monde.  

Concrètement, jouez-vous pour la qualification au Mondial ou à la CAN 2010 ?
Comme je vous l’ai déjà dit, le plus important c’est de restructurer le groupe. Je sais très bien que nous allons rencontrer plusieurs problèmes lors de notre parcours. Je suis sûr aussi que des erreurs seront commises, mais j’espère, au bout du compte, que le résultat sera positif. Le staff technique a affaire à des joueurs responsables qui vont certainement faire de leur mieux pour honorer le football marocain. Notre seul et unique ennemi reste le temps. Il est inutile d’expliquer qu’il est difficile de préparer 23 joueurs en un laps de temps aussi court. Mais je ne perds pas espoir quant à la qualification aux deux événements.
    
L’équipe nationale a toujours souffert d’un déficit au niveau des gardiens de but. Est-ce toujours le cas ?
Aujourd’hui, nous avons trois gardiens de but qui ont un bon niveau. Je parle de Nadir Lemyaghri, Karim Fegrouche et Karim Zaza. D’autres keepers ont déjà fait leurs preuves. Malheureusement, à la moindre erreur, on changeait de gardien sans lui laisser le temps de s’affermir. C’est vrai que les erreurs commises sont parfois fatales, mais cela ne doit pas nous empêcher de soutenir le joueur en question. A mon avis, il faut accepter l’erreur et surtout bien réagir pour la corriger.

Le football national est en ce moment en période de crise. Quels sont à votre avis ses vrais maux ?
Notre football est spontané. Il a besoin d’être structuré. Ce n’est pas nouveau, puisque les résultats de notre équipe depuis les années 1960 le reflètent. A part quelques exploits espacés dans le temps (le match contre l’Espagne en 1962, la participation au Mondial 1970, la Coupe d’Afrique en 1976, la qualification au 2e tour du Mondial 1986, la Coupe du monde 1998 et la CAN 2004), le groupe a toujours vécu des passages à vide. Il n’y a jamais eu une continuité dans l’effort, ni une vision à long terme. Malheureusement, on cherche des résultats immédiats en négligeant de s’investir dans le futur. On savait très bien que Nourredine Naybet par exemple allait prendre sa retraite. Pourtant, on n’a pas essayé de former un joueur pour le remplacer. Ce qu’il nous faut donc, c’est un travail en profondeur au niveau des cadres et des jeunes. Vous savez, les joueurs cadets et juniors doivent normalement disputer en moyenne 40 matches par an. Or, il y a des jeunes joueurs qui ne disputent que quatre matches durant toute la saison. Il faut arrêter de demander sans donner. Je pense qu’avec l’ouverture des centres de formation au niveau des ligues et des régions, les choses vont s’améliorer. C’est comme le principe de la pyramide, partir de la base et monter petit à petit pour atteindre l’objectif.   

Votre nomination, comme celle des trois autres techniciens, a été qualifiée de «cadeau empoisonné»…

Même si c’est un cadeau empoisonné, il est le bienvenu ! C’est un devoir national qui nous incombe. Ce qui nous pousse à donner le meilleur de nous-mêmes afin de redonner un nouveau souffle à notre football. Nous savons que les «on dit» vont aller bon train, mais nous sommes résolus à accomplir notre mission.

Votre nomination est-elle une reconnaissance des techniciens nationaux ?
C’est vrai que le cadre national est toujours placé au second plan, mais cela ne nous a jamais découragés. C’est le technicien national qui déniche ces joueurs qui constituent l’ossature des clubs marocains. Il faut penser à ces hommes de l’ombre qui abattent un travail exceptionnel dans des coins reculés du Royaume et dans des conditions lamentables. L’entraîneur marocain a une double action : encadrer des hommes et former des joueurs.