Harira double recharge pour les fils de pub…

Des pubs qui démarrent 2 minutes à  peine après le début d’une émission, de la publicité déguisée transformée en contenu, que fait la HACA ?

On a longtemps chahuté les chaines du pôle public sur la médiocrité de leur programmation pendant le ramadan. Feuilletons étrangers achetés « au rabais » et diffusé à tout va, sketchs et comédies aux scénarios de bas étage… il faut dire qu’il n’est pas facile de satisfaire tout le monde pendant ce mois où le temps passé devant le petit écran augmente significativement. Les Marocains ont, en effet, des goûts hétérogènes qui donneraient le tournis au plus averti des sociologues. Entre la ménagère catégorisée C et D à qui l’on attribue par défaut une adoration sans bornes du film indien fleuve qui dure 3 heures ; la population féminine qui aimerait bien continuer à regarder son « Esterella », ramadan ou pas ; le cadre BCBG qui milite pour une touche d’intellectualisme dans son menu ; le partisan des émissions spirituelles ; et le branché satellitaire qui n’a même pas installé d’antenne hertzienne pour toutes les raisons que les autres invoquent, c’est la croix et la bannière.

Pourtant, au cours des deux dernières années, les chaines du pôle public ont trouvé un fil conducteur, celui de la production nationale. Quelque soit son appartenance sociale le marocain reste sensible à l’humour et la fiction locaux, pour peu que la qualité y soit. Et il faut dire qu’un effort substantiel a été fait pour y arriver, surtout de la part de 2M qui d’ailleurs peut se targuer du quart de l’audience, toutes chaine confondues.

Tout va donc pour le mieux ? C’est trop dire, beaucoup trop dire.  Depuis quelques années, le ramadan représente pour les chaines de télévision à la fois un défi en termes de programmation mais également une aubaine publicitaire. Les recettes dégagées de ce mois, qui n’a réellement de sacré que la propension des Marocains à s’empiffrer au delà du raisonnable, peuvent représenter jusqu’à 20% du chiffre d’affaire annuel publicitaire de nos télévisions. Thé, Café, lessive, électroménager, automobile, immobilier, télécoms… tout y passe. On n’y trouverait pas à redire si le temps réservé à ces capsules publicitaires était intelligemment imparti. Mais que penser lorsqu’une plage de 5 min de publicité est programmée alors qu’un feuilleton ou une comédie vient de démarrer il y a à peine 2 min  et que le scénario se répète trois à quatre fois par émission ? Que penser encore de cette « tournée des plages » gracieusement proposée par un opérateur télécom où des employés de la chaine nous montrent des gamins en train de s’ébattre sur des plateformes gonflables aux couleurs de l’opérateur et des soirées musicales offertes par le même opérateur, le tout avec le logo de la société qui apparaît clairement et de manière répétitive ? S’agit-il d’un contenu ou de publicité ? Dans le premier cas, il y a conflit d’intérêt, puisque l’on fait de la publicité déguisée et, pire, des salariés de la chaine participent à cette publicité. Dans le deuxième cas, il faudrait clairement signaler qu’il s’agit de publicité, ce qui n’est pas le cas ?

Enfin -et je vous invite à le remarquer- même la traditionnelle petite séance de musique andalouse qui était programmée juste après l’annonce de la rupture du jeune a disparu. Que l’on soit rifain, berbère, doukkali, saharaoui, fassi ou rbati, cet intermède musical était porteur d’une symbolique liée au ramadan. Au lieu de cela, et à peine l’écho du « laaa ilaaaha illa llah » résonne-t-il encore dans nos oreilles, c’est le flot de pub qui se déverse dans nos cerveaux qui assimilent harira et minutes de recharges gratuites dans une belle harmonie d’abrutissement. 

Les chaines s’évertueront sans doute à nous expliquer qu’elles sont tenues par un cahier des charges qu’elles respectent à la lettre en terme d’écrans publicitaires, que des études sérieuses et menées par des experts ont démontré que Al Ala patati, patata… ils nous reste un sentiment amer, celui d’être pris pour des fils de pub pour paraphraser autrement ce cher Jacques Séguéla. Fils de pub idiots et béats, parce que nous ne valons visiblement pas autre chose. Que fait la HACA ? Un peu de respect s’il vous plaît.