Hakima Lebbar, à  la recherche du sens : de l’économie à  la psychanalyse

Psychanalyste : ce thérapeute qui ne fait que vous écouter

Dès l’enfance, quelques questions existentielles taraudaient Hakima Lebbar. Elle réfléchissait notamment sur la question de la folie. A telle enseigne qu’à l’âge de 14 ans elle rêvait déjà de devenir psychanalyste. Après son Bac lettres modernes, elle met le cap sur Toulouse, en 1976, pour étudier la médecine mais elle s’aperçoit vite que les études de médecine sont longues et ne lui apporteraient pas de réponse aux questionnement qui l’habitaient. Puisque ses parents la voulaient diplômée, elle décida de faire des études d’économie. Elle obtient une maîtrise en économie et met son diplôme dans un tiroir puis va à Paris pour faire une formation en psychanalyse. (Elle a appris entretemps qu’on pouvait devenir psychanalyste sans passer par la médecine). La voie la plus proche pour satisfaire l’objet de son rêve est de faire d’abord des études de psychologie, tout en en entamant le processus de son analyse propre sur le divan d’un psychanalyste parisien, une analyse assez longue qui a duré six ans et une formation au CFRP (Centre de formation et de recherches psychanalytiques). Son DESS en poche, elle rentre alors au Maroc pour ouvrir son propre cabinet, en tant que psychologue, en 1989. Dès le début de son exercice, elle entama ce qu’elle appelle des contrôles : une fois tous les mois, elle est à Paris pour parler à un autre psychanalyste de son vécu au cabinet. C’est dire que le travail sur soi est une entreprise pérenne pour un psychanalyste.
Après avoir achevé ses contrôles au bout de quelques années, elle crée en 1999 avec Fouad Benchekroun (lui-même psychanalyste), feu Martine Medjel et un petit nombre de personnes s’intéressant à la psychanalyse un groupe de recherches qui s’appellera plus tard «Tiers». Hakima intègre aussi l’art dans cette quête personnelle. Elle crée alors la galerie «Fan-dok» en 2004, et ce, tout en militant à Transparency Maroc depuis la création de l’association. Elle a réalisé, très dernièrement, un livre «Des proverbes contre la corruption» paru chez Tarik éditions. Quel rapport entre l’art, la psychanalyse, ce groupe de recherche, et la lutte contre la corruption ? «La recherche de sens», répond-elle d’emblée, «l’inconscient est structuré comme le langage», disait Jacques Lacan. Au cabinet, j’essaie d’écouter tout ce qui échappe aux patients, c’est-à-dire ce qui relève de leur inconscient, l’art est un mode d’expression de l’inconscient et de l’émotif, les proverbes sont une création et une mémoire collectives … dans tout ce que je fais, le but est d’essayer de comprendre et d’apporter quelques réponses. Quant à lutter contre la corruption, c’est mon côté militant et citoyen», conclut la psychanalyste.