Forum social d’El Jadida : un Maghreb social, en attendant l’autre ?

n «Vers un Maghreb des peuples et pour un monde meilleur», c’est le slogan du premier Forum social maghrébin (FSMagh) qui se tient à  El Jadida du 25 au 27 juillet.
1 500 participants sont attendus. Une charte sera adoptée qui s’inspirera des principes du premier Forum mondial tenu à  Porto Allegre en 2001.

Adéfaut d’avoir pu, en 2006, organiser au Maroc le Forum social mondial (FMS), manifestation altermondialiste la plus importante, le mouvement social marocain peut tirer quelque satisfaction d’abriter chez lui le premier Forum social maghrébin (FSMagh). En 2006, rappelons-le, la société civile marocaine s’était mobilisée, menant un travail de lobbying important pour accueillir chez elle ce forum. Mais les autorités, elles, ne voyaient pas d’un bon œil le déroulement sur leur sol d’une rencontre mondiale «contestataire» d’une telle envergure.

Certes, elles n’avaient pas opposé un refus catégorique mais avaient courtoisement demandé le report, arguant qu’une manifestation de ce genre, à laquelle allaient assister quelque 20 000 participants, aurait besoin d’une infrastructure et d’une logistique qui dépassaient les moyens du Maroc. Le conseil international du Forum social mondial s’était alors vu, à la dernière minute, obligé de se tourner vers Bamako, au Mali, en lieu et place de Rabat. Depuis, tous les efforts se sont concentrés pour organiser au Maroc le premier Forum, maghrébin cette fois-ci. Et c’est finalement dans la ville d’El Jadida, sur le campus de l’université Chouaïb Doukkali, que l’événement se tient à partir de ce vendredi 25 juillet et jusqu’au dimanche 27.

Une charte pour un Maghreb des peuples
La volonté de faire se rencontrer les aspirations des mouvements sociaux maghrébins, aussi dissemblables soient-ils, au sein d’un forum régional, n’est pas nouvelle. En 2004 déjà, lors de la deuxième édition du Forum social marocain, cette volonté avait été fortement exprimée par les représentants des sociétés civiles marocaine et tunisienne, et un appel dans ce sens avait été lancé. Mais il a fallu attendre la première assemblée préparatoire qui s’est tenue à Bouznika, en décembre 2006, pour y voir plus clair.

Celle-ci fut un franc succès : 600 participants y avaient pris part, dont quelques figures emblématiques du mouvement altermondialiste, comme le Brésilien Candido Grzybowski, membre fondateur du FSM et conseiller du président Luis Inàcio Lula da Silva. Des Palestiniens d’Israël y étaient également présents. Le comité de suivi du FSMagh tenait d’autant plus à cette présence que la question de la guerre et de la paix se trouve au cœur des préoccupations de cette manifestation, pacifiste par essence.

L’assemblée de 2006 a permis un cadrage sur les objectifs du FSMagh, qui devra faire émerger des alternatives au néolibéralisme et à la mondialisation, contre lesquels tous les altermondialistes mènent le combat à travers le monde. Ce forum devra contribuer, note un document qui retrace le contexte de l’événement, «à construire, par la confrontation des idées et le débat démocratique, des alternatives face à la logique d’exclusion et aux choix sécuritaires des gouvernants. Il devra permettre de formuler des propositions concrètes articulées à des actions efficaces pour que les droits fondamentaux des populations, dans leur diversité, l’emportent sur les intérêts sécuritaires, financiers et commerciaux». Vaste combat.

Notons que les sociétés civiles du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie ont déjà préparé le terrain à ce FSMagh, en coordonnant leurs actions. Quatre types de coordinations ont ainsi été lancées : celle tissée au niveau des organisations maghrébines de défense des droits de l’homme, qui commence déjà à concocter des campagnes unifiées sur des thématiques communes à l’ensemble des pays du Maghreb.

Il y a également une coordination, qui se développe de plus en plus, entre les différents syndicats maghrébins, en essayant d’intégrer les nouveaux mouvements sociaux comme les tansiqiate, ou encore le mouvement des diplômés chômeurs… Troisième coordination : celle des mouvements féminins des pays du Maghreb. Il y a, enfin, la coordination, appelée à s’étendre à certains pays du Moyen-Orient, qui s’articule autour de la problématique de l’eau. «Avec le forum d’El Jadida, on pourra développer davantage ces quatre coordinations», espère Kamal Lahbib, membre du comité de suivi du forum (voir entretien ci-dessus).

Outre une forte participation attendue de la communauté des migrants en provenance d’Afrique subsaharienne, on note la participation à ce forum des Sahraouis du Sud du Maroc. «Les participants seront là, à El Jadida, au-delà de leur appartenance géographique, partisane ou syndicale, pour porter un message : celui de la paix, et d’une nouvelle culture maghrébine qui transcende les frontières et les clivages en tous genres», tonne M. Lahbib.

Démocratie, accès aux richesses au-delà des frontières, résolution pacifique des conflits…
Les travaux de ce forum donneront lieu à l’élaboration d’une charte, qui sera une sorte de feuille de route pour toutes les actions communes a venir. Celle-ci s’inscrira, il va sans dire, dans la ligne de la charte du Forum social mondial de Porto Allegre, tenu au Brésil en janvier 2001.

Laquelle charte se déclarait, entre autres, «contre toute vision totalitaire et réductrice de l’économie, du développement et de l’histoire, et contre l’usage de la violence comme moyen de contrôle social par l’Etat». La charte leur opposait le respect des droits de l’homme, une véritable pratique démocratique, des relations égalitaires.

… et respect de la diversité culturelle
La future charte insistera quant à elle sur le fait que le FSMagh, à l’instar des autres forums régionaux et mondiaux, ne revêtira aucun caractère délibératif, et que personne ne sera autorisé à s’exprimer en son nom. La charte posera par ailleurs quelques postulats.

Ainsi, elle déclarera que le Maghreb est une réalité historique qui a de tout temps existé, et qu’il va falloir faire tomber les frontières fictives héritées de la colonisation pour permettre aux populations de se déplacer en toute liberté. Autres slogans récurrents du mouvement social maghrébin : l’accès aux richesses au-delà des frontières, le respect des droits de l’homme, la résolution pacifique des conflits, le respect de la diversité culturelle. Vaste programme.