Entraîneurs et joueurs parlent de l’équipe nationale

L’équipe nationale s’est malheureusement installée dans la facilité, pensant qu’elle a toujours un niveau supérieur à  celui des autres équipes africaines.

Najib Salmi, Journaliste sportif
« L’équipe nationale s’est installée dans la facilité »

L’équipe nationale s’est malheureusement installée dans la facilité, pensant qu’elle a toujours un niveau supérieur à celui des autres équipes africaines. Cette illusion date des années 1970 et 1980 où effectivement le Maroc dominait la scène africaine, sans pour autant remporter beaucoup de titres. Or, le football a changé, et l’Afrique a fait un pas de géant dans ce domaine. Le Onze national, en revanche, n’a pas pu suivre le rythme imposé par ce nouveau football. Et comme on dit «qui n’avance pas recule».
Après la défaite face au Gabon à Casablanca, il vaut mieux ne plus penser à la Coupe du monde 2010. C’est un rêve lointain.

Aziz Bouderballa, Ancien joueur de l’équipe nationale
« Nos joueurs nés et évoluant à l’étranger ne sont pas arrivés à s’adapter à la mentalité africaine »

Vous savez, j’ai beau essayer d’analyser la situation, mais en vain. Le Onze national regorge de bons éléments, mais malheureusement ils ne sont pas des «produits locaux». Je pense que c’est ça le vrai problème de notre équipe. Avoir une formation dont la plupart des joueurs sont nés et  évoluent à l’étranger  est inconcevable pour moi. Je n’ai rien contre ces joueurs, mais il faut avouer qu’ils n’arrivent pas à s’adapter aux conditions africaines. La question qui s’impose donc c’est pourquoi ne réussissons-nous pas à former des joueurs issus de notre propre championnat ? Ceci nous amène également à poser bon nombre de questions sur la gestion du football dans notre pays. Bref, le résultat est là et n’encourage guère à l’optimisme. Après la débâcle devant le Gabon, tous les regards sont orientés vers le match Cameroun-Maroc. Notre qualification au Mondial 2010 dépend du résultat de cette rencontre.

Abdelkhalek Louzani, Ancien entraîneur de l’équipe nationale
« Le problème réside dans l’encadrement des jeunes »

C’est simple, les équipes africaines ont développé leur jeu, alors que le Onze national est resté dans une stagnation incompréhensible. Pour moi, le problème se situe au niveau de l’encadrement des jeunes. Pas de championnat professionnel, pas de rigueur… Sans oublier que la gestion de notre football est confiée à des amateurs. Pour que l’équipe puisse se qualifier au Mondial 2010, elle doit remporter tous ses prochains matches. Je sais que c’est une tâche quasi insurmontable, mais avec du sérieux on peut atteindre le sommet.

Salaheddine Bassir, Ancien joueur de l’équipe nationale
« Au-delà d’un manque de résultats, ce sont toutes les composantes du football marocain qui présentent des défaillances »

Le Maroc n’a pas suivi le mouvement de l’évolution du football mondial en général et africain en particulier. Au-delà d’un manque de résultats, ce sont toutes les composantes du football marocain qui présentent des défaillances. Nous n’avons pas d’infrastructures sportives solides y compris les centres de formation pour les jeunes qui représentent l’avenir de notre sport. Vous savez, les cadres responsables de ces jeunes sont tellement mal payés qu’il ne faut pas attendre d’eux des miracles. En ce qui concerne la chance du Maroc pour la qualification à la Coupe du monde sud-africaine, rien n’est encore perdu. Il faut bien se préparer pour les prochaines échéances, notamment le match Camerou- Maroc. J’espère un sursaut de nos joueurs.

Hassan Benâbicha, Entraîneur du Kawkab de Marrakech
« La stratégie adoptée, celle du travail à court terme n’est plus tolérable »

C’est décevant ce qui se passe actuellement, si l’on pense à l’époque où le Maroc faisait figure d’ogre sur la scène du football africain. Je me rappelle qu’on disait tout le temps que les équipes d’Afrique noire étaient plus fortes que nous sur le plan physique ; mais on disait aussi que l’équipe marocaine était supérieure sur le plan tactique. La donne a complètement changé aujourd’hui. Ces équipes ont progressé sur tous les niveaux. J’ai eu l’occasion de regarder le match Soudan-Mali, et j’ai pu observer un spectacle de haut niveau présenté par les deux équipes. Il faut comprendre une chose, c’est qu’il n’existe plus de petites équipes en Afrique.
Pour revenir aux maux du Onze national, je pense que la stratégie adoptée, à savoir travailler à court terme, n’est plus tolérable. A quelques semaines du début des éliminatoires de la CAN et du Mondial 2010, le staff technique n’avait pas encore déterminé son choix définitif quant aux joueurs qui seront alignés. C’est vraiment de l’amateurisme. D’ailleurs, ce sont ces fautes-là qui peuvent nous empêcher de participer au Mondial 2010. Il faut avouer que nos chances sont restreintes.

Fakhredine Rajhi, Entraîneur de la Jeunesse El Massira
« L’équipe national dispose de bons éléments, mais ils ne sont pas adaptés à l’Afrique »

Une grande différence existe entre l’équipe du Maroc et les autres équipes africaines au niveau notamment de la gestion. Un autre point qu’il ne faut pas oublier, c’est la bonne ambiance qui règne au sein de ces équipes, alors que la formation nationale est loin d’être soudée. Ce genre de détails pèse énormément sur le jeu. Je pense que le fait que la plupart des joueurs marocains sont des MRE complique la tâche du Maroc. Certes, il y a de très bons éléments, mais ils ne se sont pas adaptés au rythme africain. Pis, les conditions climatiques du Maroc, qui sont complètement différentes de celles des pays d’Afrique noire, leur posent des problèmes.
Ce que je ne comprends pas, c’est que nos joueurs bénéficient de bon nombre d’avantages, côté matériel surtout, mais n’arrivent toujours pas à être à la hauteur des aspirations du public marocain.
Pour le moment, il faut se concentrer sur les prochains matches. Personnellement, je pense que la mission de notre équipe est impossible. Il se peut que le changement qui vient d’avoir lieu au niveau de la fédération donne un nouvel élan aux joueurs.

Abderrazak Khaïri, Entraîneur de Wydad Fès
« Pourquoi nous choisissons toujours des équipes européennes pour nos matches amicaux ? »

Il y a une chose que je n’arrive pas à comprendre : pourquoi nous choisissons souvent des équipes européennes pour nos matches amicaux ? Je pense que c’est une erreur monumentale. Ce qu’il faut faire, c’est plutôt programmer un certain nombre de matches contre des équipes africaines. Ces rencontres doivent avoir lieu soit ici au Maroc, soit en Afrique noire, et non en Europe. C’est le seul moyen pour permettre à nos joueurs de s’adapter au climat, à l’arbitrage africain…
L’équipe nationale est empêtrée dans un labyrinthe inextricable. Le match contre le Cameroun est décisif.
Le nouveau président de la fédération doit mettre en place une nouvelle stratégie à long terme dont l’objectif est de redorer le blason de notre football.

Mohamed Timoumi, Ancien joueur de l’équipe nationale
« La porte de la séléction est ouverte à tous les joueurs évoluant à l’étranger quel que soit leur niveau »

Trois points expliquent la force des équipes d’Afrique noire. D’abord, le professionnalisme de leurs entraîneurs, qui sont souvent des grands techniciens européens. Ensuite, la présence de leurs joueurs dans des championnats de haut niveau, notamment le championnat anglais. Et, enfin, l’encadrement des minimes et des cadets issus de l’Afrique par de grands techniciens, dans des centres de formation européens. Chez nous, les choses se passent autrement. Trouvez-vous que c’est normal de ne pas avoir un championnat pour les cadets et les juniors ? C’est la base même de l’équipe nationale. Donc, il ne faut pas s’étonner qu’une équipe comme le Gabon, qu’on considérait il y a quelques années comme une équipe de 3e degré, nous donne une leçon à Casablanca. Et puis, je ne comprends pas cet engouement pour les joueurs qui évoluent à l’étranger. J’ai l’impression que la porte de l’équipe nationale est ouverte à tous les footballeurs qui jouent à l’étranger, abstraction faite de leur niveau. Ce n’était pas le cas il y a 20 ans, où les joueurs locaux étaient l’ossature du Onze national.
Maintenant, la balle est dans le camp de la direction technique qui doit bien gérer les matches restants. La tâche est difficile, mais pas impossible.