Droits des enfants : avancées notables, mais beaucoup reste à  faire

Le dernier rapport de l’UNICEF montre une amélioration en matière de respect des droits des enfants, mais aussi des inégalités criantes entre pays et régions. 6,6 millions d’enfants de moins de 5 ans sont morts en 2012, la plupart pour des causes évitables. Au Maroc, ils ne sont plus que 31 décès avant l’à¢ge de 5 ans sur 1 000 naissances. Ils étaient 187 sur 1 000 en 1970.

«Chaque enfant compte, dévoiler les disparités, promouvoir les droits de l’enfant», tel est l’intitulé du dernier rapport de l’UNICEF sur la situation des enfants dans le monde, présenté mercredi dernier à Rabat à l’occasion du 25e anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant (CDE) signée en 1989. Un document de référence de plus de 100 pages, fruit d’enquêtes et d’études menées par l’UNICEF et ses partenaires, qui réunit les statistiques clés les plus récentes (2012) concernant la survie, le développement et la protection de l’enfant partout au monde. A lire ce rapport, les avancées en matière des droits et de protection de cette catégorie de la population, accomplies depuis 1990 sont incontestablement importantes, mais il y a le revers de la médaille : le progrès est inégal et les enfants de continents comme l’Afrique et une partie de l’Asie continuent de traîner leur lot de maladies, de malnutrition, de mortalité précoce, d’ignorance et de maltraitance.

Le rapport met d’abord l’accent sur les avancées : 90 millions d’enfants seraient morts si les taux de mortalité étaient restés à leur niveau de 1990, or, ces dizaines de millions ont pu vivre au-delà de 5 ans. Le nombre de décès dus à une maladie dévastatrice comme la rougeole chez les enfants de moins de 5 ans a chuté de 482 000 en 2000 à 86 000 en 2012, «en grande partie grâce aux progrès de la vaccination, qui est passée de 16% en 1980 à 84% en 2012», note le rapport. Il y a aussi une baisse importante de 37% des retards de croissance depuis 1990, grâce à l’amélioration de la nutrition dans le monde. L’éducation a aussi gagné quelques galons par rapport aux années 1990, et cela même dans les pays les «moins avancés»: en 1990, 53% des enfants étaient admis à l’école, le taux atteignait 81% en 2011. Cela dit, presque 1,9 milliard de personnes ont eu accès à des installations d’assainissement améliorées depuis 1990.

Mais à lire les tableaux des statistiques, le lecteur est frappé aussi par les violations persistantes des droits des enfants, telles que mentionnées par la CDE.

18 000 enfants de moins de 5 ans meurent encore chaque jour dans le monde

Quelques chiffres sont parlants : 6,6 millions d’enfants de moins de 5 ans sont morts en 2012, la plupart pour des causes évitables, les privant de leur droit fondamental de survivre et de se développer. 15% des enfants dans le monde travaillent, ce qui compromet leur droit à être protégés contre l’exploitation économique, d’apprendre et de jouer. 11% des filles dans le monde sont mariées avant l’âge de 15 ans, mettant ainsi en péril leurs droits à la santé, à l’éducation et à la protection. Les enfants, garçons et filles, sont aussi quotidiennement violentés: «Le droit de vivre à l’abri de tout traitement cruel ou dégradant est violé lorsque les enfants sont soumis à une discipline imposée par la violence à la maison ou à l’école».

L’étude des statistiques révèle que la répartition des richesses est inégale, c’est la grande tare du monde d’aujourd’hui:  les chances des enfants sont bonnes ou mauvaises, selon le pays où l’on vit, riche ou pauvre, selon la famille où l’enfant voit le jour, aisée ou déshéritée.

Autres chiffres livrés par le rapport qui expriment une nette inégalité entre pays et entre régions : 18 000 enfants de moins de 5 ans meurent encore chaque jour. Seulement 39% des personnes vivant dans des ménages ruraux au Niger ont accès à une source améliorée d’eau potable, contre 100% des ménages urbains. A peine 4% des naissances sont déclarées à l’état civil chez les Tanzaniens les plus pauvres, contre 56% chez les plus riches. En Ukraine, les enfants riches (99%) et les enfants pauvres (93%) ont à peu près les mêmes chances d’avoir des livres à la maison.
Sur un autre volet, l’excision existe hélas dans quelques pays africains encore : au Burkina Faso, 76% des filles et des femmes (entre 15 et 49 ans) ont subi une mutilation génitale féminine/excision (MGF/E), mais seulement 9% sont favorables à la poursuite de cette pratique.

Dans ce dédale de tableaux statistiques dont fourmille ce nouveau rapport de l’UNICEF, quel est le rang et quelle est la situation du Maroc par rapport aux autres pays dans le monde, notamment ceux les plus proches de lui géographiquement et culturellement, dans des domaines aussi vitaux et variés que le droit à la survie, à une nutrition nécessaire et équilibrée, aux soins élémentaires de santé, et à l’éducation ? Quelle est la situation du travail de ses enfants ? Quid du mariage des mineurs de moins de 15 ans, du taux d’enregistrement des naissances et de la violence subie dans la famille? Là encore, on apprend en fouillant dans ces statistiques que les enfants marocains sont beaucoup mieux lotis aujourd’hui qu’en 1990, mais ils sont encore dépassés par les enfants de pays similaires au nôtre. Ainsi en est-il du taux de mortalité (le droit à la vie, à la survie, notons-le, est l’un des principaux droits consigné par la CDE), pour ne prendre que cet exemple. Depuis 1970, ce taux va en reculant jusqu’en 2012: 187 sur 1 000 enfants marocains mouraient précocement en 1970, soit avant d’atteindre l’âge de 5 ans; en 1980, ils sont 80/1 000; en 2000, ils sont 50/1 000 ; et en 2012 ils ne sont plus que 31/1 000. Le Maroc est classé au 72e rang au niveau mondial, soit au même niveau que celui de l’Indonésie. Il est certes devant le Sénégal qui occupe la 43e place avec 60/1 000, mais reste loin derrière l’Egypte classée au 91e rang avec 21/1 000 en 2012, l’Algérie, 95e avec 20/1 000, et la Tunisie, 112e avec seulement 16/1 000. Bref, le Maroc est situé au milieu du tableau, entre la Sierra Leone, dernier de la classe avec 182/1 000 (un peu la situation du Maroc en 1970), et l’Islande et le Luxembourg classés premiers, avec seulement 2/1 000.