Divorce : Questions à  Hayat Bouffarrachen, Présidente de l’Organisation marocaine de l’équité familiale

« Le divorce pour une femme n’est pas toujours une délivrance. »

La Vie éco : Quelles seraient les couches sociales les plus affectées par le divorce ?

Toutes les couches de la société sont affectées, mais les causes du divorce diffèrent d’une catégorie sociale à une autre. Pour la population démunie matériellement et d’un faible niveau intellectuel, la cause première du divorce a un rapport avec l’argent. Le côté matériel y prédomine, et c’est cette carence économique qui affecte souvent la population rurale, ou nouvellement urbanisée, qui pousse au divorce. La mentalité selon laquelle c’est l’homme qui doit entretenir la femme et les enfants est encore dominante au Maroc, notamment parmi cette couche de la population, et cette culture est transmise des mères aux enfants. L’homme ne compte que par son apport matériel et sa capacité à entretenir la famille. D’où des clashs, et des séparations, et ce sont toujours les enfants qui en font  les frais.

Le divorce pour des causes matérielles ne touche pas que les populations démunies, et ce sont les femmes qui demandent de plus en plus le divorce…

 

Bien entendu, des milliers de divorces ont lieu aussi parmi les couches d’un niveau matériel et intellectuel moyen ou élevé, et le côté matériel n’y est pas absent, en ce sens qu’on en est en présence de femmes qui travaillent et qui gagnent de l’argent et qui accusent leurs maris de vouloir en profiter. On est donc devant des époux calculateurs, pour qui les épouses sont une source de revenus et qu’il faudra en profiter au maximum. Arrive un moment où la femme se sent lésée, exploitée, et n’en peut plus : cumulant en même temps un boulot à l’extérieur pendant le jour, un autre à l’intérieur une fois chez elle comme femme de ménage, et subissant en plus les caprices d’un mari dominateur et les lubies de beaux parents possessifs, il y a là tous les ingrédients pour jeter l’éponge. Elle refuse cette pression, demande le divorce et cherche une vie libre de toutes ces contraintes. Elle essaie en tout cas l’expérience, qui n’est pas toujours heureuse d’ailleurs.

Pourquoi ?

Parce que le statut social d’une femme divorcée au Maroc n’est pas enviable. Le divorce pour une femme, malgré quelques avantages, n’est pas toujours une délivrance des contraintes, bien au contraire, c’est le début de beaucoup de problèmes.
Si une femme divorcée passe plus ou moins inaperçue dans des grandes villes comme Casablanca ou Rabat, et encore !…, elle a du mal à vivre indépendante et libre comme elle aurait souhaité dans des petites villes et autres patelins. Si elle trouve où habiter toute seule, ce qui n’est pas toujours assuré (une femme divorcée qui loue un appartement est mal vue), il y a le regard de la famille et des voisins qui est loin d’être amical, pour ne pas dire hostile.

Il vaudrait mieux qu’elle ne divorce pas, insinuez-vous ?

C’est le dernier recours à mon sens, quand c’est impossible de supporter toutes les contraintes. Une femme mariée doit à mon sens s’armer de patience, et la patience est toujours payante, du moins faire en sorte de créer un équilibre au sein du foyer pour éviter le pire, car, divorcée, elle est toujours perdante dans notre société.