Divorce : Questions à Fatima Maghnaoui, Vice-présidente de l’UAF

«Le divorce consensuel reste l’apanage de certains couples»

Fatima-MaghnaouiLa Vie éco : L’apport de la Moudouwana au niveau procédural est certain, qu’en est-il sur le terrain ?

Malheureusement, il y a encore beaucoup d’embûches et de difficultés à faire valoir les droits de la femme divorcée. Les dispositions juridiques ont certes changé, mais les mentalités n’ont pas évolué. Les divorces se passent très mal et se font rarement dans la sérénité. Quoique, durant ces deux dernières années, le divorce consensuel est de plus en plus pratiqué mais il reste l’apanage de certains couples. Pour cela il faut organiser des campagnes de sensibilisation.

Quels sont alors les obstacles rencontrés au niveau de la procédure de divorce ?

La Moudouwana a réduit la durée de la procédure du divorce. Mais dans la pratique, nous constatons, sur la base des cas que nous recevons dans nos centres Annajda, que les procédures traînent et s’étalent souvent sur 12 mois. Il y a parfois, et il faut le dire, «une connivence masculine» entre le mari et l’huissier qui fait que l’époux ne se présente pas aux audiences car il n’a soi-disant pas reçu la convocation ou que l’huissier ne trouve pas l’adresse. Ce qui aboutit à un rejet du dossier si le mari ne se présente pas au bout de la troisième audience. Il faut signaler le cas des femmes rurales. Dans les campagnes, l’accès à la justice est très difficile : les femmes ne connaissent pas leurs droits et faute de moyens elles ne peuvent pas engager un avocat.

Ce qui se traduit par une perte de temps car les dossiers sont incomplets ou bien elles ne se présentent pas aux audiences à cause de l’éloignement.

Quels sont les motifs de divorce les plus fréquents ?

Les motifs de divorce les plus courants sont l’abandon du domicile conjugal par le mari, l’expulsion de l’épouse et des enfants, la violence et le viol conjugal. Pour ce dernier cas, peu de femmes osent en parler, ça reste un tabou. Et dans nos centres d’écoute Annajda, nous expliquons aux femmes qu’il faut en parler et lever le voile sur cette pratique.

Souvent les femmes n’arrivent pas à faire valoir leurs droits…

C’est à ce niveau qu’il faut agir en révisant certaines dispositions relatives à la pension, au logement, etc. Mais aussi en menant des actions de sensibilisation. Je pense qu’il est aussi urgent de créer des centres d’accueil pour femmes divorcées expulsées, avec ou sans enfants, du logement. Nous avons trois centres à Casablanca, Rabat et Tanger mais notre capacité et notre action sont limitées faute de moyens.  Aujourd’hui, nous avons un financement de bailleurs de fonds étrangers. Les pouvoirs publics devraient intervenir dans ce sens…

Nombre d’hommes sont contre le paiement de la Moutâa à l’ex-épouse. Qu’en pensez-vous ?

Personnellement, je suis contre cette appellation qui, je trouve, est péjorative. Cependant, il est nécessaire d’indemniser la femme pour sa contribution et sa participation à la vie du foyer. Et particulièrement les femmes au foyer qui, souvent, contribuent financièrement en faisant divers travaux tels que la couture, la broderie, etc. Elles ne peuvent du jour au lendemain se retrouver dans une situation de précarité comme c’est le cas actuellement.