Des Marocains à  la Silicon Valley

Certains en rêvaient, d’autres l’ont découvert par hasard. Six Marocains travaillant dans le sanctuaire de la technologie racontent leur parcours.
Du diplômé de la fac d’économie qui s’est accroché, à la chanceuse qui a gagné une green card à la loterie américaine, un point commun : le travail comme valeur sacrée.

Elle mène la danse depuis des décennies, impose à la planète son génie, ses lubies et ses hantises. L’amour hippie, la révolution informatique, internet, le yoga, la scientologie… tout est parti de cette terre de légende nichée au bord du Pacifique, la Californie. Son seul nom promet de l’aventure et du rêve. Les palmiers dorés de Malibu, le vernis des grosses cylindrées américaines, les paillettes de Hollywood, la Silicon Valley, sanctuaire des nouvelles technologies.
Au début du vingtième siècle, la vallée était surtout réputée pour ses cultures maraîchères. Aujourd’hui, elle s’illustre par ses fruits technologiques. Les semi-conducteurs, fabriqués à base de silicium, ont été à l’origine du nouveau nom de baptême de la vallée : Silicon Valley. Cette nouvelle vocation remonte au début des années trente, lorsque Frédérick Terman, professeur de génie électrique, dépité de voir ses étudiants filer vers la côte Est aussitôt leurs études terminées, parvint à convaincre deux d’entre eux, William Hewlett et David Packard, de créer leur compagnie. Ce qu’ils firent, dans leur garage, près du campus de l’Université de Stanford. La modeste entreprise grandit rapidement, au point de devenir une multinationale fabriquant du matériel informatique. Il en existe 3 000 dans la région de la Silicon Valley.
Ici, pour tout, tout le temps, il faut aller de l’avant, innover, inventer. Des Marocains possèdent ces vertus. C’est pourquoi ils se sont fait une place au soleil californien… Certains d’entre eux sont arrivés à l’orée des années 80, la plupart y ont débarqué vers la fin des années 90, profitant de l’explosion des start-up liées à Internet. A l’époque, les offres d’emploi ont attiré un grand nombre de compétences. De belles opportunités se sont alors offertes aux Marocains qui étaient venus étudier l’informatique ou la finance, ou préparer un MBA, ce fameux 3e cycle en administration des entreprises, qui garantit une belle carrière à ceux qui se spécialisent dans la finance.
La tentation était grande pour les Marocains de travailler, après avoir obtenu leurs diplômes et avant de rentrer au Maroc. Mais finalement, beaucoup s’y sont plu et y sont restés. On s’habitue vite à un bon niveau de vie, à un job gratifiant et un climat toujours clément. Le salaire permet en outre de rentrer chaque année au Maroc. La Californie est un endroit ou l’on ne s’ennuie jamais. Alors, pourquoi revenir ?
Ceux qui veulent rentrer au Maroc sont prêts à sacrifier leur avenir professionnel pour réussir l’éducation de leurs enfants dans un environnement purement marocain. D’autres le font sous la pression familiale, celle des parents surtout. Mais tous, même attachés au Maroc, même faisant leur possible pour y aller au moins une fois par an, déplorent que le Maroc n’offre pas d’autres choix. Beaucoup ont fait une tentatives pour rentrer définitivement, prêts à accepter des postes moins intéressants que ceux qu’ils occupent aujourd’hui. Ils apportaient leurs CV et de l’espoir mais ils ont souvent été déçus par les employeurs. Beaucoup de promesses, rarement tenues.
Nous avons sélectionné pour vous un échantillon de Marocains qui, bien que menant une vie agréable à la Silicon Valley, auraient souhaité faire profiter leur pays natal de leur expérience s’il s’était montré plus «accueillant».