« Depuis 1997, l’Espagne a multiplié par huit ses investissements au Maroc »

Questions à  Anwar Zibaoui Spécialiste des échanges économiques et des affaires entre l’Europe et le sud de la Méditerranée.

La Vie éco : On évoque de plus en plus de travailleurs espagnols qui s’établissent dans la seule zone de Tanger. Pouvez-vous nous donner quelques éclaircissements sur le sujet ?
Je pense que s’il y a plus de travailleurs espagnols dans le nord du Maroc, c’est dû à plusieurs facteurs, comme la présence d’entreprises espagnoles, surtout dans des secteurs comme la construction, l’agriculture, l’automobile. C’est dû aussi à la crise en Espagne et à la proximité géographique.

Plusieurs entreprises espagnoles travaillent dans le nord du Maroc, ainsi que dans la Zone franche de Tanger. Quelles sont les caractéristiques de ces investissements ?
Le nord du Maroc est une destination stratégique pour les entreprises espagnoles. Depuis 1997, l’Espagne a multiplié par huit ses investissements au Maroc, spécialement dans le Nord, et dans plusieurs secteurs. Les relations entre les deux pays n’avaient jamais été aussi importantes.
 
Quel est l’apport de cette catégorie de travailleurs espagnols pour l’économie marocaine ?
L’Espagne est le premier partenaire économique du Maroc au niveau mondial. L’arrivée de ces travailleurs légaux ne peut être que bénéfique pour le processus de développement économique des deux pays, grâce aux transferts de savoir-faire.

Pensez-vous que la tendance de la balance économique entre le Maroc et l’Espagne va s’inverser ou du moins s’équilibrer au vu de la crise dans la péninsule ibérique ?
Je pense que l’existence d’intérêts communs et la complémentarité des deux économies sont des faits qui se traduisent par l’accroissement des échanges et des investissements. Ajoutons à cela la présence d’une large communauté marocaine, résidant en Espagne, et en ce moment, d’une petite communauté espagnole établie au Maroc. Ces liens ainsi que la nécessité de renforcer la coopération vont contribuer au rapprochement des opérateurs économiques des deux pays. Aujourd’hui, avec la mondialisation en toile de fond, les pays doivent trouver des espaces communs et faire face à une série de défis pour trouver de nouvelles voies de croissance économique. C’est le moment idéal pour que le Maroc et l’Espagne récupèrent la place qui leur sied en tant que pont entre l’Europe et l’Afrique.

Quel conclusion tirez-vous de ce genre de polémique sur les migrants d’un côté comme de l’autre ?
C’est l’occasion de surmonter la méconnaissance réciproque et d’approfondir les relations entre les deux pays, si proches et, en même temps parfois, si éloignés. Le destin historique commun exige de renforcer la coopération bilatérale et d’amorcer une nouvelle étape pour les relations économiques et sociales entre les deux pays. Mais, pour ce faire, il faut absolument «créer des cadres stables de coopération» qui favoriseront non seulement la diffusion pertinente de la réalité économique et sociale des deux pays mais qui encourageront aussi l’intervention de leurs agents économiques et sociaux et, partant, le développement des secteurs productifs. Car n’oublions pas que c’est sur le principe d’une entente commune et de relations de bon voisinage entre l’Espagne et le Maroc que réside une bonne partie de la future prospérité économique de la région. Or, un Maroc prospère est une nécessité pour l’Espagne et pour l’Europe.