De plus en plus d’hommes veulent ressembler à  des Apollon

La génération actuelle des hommes fait plus attention à son corps et recourt de plus en plus à la chirurgie plastique pour paraître plus jeune.
Lifting ou botox contre les rides, liposuccion pour se débarrasser des graisses disgracieuses, ou encore implants de cheveux pour combattre la calvitie sont les interventions les plus courantes.

Prendre soin de son corps, paraître plus jeune et conserver une belle silhouette, est-il l’affaire exclusive des femmes ? Détrompez-vous. Les hommes font aussi de plus en plus attention à leur apparence et à leur potentiel de séduction, ils consultent les chirurgiens plasticiens pour se faire lifter et arrêter ou plutôt ralentir les flétrissures de l’âge. Toutes les cliniques de la place offrent, depuis quelques années déjà, leurs services à ces messieurs.

«Un PDG de société aura toujours envie de paraître jeune et beau»
Halima, responsable communication dans une clinique de chirurgie esthétique d’un quartier huppé de Rabat, est très diserte quand elle aborde la chirurgie esthétique du côté des hommes. Pour elle, le marché est porteur, et ses campagnes de communication pour faire connaître cette clinique de la capitale ne ciblent plus uniquement les femmes : les hommes, tant marocains qu’étrangers, n’y sont pas insensibles. Une fois dépassée la cinquantaine, le sport et les crèmes de beauté ne sont plus d’un très grand secours pour atténuer les rides qui sillonnent inexorablement le visage. Une seule différence entre les deux sexes. «Si les femmes font plus attention à leur corps et si, chez elles, l’alerte est donnée dès l’apparition de la première ride, les hommes attendent plus longtemps mais finissent par consulter», précise Halima.

Exclusivement réservée à la gente féminine au départ, la chirurgie esthétique a commencé à séduire aussi les hommes ces quinze dernières années. Selon le Dr Hassan Tarek Fahmy, spécialiste en chirurgie maxillo-faciale, qui a fait ses premières armes à l’hôpital militaire de Rabat, aujourd’hui, l’espérance de vie est supérieure de plus de 20 ans à ce qu’elle était dans les années 1960, «et les hommes âgés de 60 ans aujourd’hui paraissent beaucoup plus jeunes que leurs parents au même âge. Pour perpétuer cette jeunesse, ils s’entretiennent mieux, quitte à recourir aux services d’un plasticien pour se faire faire un lifting du visage, combattre une calvitie ou se débarrasser d’un surplus de graisse qui alourdit le corps et le rend flasque. Un PDG de société aura toujours envie d’avoir l’air jeune et beau, pourquoi s’en priver ?».

Quels sont les défauts qui tracassent le plus les hommes et les font se sentir mal dans leur peau ? Tout dépend de l’âge répondent, unanimes les plasticiens. Il arrive à un père d’emmener son fils de 18 ans, qui traîne comme un boulet son gros nez, pour lui faire faire une rhinoplastie (chirurgie esthétique du nez), comme il lui arrive lui-même, à 60 ans, de consulter pour combler des rides sur le visage.
Il est clair qu’à partir de trente ans, les hommes consultent pour l’embonpoint : certaines parties du corps sont plus sujettes à accumulation de graisse que d’autres, particulièrement le ventre et les hanches – on qualifie gentiment les hanches grassouillettes de «poignées d’amour».

Le sport n’y pouvant rien, l’homme recourt alors à une liposuccion : on aspire la graisse au moyen d’une seringue pour en enlever, dans certains cas, jusqu’à 9 ou 10 litres. Ce surplus de graisse n’est pas seulement à l’origine d’une insatisfaction au plan esthétique, mais il est aussi source de maladies comme les rhumatismes, le diabète…, expliquent les spécialistes. La liposuccion n’est plus un luxe à l’heure actuelle, «elle est même nécessaire et recommandée», ajoute le Dr Fahmy. Mais le traitement ne s’arrête pas là : pour le bien du corps, il faut surveiller son régime alimentaire après l’intervention et faire du sport. La liposuccion est aussi conseillée aux hommes qui voient leurs seins se développer. Ces interventions, explique le Dr Jamal Guessous, chirurgien esthétique à Casablanca, «sont, avec la greffe des cheveux, les plus courantes pour les hommes. En outre, les hommes y recourent sans aucun tabou à partir de la trentaine».

A partir de la cinquantaine, les hommes consultent pour les rides et les poches sous les yeux : ils demandent alors un lifting (effacement des rides du visage, du front ou du cou par tension de l’épiderme), un botox (injection d’une molécule qui inhibe le jeu musculaire à l’origine de la ride), ou une blépharoplastie pour soigner les paupières tombantes.

La chirurgie esthétique est-elle vraiment l’apanage des classes aisées ? Cela dépend de quelle chirurgie l’on parle, répond le Dr Fahmy. Pour la chirurgie esthétique (lifting du visage, liposuccion, blépharoplastie et rhinoplastie…), il est vrai, les interventions coûtent un peu cher, et seules les personnes qui ont des moyens financiers peuvent se les permettre. «Mais pour la médecine esthétique, la réparation d’une fracture du nez ou de la mâchoire, par exemple, les coûts sont plus abordables». Quant aux prix concrètement pratiqués, impossible de glaner la moindre information.

Quand on demande aux spécialistes de chirurgie plastique tout au moins la fourchette des prix qu’ils appliquent, ils se crispent. Il ne faut pas se focaliser sur les prix, fait observer le Dr Guessous. «Ce que je peux vous dire, c’est que cette chirurgie n’est pas plus chère qu’une chirurgie courante. Pour une vésicule biliaire ou une appendicite, le médecin facture les honoraires du médecin, les frais de la clinique et de l’anesthésiste. Cela revient au même si on compare la facture totale de cette intervention à celle du chirurgien plasticien qui facture un prix global».

Les hommes passent plus difficilement à la caisse que les femmes
Notre chirurgien convient que si c’est une chirurgie de confort, elle est pourtant souvent nécessaire : une calvitie précoce est toujours gênante, un ventre ou des seins proéminents sont embarrassants, voire source de souffrance psychologique pour nombre d’hommes. Si en recourant à cette chirurgie une personne se sent mieux socialement et psychologiquement, tant mieux.

Concernant les aspects financiers, on peut observer que les hommes calculent davantage que les femmes et ont du mal à passer à la caisse. «Aussi bien dans les milieux modestes que dans les milieux aisés, les femmes prennent soin d’elles-mêmes, mais ce n’est pas toujours le cas pour les hommes. Les femmes font des économies, empruntent de l’argent pour se payer un lifting ou un botox. Les homme, eux, hésitent beaucoup avant de franchir le pas», fait remarquer Dr Guessous.

Mais il n’y a pas que le prix qui freine les hommes. Il y a aussi leur orgueil d’homme, leur souci de virilité qui les empêchent parfois de recourir à une pratique réputée féminine. «Avoir les cheveux blancs, une calvitie, ou un petit bedon à partir de 50 ans, ce n’est pas une honte. Pour une femme, c’est différent», commente cet ingénieur qui approche l’âge de la retraite.

Reste qu’au Maroc la clientèle masculine étrangère est infiniment plus nombreuse que la clientèle marocaine. Réputé dans les années 1960 et 70 essentiellement pour les opérations transsexuelles qui s’y pratiquaient, le Maroc recevait des centaines d’hommes qui y subissaient une opération pour changer de sexe. Aujourd’hui encore, 30 % de la clientèle étrangère des cliniques de chirurgie esthétique est constituée d’hommes.

Ces étrangers qui, au passage, en profitent pour passer quelques jours de vacances à Agadir ou à Marrakech, choisissent le Maroc car les prix y sont cinq fois moins chers que ceux pratiqués aux Etats-Unis, et deux fois moins chers qu’en Europe: une liposuccion se fait à partir de 800 euros, un lifting à partir de 3 000 euros, indique Magali Guomard, collaboratrice du Dr Abdellatif Aboufirass, grand spécialiste marocain de chirurgie esthétique exerçant à Marrakech. Une prothèse mammaire coûte entre 20 000 et 30 000 DH ; une liposuccion 5 000 à 25 000 DH, tout dépend des cas.

En dehors du prix, ce qui attire la clientèle étrangère, de manière générale, c’est la discrétion assurée, mais aussi la qualité de la chirurgie plastique marocaine, réputée l’une des meilleures au monde. Et pour cause : «La cinquantaine de chirurgiens esthétiques marocains ont été formés dans les meilleures écoles d’Europe, des Etats-Unis et du Brésil», se félicite le Dr Fahmy.

Ailleurs
Les Américains sont de grands consommateurs de chirurgie esthétique

Une étude américaine effectuée en 2004, portant sur 2 600 membres de l’Association des chirurgiens plastiques, révèle que les hommes aux Etats-Unis sont champions de la chirurgie esthétique et de la consommation des produits cosmétiques pour améliorer leur apparence.

L’augmentation du taux de consommation est plus rapide chez les hommes que chez les femmes. Ainsi, l’étude en question révèle que l’usage des injections chez les hommes a augmenté de 497 % en 2003, et de 36% chez les femmes. L’utilisation de Botox a augmenté de 88 % chez les hommes et de 8 % chez les femmes.

La rhinoplastie chez les hommes a augmenté de 47 %, et de 5% chez les femmes. Les hommes et les femmes consultent un chirurgien plastique de 40 ans à 59 ans. 44 % des hommes et 57 % des femmes justifient leur demande par le désir de paraître plus jeunes.

Le pourcentage des hommes justifiant ce désir de paraître plus jeune par des raisons professionnelles dépasse de plus de 10% le nombre des femmes dans la même catégorie.

Zoom
La blépharoplastie pour rajeunir un regard

En plus de la greffe des cheveux, de la rhinoplastie, de la liposuccion, les hommes consultent souvent pour se faire faire une blépharoplastie. Celle-ci consiste à rajeunir le regard en enlevant l’excès de graisse et de peau au niveau des paupières inférieures ou supérieures. Les poches sous les yeux ou l’affaissement des paupières, précisent les plasticiens, peuvent être d’origine génétique ou dus à l’âge du patient.
C’est généralement à partir de la quarantaine que l’on peut constater le vieillissement des paupières, mais l’exposition solaire, le manque de sommeil, le tabagisme, la ménopause et l’andropause peuvent aggraver ce phénomène. De ce fait le patient, homme ou femme, peut avoir une apparence «fatiguée». La blépharoplastie est une méthode très efficace pour redonner un coup d’éclat au visage en rajeunissant le regard. Cet acte chirurgical doit être réalisé avec beaucoup de soin afin d’obtenir un résultat naturel et conserver l’expression du regard.