Nassim Haddad : De la physique nucléaire à la aïta il n’y a qu’un pas…

• Depuis toujours passionné par la musique et le chant, Nassim Haddad abandonne la recherche scientifique pour la recherche musicale.
• Son répertoire est essentiellement inspiré de Tadraze de sa ville d’origine: Boujaad.

Nassim Haddad a plusieurs cordes à son arc. Ce jeune originaire de Boujaad, natif de Rabat, est docteur en sciences physiques, es-physique nucléaire, artiste chanteur de aïta et, depuis peu, animateur de télévision. Aîné d’une fratrie de quatre enfants, Nassim Haddad a, depuis son jeune âge, eu un penchant, partagé d’ailleurs par ses autres frère et sœurs, pour la musique et le chant. Mais il sera le seul de la famille à prendre un virage à 180° en 2017 lorsqu’à son retour de Suisse il décide de se consacrer au chant populaire et à la recherche musicale. «J’ai voulu vivre cette expérience, car la musique est, et a toujours été, une passion pour moi. J’ai voulu aller plus loin et ne pas en faire seulement un hobby mais me lancer dans une carrière professionnelle. J’ai voulu en faire un travail», confie Nassim Haddad dont le choix a été accepté, sans problèmes, par les parents et aussi par son épouse. Elle aussi docteur chercheur en physique nucléaire. «Mes parents m’ont soutenu. Et j’ai prouvé à mon entourage que je peux équilibrer entre mes hobbies, mes études et mon travail. C’est pourquoi d’ailleurs j’ai d’abord bouclé mon parcours d’études et j’ai travaillé au CERN à Genève avant de décider de rentrer définitivement au pays», explique -t-il. Le CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire), est, rappelons-le, l’un des plus grands et des plus prestigieux laboratoires scientifiques du monde. Haddad y a mené des travaux de recherche sur des accélérateurs et détecteurs de particules.
Il n’est pas seulement porté sur la recherche nucléaire, mais a toujours été également attiré par la recherche musicale. Adolescent, il faisait partie d’un groupe de chant spécialisé dans la chanson ghiwanya, gnaouas et aissaoua. Etudiant, il a donné plusieurs conférences sur la musique et le chant, notamment el aita. «Celle-ci fait partie de notre patrimoine que nous devons conserver et enrichir justement en faisant des recherches et surtout en le faisant connaître aux futures générations. Et c’est pour cela que j’ai décidé d’entamer ma carrière. Je dois me consacrer au développement et à la conservation de ce patrimoine de la chanson populaire», confie-t-il.

Il puise ses chansons du Tadraze de Boujaad et des chants des Houwariyates
Il démarra donc sa carrière en 2018 avec un premier album intitulé «Rouba3yiates Ghinae El Chaabi». Et le public découvre également le jeune chanteur, au style particulier, sur Youtube et les soirées de variétés sur les deux chaînes de télévision nationales. Cheveux gominés, sobrement vêtu, souriant et avenant, Nassim chante ses propres chansons inspirées du patrimoine musical de sa ville Boujaad appelé «Tadraze». «Pour les textes de mes chansons et les compositions, je reviens toujours vers les femmes de ma famille, notamment mes tantes paternelles, pour découvrir les vieilles chansons chantées lors des diverses occasions à Boujaad», indique le jeune ingénieur en physique nucléaire. Le Tadraze n’est pas la seule d’inspiration, puisque notre jeune chanteur prend également, à sa façon, des kassidates et ayoutes connues: «La reprise de ces titres connus et chantés par des artistes est faite dans le but de couper avec la monotonie des rythmes en vue de les adapter un peu au goût des jeunes générations. La reprise se fait également dans le but de faire connaître de très belles chansons de femmes qui malheureusement n’ont pas été médiatisées en vue de les faire découvrir aux jeunes», indique-t-il.
Et Nassim Haddad ne fait pas que chanter. Dans le souci de faire découvrir et de faire aimer la aïta aux jeunes il a réalisé des documentaires pour Al Jazeera Documentary Channel et pour d’autres chaînes arabes sur les patrimoines musicaux du Maroc et des pays du Maghreb. Et c’est aussi pour le rayonnement de notre patrimoine chaäbi qu’il s’est produit en Italie, en Espagne et aux USA. «Dans le public, pas de Marocains du tout en Espagne et en Italie. Aux USA, il y avait quelques spectateurs marocains dans la salle. Le public ne comprend pas les paroles. Il est alors emporté par la musique populaire et l’apprécie», explique Nassim dont le deuxième album «Khalidates» est sorti en 2019. L’objectif étant toujours de contribuer au rayonnement de la aïta et du chant chaabi, Nassim Haddad a accepté la proposition qui lui a été faite, il y a quelques mois, par une boîte de production : animer une émission de variétés diffusée sur Al Oula tous les samedis soir : Jmaâtna Zina.

«La soirée de variétés, ce n’est pas exclusivement du divertissement, elle doit sensibiliser les jeunes au patrimoine chaabi»
Lancée au cours du mois de Ramadan, Jmaâtana Zina est en effet un véritable coup de projecteur sur le patrimoine chaâbi national. C’est aussi un nouveau concept de la soirée de variétés dans la mesure où elle allie l’utile à l’agréable. Le répertoire chanté est essentiellement chaâbi et les invités, deux chanteurs et deux acteurs et humoristes, sont soumis à un Blind Test permettant de découvrir des chansons à travers leurs compositeurs, leurs auteurs, etc. . «Cela nous a permis de faire la lumière sur des aïtas et des kassidates, leurs auteurs et le contexte de leur lancement. Bref, il s’agit d’une initiation pour les jeunes marocains». Et c’est à ses jeunes compatriotes qu’il a lancé, cette année, son troisième album : «Coup de cœur», regroupant des chansons romantiques du registre chaâbi. «Les jeunes s’intéressent de plus en plus à des reprises de chants populaires par des jeunes chanteurs, il faut donc les pousser à s’y intéresser davantage, car, il faut le souligner, cela fait partie de notre identité».
Il est certain que sa petite fille, Iliyana, de deux ans et demi, aura le privilège de s’imprégner de la chose musicale et du chant. Ainsi, l’amour de la chose musicale aura pris le dessus sur la recherche scientifique dans la vie de Nassim Haddad. Totalement convaincu de son choix, il avoue que la chanson fait vivre son homme mais «à condition d’être sérieux et travailleur»…