Dans les coulisses de la campagne Morocco 2010

A J-70, les chances de qualification du Maroc pour l’organisation du Mondial
2010 augmentent.
A la voix de Platini, s’ajouteront probablement celles de l’Allemagne,
du Cameroun, du Mali et du Brésil et sûrement celle du Qatar.
La presse étrangère est dans sa majorité favorable au Maroc.
Ce qui est prometteur.

Dans les bureaux aseptisés où perche l’association Morocco 2010 règne une atmosphère enjouée qui jure avec le cadre un tantinet clinique. Si le visiteur a toujours le sentiment de mettre le pied dans une ruche industrieuse, il ne peut manquer de se réjouir de l’abord avenant, des rires qui fusent et des sourires qui se déploient. Rien de comparable avec la crispation qui imprégnait les lieux il y a dix mois, lorsque l’association Morocco 2010 venait de prendre en charge le dossier de candidature de notre pays pour l’organisation du Mondial 2010. Le secret de cet heureux changement réside dans l’intime conviction de la jeune équipe de mener sa mission avec ferveur et abnégation. «Nous travaillons d’arrache-pied, sans lésiner sur notre temps. Nous passons nos journées et souvent nos nuits soit au bureau soit sur le terrain. Notre président a rarement l’occasion de voir sa famille, tant il se transporte d’un coin du monde à un autre pour défendre la cause marocaine», témoigne Saïd Nejjar, responsable de la communication.

Des journées et des nuits au bureau et sur le terrain

Quand Saâd Kettani a pris les rênes de la naissante association Morocco 2010, il disposait d’à peine cinq mois pour préparer une épreuve décisive : présenter les arguments du Maroc aux responsables de la FIFA. Il fallait, au préalable, dénicher un bon attelage. Le choix se porta sur de vifs poulains, pour la plupart peu versés dans la science footballistique mais remarquablement doués dans l’art de la gestion et de la communication. On les fit entourer de quelques fines lames, tel l’Américain Alan Rothenberg, expert hors pair dans l’organisation des grandes compétitions : Coupe du monde aux Etats-Unis (1994), Jeux olympiques d’Atlanta (1996), de Sydney (2000) et de Pékin (2008). Mais ces chevaliers, fussent-ils sans peur et sans reproche, ne pouvaient engager la bataille sans les fonds nécessaires. L’Etat ne se fit pas prier pour mettre la main à la poche. Et pour mieux assurer les arrières du comité d’organisation, il préleva dans le Fonds Hassan II la somme de 1,5 milliard de dirhams, destinée à couvrir un éventuel déficit dans le budget. Munie d’aussi précieux viatiques, l’association Morocco 2010 pouvait passer à l’acte en toute quiétude.
Dans un premier temps, l’association troussa vite fait, au prix d’une angoisse sans fin et de nuits blanches, un dossier technique qu’elle devait soumettre à l’appréciation de la FIFA le 30 septembre 2003. Plus de mille pages au travers desquels se déclinent les atouts du Maroc. «Nous avons veillé à ne pas travestir ou enjoliver la réalité. C’eût été inutile et même compromettant, car rien n’échappe à la vigilance de la FIFA», commente Saâd Kettani, président du comité de candidature Morocco 2010. Accompagné de Karim Ghellab, ministre de l’Equipement et du Transport, de Adil Diouri, ministre du Tourisme, de Nouzha Chekrouni, ministre délégué des MRE et du général Housni Benslimane, président de la Fédération royale marocaine de football, il fit le voyage à Zurich pour déployer son argumentaire face aux barons de la FIFA. Ceux-ci ont-ils succombé à sa séduction persuasive ? Il est malaisé d’entrevoir un signe quelconque sur leurs visages impassibles. «Notre dossier est convaincant», se plaît à répéter Saâd Kettani. Mais encore ? Rien n’a filtré non plus des impressions des inspecteurs de la FIFA venus, du 7 au 14 octobre, juger sur pièces le contenu de notre dossier de candidature. Ils étaient souriants, visiblement heureux de découvrir notre pays et très admiratifs devant notre cuisine. Mais que cachaient leurs sourires et l’expression de leur bonheur ? Mystère et boule de gomme.
Libérée de ces formalités, l’association s’attela à la tâche de promotion, laquelle consiste à convaincre et séduire les personnages influents. D’abord les vingt-quatre votants que Saâd Kettani se fit un devoir d’approcher, à maintes reprises. Cela requiert un art et une manière, et beaucoup de doigté : «Vingt-quatre votants, cela signifie plusieurs langues, diverses cultures et sensibilités. Il faut en prendre acte et se comporter en conséquence. Une bévue ou une maladresse, et l’affaire est perdue», explique Saïd Nejjar. Mais pour le doigté, on peut faire confiance à Saâd Kettani qui est un redoutable communicateur et aussi, à l’occasion, un parangon de la langue de bois. Interrogé sur les convictions des vingt-quatre votants, il eut cette réponse : «Vous comprendrez que je ne puis m’engager là-dessus. D’abord, j’ai un devoir de réserve et je ne peux éventer un secret si, par hasard, je le possède. Ensuite, le vote se fait à bulletin secret. Il est vrai que j’ai des impressions, mais ce ne sont que des impressions, elles peuvent se révéler fausses.»

Le votant allemand refuse de se plier aux injonctions de voter Afrique du Sud

Du côté des membres du comité de candidature, même mutisme. Ainsi Mohamed El Baroudi : «On a quelques idées mais aucune certitude. Les votants ne diront jamais explicitement dans quel sens ils orientent leur voix. En outre, ils ne sont pas toujours libres de leur choix. Parfois, ils votent selon les consignes reçues de leur gouvernement.» Soit, mais cela n’a pas empêché le votant allemand, Gerhard Mayer-Vorfelder, de refuser publiquement de se plier à l’instruction de Shröder, selon laquelle il devrait accorder sa voix à l’Afrique du Sud. Il n’est pas exclu que par bravade, sinon par conviction, il opte pour le Maroc. Lequel peut compter déjà sur la voix de Platini, qui n’a pas fait mystère de sa préférence. Le Qatari Mohamed Bin Hammam pourrait se rallier à notre cause, si l’on en juge par sa joie d’avoir été invité et bien reçu par l’association Morocco 2010. Quant au très charismatique Issa Hayatou, tout porte à croire, et surtout son attachement pour notre pays, qu’il ne nous ferait pas faux-bond. Dans cette escarcelle s’ajoute un soutien de poids, celui de l’entraîneur brésilien Luiz Felipe Solari qui, à la suite d’un séjour émerveillé à Marrakech a déclaré au journal portugais Record que «les pays européens feraient un bon choix en soutenant cette candidature car il s’agit d’un pays proche de l’Europe, où il n’y a pas de conflits sociaux majeurs». Solari a une voix qui porte, au Portugal, où il s’occupe de la sélection nationale, et jusqu’au Brésil, pays votant, avec lequel il a remporté le Mondial 2002.

Le chef du desk de l’AFP ne tarit pas d’éloges sur le Maroc

Entre deux périples, l’association Morocco 2010 reçoit des groupes de journalistes étrangers. Geste inspiré aux effets heureux. Même les britanniques The Guardian et le Synday Telegraph, naguère partisans de l’Afrique du Sud, ont retourné leur veste en faveur du Maroc, pour lequel ils appellent, en chœur, la FIFA à voter. De son côté, Ziad Raad, chef du desk sport de l’AFP n’a pas tari d’éloges sur le Royaume, écrivant qu’il constitue le meilleur choix possible. C’est aussi l’opinion, exprimée en termes flatteurs, de la majorité des journalistes invités. Avec tant de porte-voix, nous pouvons envisager l’avenir en rose.
«Nous ne sommes pas partis favoris, nous étions à peine des challengers, mais au fil du temps, nous avons gagné des points. Aujourd’hui, je peux dire que le seul rival que nous avons à redouter est l’Afrique du Sud. Le match sera très serré et se jouera à une ou deux voix», s’avance Mohamed El Baroudi. Au finish, donc. En privé, les membres du comité d’organisation font montre d’optimisme. Selon eux, la balance pencherait vers le Maroc, surtout après la chevauchée fantastique des Lions de l’Atlas, la liesse qui l’accompagnait et l’accueil fait par le public aux acteurs de cette belle prestation. «Il y avait deux millions de personnes dans la rue. Chose qui démontre que nous sommes une nation de football. A cela, les votants de la FIFA seront sûrement sensibles.» Alors droit au but, jusqu’à la victoire finale, le 15 mai prochain