Courses hippiques : le Maroc se fraie une piste…

Les courses marocaines sont plus manifestes. Des réunions à  l’hippodrome d’Anfa sont parfois transmises en direct sur la chaîne française «Equidia».
Les éleveurs et propriétaires marocains se professionnalisent et font appel à  l’expertise internationale.
Les hippodromes nationaux se modernisent, mais restent encore loin derrière les terrains de courses en France ou en Angleterre, en termes d’infrastructures.

Les courses françaises de chevaux sont le rendez-vous privilégié des parieurs marocains, pour les tiercés, quartés, quintés ainsi que pour les paris de course par course, mais les courses marocaines sont en train de gagner tout doucement du terrain. Et l’année 2013 a été une année charnière sur le plan national. Le 22 mai dernier, la Société royale d’encouragement du cheval (Sorec), gestionnaire des courses et jeux hippiques au Maroc, a organisé une journée exceptionnelle sur la piste casablancaise d’Anfa. Les meilleurs chevaux d’ici et d’ailleurs se sont confrontés lors de cinq courses, dont l’une, la dernière, a servi de support pour un quinté national. Pour la première fois, ces courses ont été diffusées par la chaîne française de turf Equidia, et ce, en partenariat avec le Pari mutuel urbain français (PMU). Résultat : non seulement les parieurs nationaux, mais également les turfistes des pays européens ont parié sur les courses marocaines. Casablanca a accueilli durant cette journée ce qu’on qualifie dans le jargon hippique de réunion «Premium». Grâce à la retransmission par la chaîne Equidia des cinq courses, l’hippodrome de la capitale économique s’offrait au regard du monde entier, à côté de prestigieux hippodromes français comme Vincennes, Deauville ou Longchamp.

De grands jockeys français à Casablanca…

Le patron de la Sorec, Omar Skalli, déclarait alors que c’était là «une occasion d’exporter les courses en Europe et de promouvoir l’image de la filière hippique marocaine» et que «ce partenariat doit aboutir à la vente et à l’exportation de chevaux, au savoir-faire et à l’expérience entre les deux pays».
A Casablanca toujours, le  23 novembre dernier a eu lieu la Journée internationale du pur-sang anglais avec la participation de grands jockeys et d’entraîneurs venus de France. Jérémy Crocquevieille, Eddy Hardouin, Stephane Breux et la star Stéphane Pasquier, vainqueur d’ailleurs avec «la trois ans Filly Medi» de l’épreuve la plus dotée de la journée, le Grand Prix des éleveurs. «C’est une première pour moi au Maroc, un pays dans lequel je n’avais pas eu l’occasion de me rendre jusqu’à présent. Les courses sur l’hippodrome de Casablanca sont sélectives, ce qui a servi ma jument, qui est une très bonne finisseuse», avait-il alors déclaré à la fin de la course.
De plus, les courses marocaines deviennent plus visibles dans la presse écrite. Confinées auparavant dans les seuls hippodromes nationaux, les courses à Anfa, El Jadida, Settat et Rabat bénéficient d’une couverture sur deux des journaux français les plus prisés par les turfistes marocains, Paris-Courses et Paris-Turf, en plus du journal marocain Derby. Toutes les courses y sont analysées par un expert qui donne ses pronostics autant pour le quarté ou le quinté comme pour les autres formes de paris (simple ou jumelé). Les turfistes peuvent enregistrer leurs paris sur les courses marocaines dans les agences PMUM (Pari mutuel urbain marocain) ainsi que dans les autres points de vente -Casablanca en compte plus de cent-, comme c’est le cas pour les courses françaises…
Pourtant, chez bon nombre de parieurs marocains, le choix entre parier sur les courses françaises ou sur les courses marocaines est vite fait. «La logique n’est pas respectée dans les courses marocaines et les gains ne sont pas conséquents. Alors que pour les courses françaises, on peut analyser les courses autant dans les journaux que dans les sites spécialisés. Vraiment, il n’y pas photo», affirme Mustapha, parieur et grand connaisseur des courses. L’avis de Rachid est un peu plus nuancé : «Les courses marocaines ne peuvent pas remplacer les courses françaises parce que c’est une simple question d’habitude de consommation. Les Marocains parient sur les courses françaises depuis plusieurs décennies. Ils vont s’intéresser aux courses marocaines si celles-ci deviennent plus visibles, avec des prix plus intéressants, des chevaux de qualité et des jockeys de renom».

Des jockeys de renom, on en a. Sauf qu’ils ne sont connus que par les mordus des courses marocaines, ceux qui se déplacent dans les hippodromes pour suivre les courses à Anfa, Rabat, Settat ou El Jadida. Le plus célèbre d’entre eux est Gérard Rivases, un Français de 63 ans, installé depuis plus de trente ans au Maroc et qui monte les chevaux du Haras royal. «Rivases est un jockey très populaire dans les hippodromes marocains. Un adepte des courses d’attente qui revient sur les autres concurrents à la fin de la course. Je le considère toujours comme un coup sûr», affirme cet habitué des hippodromes marocains. Les jockeys marocains ne sont pas en reste et la star montante est un certain Ibrahim Faddoul qui monte pour l’écurie marocaine Jalobey Racing. Il a notamment remporté avec le cheval Billabong à l’hippodrome de Casablanca, le Grand Prix Mohammed VI de la 2e édition de la journée internationale du Pur-sang anglais (PSA).

Haras royal, Jalobey Racing…

Quant aux valeurs sûres, on retrouve Said Madihi, mais aussi Thami Zergane qui monte pour l’écurie Sedrati. «Je suis originaire de la région de Bir Jdid, le berceau des éleveurs et des jockeys du Maroc. J’ai grandi dans cette ambiance et c’était un peu naturel que j’exerce ce métier», affirme M. Zergane. Ce père de famille âgé de 38 ans estime que le Maroc dispose de potentiels énormes pour produire des jockeys de qualité internationale. Pour lui, ce qui manque cruellement ce sont des centres de formation qui permettent aux jockeys nationaux de concurrencer ceux de pays comme la France. «Ces trois dernières années, les choses évoluent dans le bon sens. Moi, je vis bien de mon métier et je ne suis certainement pas le seul», conclut cet homme qui monte les chevaux de courses depuis 1991.
Les éleveurs et propriétaires marocains recrutent, de plus en plus, des entraîneurs qualifiés, entre autres français, afin de mieux préparer leurs chevaux… On retrouve les grandes écuries : le Haras royal certes, mais aussi l’écurie Kamal Daissaoui, Jalobey Racing de Sherif El Alami, l’écurie Azzedine Sedrati ou encore les héritiers Hakam (Zakaria). En plus de dizaines d’éleveurs et de propriétaires dans les quatre coins du pays qui participent aux courses de chevaux au Maroc. A l’occasion des journées transmises en direct par Equidia, la chaîne française avait réalisé des reportages sur la filière équine marocaine. On a appris par exemple que Kamal Daissaoui a mis en place, en cinq ans, une écurie de 200 chevaux, le Haras de l’Atlas, situé à mi-chemin entre Casablanca et El Jadida, sur des terres sablonneuses, propices aux entraînements. «Nous avons investi dans des étalons et des poulinières achetés chez de grandes maisons comme Aga Khan, Darley, Chadwell», confiera-t-il au micro d’Equidia. Autre grande écurie, le Jalobey Racing qui a fait appel en 2011 à un entraîneur français très connu, Jean de Roualle, ex-collaborateur du légendaire entraîneur français François Boutin, multiple lauréat des groupes I en France. Et ce n’est pas tout. D’autres éleveurs moins connus investissent cette filière depuis de nombreuses années. Hamid Faridi est un jeune éleveur, propriétaire et entraîneur de chevaux de courses. A la tête de l’écurie Al Farid située à Bir Jdid, il dispose d’une quarantaine de chevaux dont dix de courses. «Chez nous, l’élevage des chevaux de courses est une tradition. Mon grand-père maternel était éleveur de chevaux avant même la codification des courses en 1914», lance-t-il d’emblée. Et d’ajouter : «Le Maroc est un pays de cavaliers. Le cheval a été essentiel dans les guerres tribales du temps de la Siba. Les tribus qui possédaient le plus de chevaux étaient plus fortes et donc craintes».
Quant aux courses, elles ont toujours existé même si la codification des courses a été réalisée par les Français. «Fès disposait d’un hippodrome bien avant la colonisation alors que les principaux passionnés des courses se trouvaient dans la région d’El Jadida. A l’époque, on qualifiait les courses de Haba ou encore de Mata dans la région du Nord», ajoute M. Faridi. Par ailleurs, dans le site Darna, un site des juifs du Maroc, on apprend qu’à la fin du XIXe siècle et «à l’occasion des fêtes de Pâques, généralement, les fervents des sports hippiques allaient s’installer sur ce qui tenait lieu de champ de courses à Oukacha et, pendant deux ou trois jours, y faisaient courir leurs chevaux et se livraient à toutes sortes de jeux équestres, dont la gracieuse corrida de Sortijas ou course aux anneaux». Ces courses non codifiées existent toujours au Maroc. Elles ont lieu par exemple dans les champs de courses de Marrakech ou d’Oujda. Comme les autres éleveurs du pays, M. Faridi participe aux courses de chevaux organisées par la Sorec. Des courses dont les dotations sont connues d’avance. «Les montants des gains pour les propriétaires de chevaux sont connus d’avance. Par contre, le nombre de chevaux participant à la course n’est divulgué qu’une semaine avant la réunion. Même si le pari est vital pour la survie de la filière, l’éleveur/propriétaire n’est pas concerné par les montants des paris», assure M. Faridi.

Des hippodromes et des parieurs…

Du côté des hippodromes marocains, on est encore loin des ambiances feutrées des champs de courses de Deauville, Vincennes ou Longchamp. La faune de parieurs qui investit chaque vendredi après-midi le champ de courses de l’hippodrome de Casablanca n’a rien à voir avec celle des golfeurs qui fréquentent ce même Royal Golf d’Anfa, réputé difficile avec ses neuf trous. A Anfa, on retrouve des turfistes casablancais et des parieurs qui viennent d’El Jadida, Settat… «Les mêmes parieurs se déplacent dans les quatre hippodromes du pays : mercredi à Settat ou El Jadida, vendredi à Casablanca et dimanche à Rabat», explique ce propriétaire de chevaux. Plusieurs courses sont au programme de la journée. Les parieurs peuvent placer des paris sur toutes les courses en misant sur un cheval, gagnant ou placé (faisant partie des trois premiers), deux chevaux jumelés (deux chevaux faisant partie des trois à l’arrivée). Puis, il y a la course de référence, qui sert de support au quarté ou quinté national : une combinaison de quatre ou cinq chevaux avec des mutuelles pour la bonne combinaison dans l’ordre et le désordre. A Anfa, les éleveurs et propriétaires se retrouvent dans le restaurant chic de l’hippodrome, faisant face à la piste. Quant aux parieurs, ils font les aller et retour entre les guichets pour placer leurs mises et les gradins pour suivre les courses. Une ambiance que l’on retrouve également à El Jadida et Settat et qui rappelle l’atmosphère régnant dans et près des agences PMUM du pays…