Comment 2M se prépare à  la libéralisation de l’audiovisuel

La nouvelle loi sur l’audiovisuel, imposant, entre autres, le respect
du cahier des charges, a incité 2M à revoir sa copie.
En 2005, l’accent a été mis sur la production. Vingt téléfilms
et deux comédies de situation et deux séries produits.
En 2006, 2M envisage la création d’une nouvelle émission-événement
et une plus grande présence dans le domaine sportif.

Mostafa Benali a beau arborer un abord souriant, on le sent dépité. On le serait à moins. Fielleusement insinuée, il y a un mois, par un quotidien de la place, la rumeur faisant état de son imminente «éviction» s’est vite répandue, amplifiée. Des noms, plus ou moins fantaisistes, de ses successeurs, circulaient, et il ne se passait pas de jour sans que l’on n’annonce un nouveau garanti «sûr». Comme toutes les rumeurs non entretenues, celle-ci s’est tue. Elle n’aura pas entamé le moral des troupes, murmure-t-on dans les couloirs de la chaîne. Simple déclaration accordée à un journaliste ? On n’en saura rien, mais il est évident que le personnel de la deuxième chaîne a d’autres préoccupations. Récente loi sur l’audiovisuel oblige. «Avec la libéralisation des chaînes, le paysage audiovisuel est bouleversé. En ce qui concerne 2M, ses rapports avec l’actionnaire changent, puisqu’ils sont désormais «codifiés». En plus, comme il y aura de nouveaux arrivants, les ressources publicitaires seront fractionnées entre plusieurs opérateurs. Pour en avoir sa part, il faut se montrer très performant, c’est dans ce but que la 1ère chaîne entreprend sa réorganisation. Quant à 2M, pour tirer son épingle du jeu, elle doit faire preuve d’inventivité, d’imagination et de pertinence», soutient le directeur général de 2M.

Une recette qui optimise les ressources humaines
Force est de reconnaître que 2M n’a pas attendu la promulgation de la loi sur l’audiovisuel pour briller par des actions d’éclat. Robuste à sa naissance, séduisante et impertinente, l’entreprise a vu, au fil des années, son état de santé se dégrader, ses maladies se multiplier. Une stratégie erratique, des pertes de parts de marché, la valse des directeurs généraux (six en quinze ans) et, pour finir, une hémorragie financière, l’ont laissée par morte. Appelé à son chevet, Mostafa Benali, un homme qui connaissait tous les tours et les détours du sérail, a su la revigorer. A preuve, les bénéfices intéressants dégagés en 2004 et 2005. Pas de potion magique, mais une recette qui «optimise» les ressources humaines. «L’élément humain est fondamental dans la réussite d’une entreprise télévisuelle, comme dans tout autre d’ailleurs. Il doit être mis en valeur, mais il importe aussi de le responsabiliser, de faire en sorte qu’il soit fier de la chaîne. Pour qu’il donne le meilleur de lui-même, il faut qu’il se pose constamment la question de savoir ce qu’il fait pour la boîte qui l’emploie. En outre, il n’y serait pas de grande utilité s’il se considérait comme un fonctionnaire monnayant son temps contre un salaire. C’est pour cette raison que nous nous efforçons d’inculquer à nos collaborateurs une culture de la prestation de services. Chacun de nous est un prestataire, tenu par une sorte de cahier des charges implicite», estime M. Benali.
Si l’élément humain est nécessaire, il n’est pas suffisant pour réaliser les ambitions de la chaîne, sans un confort «technique». C’est dans cette visée que 2M s’est doté de douze centres régionaux, dont sept entièrement équipés pour l’heure, qui vont aussi héberger les radios régionales de 2M et permettre des décrochages de 2 à 3 heures par jour. Pour honorer sa mission de «proximité», la chaîne a acquis quatre stations de transmission mobiles, ce qui a eu pour effet de doubler la quantité de reportages en 2005. Dans un mois, un car-régie de douze caméras sera livré. Et bientôt, un studio de 1 200 m2 sera prêt. Il constitue déjà la fierté de la chaîne, bien que sa construction soit encombrante, obligeant le personnel à effectuer de tortueux détours pour regagner son lieu de travail.

2005, année faste pour 2M
«En ayant accès à une quantité innombrable de chaînes plus séduisantes les unes que les autres, observe M. Benali, le téléspectateur est devenu forcément, légitimement, exigeant. Non seulement il ne se contente pas de peu, mais il réclame sans cesse de la nouveauté. Aussi, afin de capter son attention, faut-il constamment innover, étonner». 2M a-t-elle honoré ces nobles préceptes en 2005 ? Sans pavoiser outre mesure, et en émettant modestement quelques réserves, son directeur général se dit satisfait de sa prestation. Et c’est l’aspect production, cette faille tant reprochée naguère à la chaîne, qu’il met en relief. Il faut avouer qu’elle a été menée au pas de charge, avec des résultats inégaux. Une vingtaine de téléfilms; deux comédies de situation (Al Aouni, de Saïd Naciri, et Une famille très respectable de Kamal Kamal) ; une série de 15 épisodes, dont 4 bouclés (Romana ou Bartal, de Fatéma Loukili); une série fantastique de 24 épisodes de 30 mn (L’Autre Dimension, de Mohamed El Kaghat); une autre série de 30 épisodes de 13 mn, en tournage sous la direction de Touria Jabrane; 13 longs métrages coproduits, dont La Boîte magique, de Ridha Béhi, et Maria y Assou, de Silvia Quer. Non sans quelques déconvenues et déboires.
Bémol à signaler, si les téléfilms sont généralement de facture honorable, principalement les deux plus récents, Majda et Miâtaf Abi, les sitcoms ramadiennes ont été des bides retentissants. La chaîne s’en mord encore les doigts. Elle n’a pas non plus avalé la déroute coûteuse de son projet de feuilleton avec Chafiq Shimi. Les deux parties s’accusent mutuellement d’indélicatesse. Mais ceci est une autre histoire. Reste que pour prévenir toute mauvaise surprise, 2M a décidé de faire épauler le réalisateur marocain par un autre syrien ou égyptien. Chat échaudé craint l’eau froide.

Les sitcoms ramadiennes : des bides retentissants
Auréolée par le triomphe de ses deux émissions-événements destinées à la jeune classe, 2M a gratifié le public d’une autre, Challengers, au profit des entrepreneurs prometteurs. Avec bonheur. Un sondage auprès de 620 téléspectateurs révèle que 63 % d’entre eux en ont regardé la finale et 90 % en ont été satisfaits. Tajouid Al Coran et Studio 2M ne sont pas en reste. La finale de la première a été suivie par 54,2 % des téléspectateurs (71,8 % ont beaucoup aimé); 98,5 % des téléspectateurs ont regardé au moins une des émissions de la seconde (98,6 % ont apprécié). Autre motif de fierté pour la chaîne : les heureuses incidences des émissions sur les candidats. Huit des dix projets présentés par les finalistes ont trouvé preneurs, et il n’est pas improbable que ceux des non finalistes connaissent la même fortune. Quant aux lauréats de Studio 2M, ils entament leur carrière après la sortie de leurs singles : Likouli Saâ de Leila, Music de Mouna, Wala Marra de Hatim.

A ces coups d’éclat, il convient d’ajouter la floraison de magazines susceptibles d’agiter et de faire entrechoquer des idées : Moubacharatan maâkoum, Likoulli Annas, Al Islam wa qadaya al asr, Le Maroc en mouvement, Eclairages… pour n’en citer que les plus beaux fleurons. 2005, année faste pour 2M ? Oui, mais avec un autre bémol, cette fois-ci, concernant la modeste qualité des films diffusés. Lucide, Mostafa Benali n’en disconvient pas et promet, à l’avenir, des séances plus en accord avec le rang de la chaîne. «2005 a été déterminante pour 2M. Nous nous étions fixé deux priorités : affiner le contenu de l’offre, ce à quoi nous sommes parvenus, sinon complètement, du moins honorablement, puis réorganiser la chaîne. C’est ainsi que nous l’avons pourvue de structures d’audit et de contrôle de gestion. Nous avons installé des systèmes d’information intégrés pour obtenir la traçabilité de ce que nous faisons au plan financier et à celui des allocutions des ressources humaines et techniques», souligne-t-il.
La création d’une fondation 2M œuvrant pour le bien-être de son personnel et la signature d’un accord avec le Résaq, dont elle a pris en charge 11 projets, sont les autres acquis de la chaîne en 2005. Lequel acquis devrait être consolidé en 2006, essentiellement par le lancement d’émissions en amazigh, la multiplication de reportages, une plus large place accordée aux sports (un accord avec la FRMF sur trois années vient d’être conclu en contrepartie de 28,5 MDH) et la mise en route d’un quatrième événement mettant en lice une vingtaine de villes. Dans la perspective de la lutte acharnée que vont se livrer les chaînes, 2M affûte ses armes, sachant qu’elle n’a pas droit à l’erreur.