Centre social Tit-Mellil : mobilisation pour la dignité des pensionnaires…

Suite à la dénonciation récurrente de la détérioration des conditions de vie des pensionnaires, le Conseil de la ville de Casablanca prend les choses en main. Nouveau gestionnaire, renforcement des ressources financières et nouvelle stratégie de prise en charge et de formation professionnelle. Autant de mesures devant sauver les 900 adultes, femmes et enfants sains et malades qui y vivent…

Création d’une nouvelle association, engagement du Conseil communal pour le versement d’une subvention supplémentaire devant renforcer les fonds annuels du centre et nouvelle stratégie de gestion pour le centre social de Tit-Mellil. Des mesures prises par le Conseil de la ville de Casablanca qui devraient améliorer la gouvernance de ce centre historique de la ville et par conséquent améliorer les conditions de vie et préserver la dignité de ses pensionnaires. On en compte 860 d’âge et de conditions différentes : des adultes, des enfants, des femmes, des hommes. Des mendiants, des malades mentaux, de pathologies respiratoires, dermatologiques et d’affections de longue durée, notamment le diabète. Autant de personnes partageant, sans tenir compte des spécificités des uns et des autres, les 11 pavillons que compte le centre qui s’étend sur une superficie de 12 hectares. Une promiscuité, dénoncée depuis de longues années, qui n’est plus aujourd’hui tolérée car elle est, en partie, à l’origine de la détérioration des conditions de vie des bénéficiaires.

Centre social Tit Mellil
Centre social Tit Mellil

Et si le Conseil de la ville de Casablanca a pris les choses en main, c’est pour améliorer ces conditions de vie et assurer une prise en charge sociale, médicale et psychologique des pensionnaires du centre.

Pour ce faire, une convention de partenariat a été signée avec l’association «Dar Lkheir ou Lkarama», nouvellement créée pour gérer le centre. Il est à rappeler que le contrat avec l’ancienne association «Dar Lkheir» a été dissous suite à la mauvaise gestion et le manque de gouvernance. «Cette association devra, comme son nom l’indique, Dar Lkheir ou Lkarama, œuvrer pour protéger la dignité des pensionnaires quels que soient leur situation et leur état de santé et psychologique. Et pour cela, nous avons prévu les moyens techniques et financiers nécessaires à la bonne marche de l’association et une bonne gestion du centre qui est, il faut le souligner, le premier grand centre de Casablanca et il faut qu’il devienne un centre de référence», explique Amina Mokrane, présidente de la commission des affaires sociales du Conseil de la ville de Casablanca. Laquelle commission a lancé récemment une enquête sur le centre afin de pouvoir, selon Mme Mokrane, «recenser les pensionnaires, identifier les différentes populations et leurs problèmes, faire un état des lieux du centre aussi bien en ce qui concerne les structures que les moyens humains et financiers dont il dispose. Les conclusions de l’enquête permettront de déterminer les grandes orientations de la stratégie de gestion du centre».

La segmentation des pensionnaires est au centre de la nouvelle stratégie

La mise en place d’une nouvelle stratégie est en effet l’une des principales mesures décidées par le Conseil de la ville de Casablanca. Elle vise une restructuration du centre, une gestion transparente et une bonne gouvernance du centre.

En ce qui concerne la restructuration, Amina Mokrane précise qu’elle portera principalement sur une segmentation de la population du centre. La cohabitation des adultes, des enfants, des personnes saines et malades a très souvent été dénoncée aussi par les résidents du centre eux-mêmes que dans des rapports rédigés par diverses structures et organisations. Un mélange qui rend difficile, voire empêche une véritable prise en charge des pensionnaires. «Pour mettre fin à cette situation, on procédera à la restructuration des pavillons afin d’assurer une segmentation de la population en fonction de leur âge, de leurs problèmes et de leur état de santé. Ce qui permettra d’améliorer les conditions de vie et, par la suite, de mettre en place des programmes adaptés aux spécificités des uns et des autres», avance la présidente de la commission des affaires sociales qui ne manque pas de souligner qu’il sera procédé au réaménagement des pavillons existants et à l’extension des constructions.

Outre la segmentation des pensionnaires, la nouvelle stratégie vise la mise en place d’un nouveau mode de gestion. Pour cela, deux comités sont créés : le comité de direction et le comité de suivi. La convention de partenariat liant le Conseil de la ville et l’association Dar Lkheir ou Lkarama fixe les prérogatives des deux structures. Ainsi, le comité de direction sera chargé de tracer les orientations générales ainsi que la stratégie de l’association gérant le centre social. Le comité de suivi, quant à lui, devra procéder au suivi, à l’évaluation et l’établissement du rapport d’activité de l’association. Il est à noter, par ailleurs, que la commission des affaires sociales de la ville effectuera des visites d’inspection du centre en vue du respect des critères sanitaires et techniques dans le cadre de la prise en charge.

Enfin, le Conseil de la ville s’est également penché sur le renforcement des moyens de financement du centre social. Ainsi, et pour la première fois, le Conseil préfectoral de la ville mettra la main à la poche. Il devra verser une subvention annuelle de 2 millions de dirhams. Un apport qui viendra augmenter les ressources dont a toujours disposé le centre. Celui-ci dispose annuellement d’une enveloppe d’environ 20 MDH octroyés par le ministère de la solidarité (4 millions de dirhams), la wilaya de Casablanca à travers l’INDH (2MDH), le conseil communal (5,5 MDH), la Région (5MDH) et enfin l’Entraide nationale qui verse 1 MDH. Si les conseils communal et préfectoral ainsi que la Région procèdent au versement de la totalité de leur contribution, le ministère de la solidarité et l’Initiative nationale du développement humain le font progressivement. Ainsi, pour l’année 2020, le ministère de la solidarité a versé 50% de sa subvention à la signature de la convention de partenariat et le deuxième versement se fera au début de l’année prochaine. L’INDH, de son côté, va verser 50% avant février 2020, puis 40% avant juillet et enfin les 10% restants devront être versés avant fin novembre de l’année prochaine. Amina Mokrane tient à préciser que la subvention supplémentaire octroyée par le Conseil communal augmentera les contributions annuelles des différents bailleurs de fonds publics pour la porter à 20 MDH. Et elle permettra ainsi de garantir au centre les ressources financières nécessaires pour sa bonne gestion.

Situé à un peu plus de 20 km du centre de Casablanca, le centre social Tit-Mellil, appelé également «Dar LKheir», a vu le jour le 3 avril 1999 suite au transfert des pensionnaires du centre social d’El Hank. Le centre social Dar LKheir est destiné à l’accueil et la prise en charge temporaire ou définitive des personnes sans-domicile fixe ou sans-familles. A la fin 2003, le centre social a élargi ses prestations en accueillant les mineurs et les enfants abandonnés âgés de moins de 16 ans en vue de leur réhabilitation socioprofessionnelle ultérieure. En 2005, la gestion du centre fut confiée à une association dont le bureau est composé de cadres de la ville et des élus locaux. Il est à noter que le centre était depuis sa création géré par le Conseil de la ville de Casablanca. La même année, la ville de Casablanca a signé une convention de partenariat avec plusieurs organismes, notamment le ministère du développement social, la famille et la solidarité, la wilaya de la région du Grand Casablanca, le Conseil de la région du Grand Casablanca et de l’Entraide nationale. A vocation sociale, comme son nom l’indique, le centre de protection sociale de Tit-Mellil a plusieurs missions dont notamment l’accueil et la prise en charge temporaire ou définitive des mendiants, des sans-domicile fixe et des sans-familles. Il assure ainsi l’hébergement et la réhabilitation professionnelle au profit des mineurs en situation difficile, les mineurs abandonnés ainsi que le soutien des personnes âgées sans ressources et sans famille. Par ailleurs, sont également pensionnaires du centre social les personnes atteintes de maladies mentales qui bénéficient d’un suivi médical. Sont aussi accueillis les ex-détenus et les toxicomanes.
La capacité d’accueil du centre social est de 750 pensionnaires. Il dispose d’unités pour les personnes âgées, les personnes atteintes de pathologies mentales, les enfants en situation difficile, la protection et la réhabilitation des femmes en situation de précarité, les vagabonds, les mendiants et les enfants handicapés mentaux.
Cette organisation a favorisé la cohabitation de populations à spécificités différentes et une promiscuité qui a empêché la réussite des actions de prise en charge sociale et professionnelle des pensionnaires. Cette promiscuité est aussi à l’origine de la propagation de maladies contagieuses, notamment la tuberculose et les pathologies dermatologiques parmi les pensionnaires.
La segmentation des pensionnaires et le réaménagement du centre, qui s’étend, rappelons-le, sur 12 hectares, permettront d’améliorer les conditions de vie et de prise en charge des pensionnaires. Il est aussi prévu une refonte des programmes de formation professionnelle. Pour cela, une convention avec l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail mettra à la disposition du centre des formateurs pour des filières différentes, notamment la cuisine, la coiffure ou encore la couture. Et contrairement à ce qui se passait avant, les pensionnaires auront un diplôme qui facilitera leur réinsertion sociale.