Cancer de l’enfant : l’infirmier pilier de la lutte contre la douleur

Si 60 à 90% des cancers de l’enfant guérissent, la douleur aussi bien physique que morale est difficile à affronter pour les petits patients et leurs familles.

«La Journée mondiale du cancer, qui a eu lieu le 4 février, a failli en cacher une autre, aussi importante, la Journée internationale du cancer de l’enfant (JICE), célébrée le 15 février», indique le Pr Mohammed Khattab, chef du service d’hématologie et d’oncologie pédiatrique (SHOP) de l’Hôpital d’enfants de Rabat.

Au Maroc, près de 800 nouveaux cas de cancers chez l’enfant sont constatés chaque année, dont la moitié traités à l’Hôpital d’enfants de Rabat. Depuis le début des années 80 à ce jour, le taux de survie est passé de 5 à 60%. Ce taux atteint même 90% pour certains cancers (rein, maladie de Hodgkin ou cancer des ganglions lymphatiques…). Ce progrès a été réalisé grâce à la spécialisation de certains professionnels de la santé, à l’adoption et à l’adaptation de protocoles internationaux, à l’aide précieuse des associations et autres bienfaiteurs et au rôle fondamental que joue l’infirmier dans un service d’hématologie et d’oncologie pédiatrique, explique le Pr Khattab.

Pour attirer l’attention sur cette pathologie, le SHOP a organisé, du 13 au 16 février, des journées thématiques qui ont porté sur « La place de l’infirmier dans la prise en charge de l’enfant atteint de cancer» et sur «L’amélioration du taux de survie des enfants atteints de cancer grâce à l’adoption de protocoles internationaux».

En cancérologie pédiatrique, l’infirmier joue en effet un rôle primordial dans la réussite des soins : il est très présent aux côtés du malade, administre une chimiothérapie délicate, délivre l’ensemble des traitements, observe le malade, détecte les signes de douleur et en avertit le médecin. C’est une discipline où le médecin et l’infirmier doivent en permanence dialoguer et travailler la main dans la main pour la réussite des traitements. Pour le Pr Khattab, les actes réalisés par les infirmiers en oncologie pédiatrique sont impressionnants : chaque mois, on dénombre ainsi
1 000 cures de chimiothérapie, 200 ponctions lombaires et injections intra-thécales, ainsi que 100 ponctions et biopsies de la moelle osseuse.

Quelles que soient les chances de guérison, les patients et leurs familles sont unanimes sur la nécessité d’éviter la souffrance physique, morale et psychique. Or, un enfant atteint de cancer souffre toujours des traitements et actes invasifs (prise d’une voie veineuse, ponction lombaire, biopsie de l’os). Comment alors reconnaître les symptômes de la douleur liés à la maladie à tous les âges et les traiter à temps ? Comment rendre les prélèvements et les explorations le moins pénibles possible ? Pour répondre à ces questions, les infirmiers du SHOP ont présenté des travaux d’une haute teneur scientifique. L’un a trait à l’importance de la morphine en tant qu’antalgique puissant et largement utilisé dans les cancers, mais dont l’usage est freiné par des obstacles législatifs et des réticences de la part de certains médecins et familles. Un autre travail a décrit l’angoisse vécue par les malades et leurs parents et a proposé des solutions, notamment en recourant à l’expérience Reiki ou méthode comportementale d’aide aux patients et à leurs familles.

Par ailleurs, en raison de la multiethnicité dans la population des malades, et de l’importance de reconnaître les manifestations de la douleur, un travail original a été mené sur l’expression de la douleur dans les différents dialectes marocains, arabe et amazigh, et selon les régions (Nord, Chaouia, Sahara, etc.).

Enfin, et c’est une première en Afrique, la qualification des infirmiers en oncologie pédiatrique a été faite sur place, au Maroc, par des experts américains et français.