CAN 2008 : le Maroc est sorti par la petite porte

Stupeur et courroux, le Maroc, annoncé favori, est éliminé de
la CAN dès le premier tour.
Les errements tactiques d’Henri Michel sont responsables de la déconvenue marocaine.
Un nul aurait suffi aux Marocains pour franchir le premier tour, ils furent
défaits sans gloire par le Ghana.

Au coup de sifflet final de l’arbitre, ce soir maudit du lundi 28 janvier, le Maroc est redescendu brutalement de son nuage. Qui eût prévu qu’il serait bouté hors de la CAN dès le tour préliminaire ? Personne. Même les observateurs avertis des caprices de la baballe ne pouvaient concevoir cette issue fatale. Et l’on se souvient de notre jubilation quand le tirage au sort nous avait placés dans ce groupe A prétendu «facile». La modeste Namibie serait laminée par nos Lions, la Guinée surclassée sans aucun doute. Et nous obtiendrions, la main dans la poche, notre billet pour les quarts de finale quel que soit notre résultat contre le Ghana, dont le seul argument est l’avantage du terrain. L’éblouissante prestation de notre sélection contre la France, le Sénégal et la Zambie conforta nos heureux augures.

Lundi 21 janvier. Pendant toute la matinée, les pensées des Marocains étaient obnubilées par Accra. On plaignait les pauvres Namibiens qui, tout Combattants qu’ils fussent, allaient sûrement être mangés à  la sauce léonine. Les téléviseurs six pouces s’arrachaient comme des petits pains, les cafés et les bistrots commençaient à  se remplir dès midi, tous les prétextes étaient bons pour rester devant la petite lucarne. Ainsi cet enseignant de mathématiques qui nous confiait : «En principe, je dois faire, cet après-midi, un cours sur le calcul intégral. Mais comme mes élèves auront la tête à  Accra, je les ai libérés».

Séduisants et âpres au jeu, les Marocains l’étaient face à  la Namibie
De calculs, les Lions n’en firent pas. On eut à  peine le temps de s’étonner de la présence de Khalid Fouhami et de l’éviction de Talal El Karkouri que Soufiane Alloudi, sur un caviar de Marouane Chamakh, trompa le portier namibien.

La suite, vous la connaissez. Cette large victoire a mis en lumière une équipe alternant deux facettes : le Maroc qui virevoltait, le Maroc qui trimait. Dix Vert et Rouge cavalant de partout, un pour tous et tous pour un, n’offrant aux Namibiens qu’une seule occasion, à  la 23e minute, exploitée judicieusement, avec la complicité involontaire de la défense. On a vu des Lions séduisants autant qu’âpres au jeu (19 fautes commises). Et on s’est dit qu’avec la solidité de Ouaddou, l’activité constante de Safri, la finesse de Hadji et la générosité de Sektioui, les Lions étaient bien partis pour éclabousser ce premier tour. Seule ombre au tableau : la blessure de Alloudi, auteur de trois buts.

Tout en suivant distraitement les péripéties du match Ghana-Guinée, on ne cessait de revenir sur la superbe prestation livrée par le Maroc. On évoquait avec gourmandise les cinq buts marqués. On porta aux nues Alloudi, héros du jour. On couvrit d’éloges Henri Michel pour ses choix tactiques et sa lucidité. «Henri Michel est le meilleur entraà®neur que nous ayons eu. Il ne s’embarrasse pas de calculs, il prône le beau jeu et l’offensive», se réjouissait ce professeur de philosophie. Le lendemain, tous les quotidiens firent leur une sur la victoire marocaine. Tous tressèrent des lauriers aux Lions et à  leur mentor. Tous se montrèrent indulgents envers une défense coupable sur le but encaissé contre une Namibie apathique.

Totale déliquescence des Lions devant la Guinée
Jeudi 24 janvier. Durant la journée, il n’était question que du rendez-vous vespéral du Maroc avec la Guinée. Non qu’on doutât d’un deuxième triomphe des Lions, mais pour en supputer le score. Celui de 3 à  0 revenait souvent dans les bouches. «Les Lions boufferont le Sily national», répétait-on à  l’envi. Bref, l’optimisme était de rigueur. Etait-il de mise ? Sans aucun doute. Le Maroc présentait un avantage psychologique sur la Guinée pour avoir corrigé sévèrement la Namibie, tandis que son adversaire avait essuyé une défaite, étriquée il faut le rappeler, face au Ghana. En outre, les statistiques plaidaient en faveur des Lions : ils avaient remporté six victoires sur le Sily national, sans que ce dernier ne leur en rendà®t une seule.

A chaque match sa vérité. Il était peu probable que la Guinée allait se laisser manger toute crue par un Maroc certes supérieur sur le papier, mais défensivement vulnérable. D’autant qu’elle possèdait dans ses rangs un maestro nommé Pascal Feidounou. Lequel avait donné du fil à  retordre au Ghana trois jours auparabant. La Guinée avait les moyens d’inquiéter le Maroc, de ne pas se laisser marcher sur les pieds, quant à  le battre, c’était hors de question. En tout cas, au vu du match précédent et compte tenu de son désir clamé haut et fort d’aller loin dans cette CAN. Pour ce faire, il lui fallait vaincre à  tout prix la Guinée, étant donné que le Ghana ne se laisserait pas humilier sur ses terres. Le bon sens dictait cette victoire. On allait s’apercevoir que le bon sens n’était pas la chose la mieux partagée par Henri Michel.

Nous passons sur le maintien de Fouhami et Kadouri, tous deux bien fébriles face à  la Namibie, l’absence répétitive d’El Karkouri, pourtant taillé pour ce genre de match, et le non-alignement au départ de Chamakh, dont le jeu de tête nous aurait été précieux. Mais présenter une formation à  dominante défensive (quatre arrières, trois milieux défensifs) quand on visait la victoire, cela relevait de l’absurde. Se passer de finisseurs de métier (ni Hadji ni Zerka ne le sont) était insensé. Dans le café o๠nous suivions la rencontre, la stupeur était générale. Otman Ghafiri, ex-feu follet du Tas et du Fus, eut cette prémonition : «Henri Michel est tombé sur la tête. Quand tout le monde réclame la victoire, lui vise le nul. Et ce qu’il va récolter, c’est la défaite».

Quelle mouche a piqué le sage Michel ? En alignant un onze plutôt défensif, il désirait un score de parité, tout en tablant sur une courte défaite contre le Ghana et une victoire étriquée de la Guinée sur la Namibie. Bas calculs, effets désastreux. Contre un Maroc sans moelle, les Guinéens ont pris le match par le col et ne l’ont lâché qu’après l’expulsion, à  la 67e minute, de leur stratège Pascal Feidounou. Costauds devant la Namibie dans leurs jambes, dans leurs têtes et dans leurs duels, les Lions se délitèrent d’entrée de jeu. Les défenseurs et les milieux se marchaient sur les crampons, les attaquants étaient privés de munitions, à  l’image de Moncef Zerka qui courait en tous sens et en vain. Pas la moindre combinaison, juste des ballons aériens aisément renvoyés par les géants guinéens et des passes à  l’adversaire. Affligeant !

Le Ghana supérieur au Maroc dans tous les compartiments du jeu
Tant de maladresses profitaient, on s’en serait douté, aux flèches guinéennes qui, emmenées par l’insaisissable Feidounou, transperçaient la défense marocaine. Celle-ci, constamment débordée, était acculée à  la faute (17 commises). Sur un coup franc, Feidounou loba le mur, mal placé, et Fouhami, encore plus mal placé. On était à  la 12e minute. On attendait une réaction des Lions , elle ne vint pas. A peine un tir puissant de Hadji dans les mains du portier guinéen et un raté de Zerka à  deux mètres des buts adverses. Cela illustrait l’absence de conviction de cette équipe, si vaillante et droite dans ses pompes face à  la Namibie.

Kharja sorti, Aboucharouane le remplaça, et le visage du Maroc reprit quelques couleurs. Coup de théâtre : Safri, jusque-là , irréprochable, perdit lamentablement le ballon à  l’orée de la surface de réparation, Feidounou s’en empara et alerta Bangourou qui ne se fit pas faute de crucifier Fouhami. La Guinée avait fait le break. Erreur ! D’une frappe de mule, Aboucharouane envoya le ballon dans les filets guinéens. C’était à  la 59e minute. Tout était encore possible. On se remit à  espérer. Mais deux minutes plus tard, Basser envoya au tapis Bangourou qui lui avait brûlé la politesse. Penalty. Feinoudou le transforma. A 3 à  1, la messe était dite. La tête plongeante rageuse de Ouaddou ne servit à  rien. Désenchantement.

Téléspectateurs comme journalistes imputèrent la déliquescence du jeu des Lions face aux Guinéens à  leur entraà®neur. La veille encensé, Henri Michel fut cloué au pilori. Durant les jours suivants, il fut éreinté dans les règles de l’art. On apprit aussi que l’ambiance n’était pas au beau fixe dans le groupe marocain, tant il décourageait ses joueurs. C’est dans cet état d’esprit qu’ils abordèrent leur match contre le Ghana. Chamakh, Aboucharouane et Kabous furent alignés dès le début, Lamyaghri fut préféré à  Fouhami. On se disait qu’avec de tels changements, le Maroc allait montrer un visage pimpant. On allait se rendre compte qu’on s’était trompé lourdement. Défense à  côté de la plaque, milieu de terrain à  côté du sujet et attaque peu inspirée. D’emblée, les Black Stars s’emparèrent du match, pendant que les Lions les regardaient jouer. Tant et si bien qu’à  la 26e minute, Essien trompa la vigilance de Lamyaghri, sur une pichenette de Muntari. Ce dernier fut récompensé de son offrande à  Essien, qui le servit sur un plateau. A 2 à  0, le match était plié. D’ailleurs, on en resta là .
Colère et rancÅ“ur de tout le peuple marocain. Il la voulait cette coupe ; elle lui échappa dès le premier tour. A cause d’Henri Michel qui, lui, préféra le Mondial. Dur, dur sera son retour au pays.