Cahier des charges du pôle audiovisuel public : Avis de Mohamed Horani et Ahmed Assid

« Nous sommes en train de faire marche arrière. Il y a un retour sur les acquis. »

Ahmed Assid, Militant associatif amazigh :

« Je n’ai rien contre les hommes de religion qui viennent s’exprimer à la télé, mais ce que nous attendons de ce gouvernement est plus de démocratie et de libéralisation dans l’utilisation des médias publics pour mieux refléter la diversité sociale, politique, voire religieuse de la société. L’objectif que nous attendons est de réconcilier les Marocains avec ces médias. La société n’a jamais demandé l’interdiction des jeux de hasard ou l’interdiction de spots télévisés en sa faveur, comme elle n’a jamais revendiqué que les médias publics diffusent quotidiennement les cinq appels à la prière, ça n’a jamais été une revendication de la rue. Est-ce que ces cahiers des charges répondent réellement à ce que veulent les Marocains ?
Le nombre d’émissions religieuses que ce cahier des charges instaure est une décision que veut imposer un parti politique, et la décision n’est pas celle du gouvernement. Ce n’est pas d’émissions religieuses que nous avons besoin, qui transmettent aux citoyens un point de vue unique, mais d’émissions où tous les points de vue et opinions seront exprimés : nous avons besoin aussi du regard du sociologue, de l’anthropologue, du médecin, de l’historien. Et non pas  d’un point de vue religieux d’un parti politique qui s’exprime à travers des médias officiels, c’est antidémocratique. »

Mohamed Horani, Président de la CGEM :

« Je n’ai pas vu avec précision ce qui est écrit dans les cahiers des charges, mais d’après ce que j’ai lu, ici et là, d’après ce que j’ai entendu à la radio, le citoyen [Ndlr : M. Horani ne s’exprime pas en tant que président de la CGEM] que je suis pense que nous encourons le risque de faire tout simplement marche arrière par rapport à l’ouverture sur les autres cultures, un retour sur les acquis et même je dirais que nous sommes en train de développer un réflexe de chauvinisme qui peut être préjudiciable pour nous. Et le débat va au-delà des simples télévisions publiques. Que voulons-nous faire des langues ? S’agit-il de les rejeter, de les ramener à la portion congrue ou d’en faire, au contraire un facteur d’ouverture et de compétitivité ? Arabiser la télé ? Il faut une vision globale et non pas une décision prise de manière précipitée. Il faut agir sur la base du référentiel commun à tous les Marocains et qui est l’ouverture culturelle. »