Boubker Mazoz, Fondateur de l’association «Idmaj des quartiers»

«Chaque mois, 500 enfants bénéficient des activités du centre».

Boubker-MazozLa Vie éco : Racontez-nous un peu les débuts d’Idmaj ? D’où vous est venue l’idée ?

J’ai eu l’idée de créer Idmaj en 2005 quand j’ai constaté que les lycéens qu’on a sélectionnés en 2002, 2003 et 2004, dans le cadre du jumelage entre les élèves de Casablanca et de Chicago, sont devenus mûrs, bien formés et prêts à prendre la responsabilité et à devenir des leaders dans leurs quartiers. J’ai concrétisé cette idée en 2006 suite à un atelier de formation qui précédait un voyage aux États-Unis que j’avais organisé au profit de 13 élèves et trois professeurs du lycée Ben Msik à Ben Msik, du lycée Mohammed VI à Sidi Moumen et de l’école privée l’ESCA. Ce groupe a participé à un congrès de la jeunesse des villes jumelées internationales tenu à Washington DC. Ce fut le moment de la création de l’association des quartiers Idmaj et le début d’une aventure difficile et agréable en même temps.

Quels sont les problèmes auxquels vous avez dû faire face ?

La création et l’officialisation de l’association était fluide. La difficulté résidait dans l’acceptation des jeunes par les officiels et les cadres des institutions publiques ou privées, en tant que responsables de l’association, membres actifs de son bureau exécutif et qui prennent et exécutent ses décisions. Ils étaient mal reçus ou pas reçus du tout par l’administration, interdits d’entrer dans des écoles, même les leurs, pour faire connaître nos activités. On ne voyait que leur jeune âge et on ne valorisait pas leurs compétences. C’était humiliant pour eux et frustrant pour moi.

Les cadres d’Idmaj sont en grande partie originaires du quartier, est-ce un choix ?

Bien sûr. Mon objectif dès le départ était de former des jeunes qui deviendront des leaders et participeront au fonctionnent du centre. 90% du staff est originaire de Sidi Moumen et la plupart étaient des élèves du centre. Ces jeunes se sont distingués par leurs talents, leur sérieux, leur sens des responsabilités, leur sociabilité et prédisposition à venir en aide aux autres. Mon but n’était pas de m’imposer à ces jeunes mais plutôt de les aider et de partager mon savoir, mes expériences ainsi que mes idées avec eux, et de leur donner l’opportunité de réussir dans leurs études, de découvrir leurs talents et de les former pour être des leaders dans leur communauté.

Combien d’enfants bénéficient de ces activités ?

500 au total chaque mois.

Quels sont vos rêves pour les autres quartiers défavorisés des grandes villes du Maroc? Pouvons-nous imaginer un Idmaj à l’échelle nationale ?

Mon rêve est de construire des centres culturels et/ou communautaires dans chaque quartier et dans chaque ville et donner l’opportunité aux jeunes de participer activement à la gestion de ces centres, au choix et organisation d’activités et à la prise de décisions. Mon rêve est de vivre le temps où les promoteurs immobiliers construisent un centre, aussi petit soit-il, au milieu de chaque ensemble d’immeubles, pour que les enfants et les jeunes trouvent un espace sein et sécurisé, où ils peuvent apprendre leurs leçons, assister à des ateliers d’éducation civique, échanger des idées, découvrir leurs talents et apprendre à vivre en communauté, à s’entraîder et à accepter l’autre. Mon rêve est de voir les hommes d’affaires et les sociétés citoyennes s’investir dans la création et le financement d’activités culturelles, sportives, éducatives et artistiques dans les quartiers défavorisés et marginalisés. Mon rêve est de voir un ministère de la culture ayant un budget décent et un personnel plus attentif aux besoins des associations de quartiers et qui répond à leurs attentes, à leurs besoins, à leurs préoccupations et à leurs aspirations.