Bébés abandonnés : INSAF milite pour l’institution de l’abandon légal

Si elles sont majeures, les jeunes mères célibataires ne risquent plus d’être arrêtées ni d’être poursuivies pour relations extra conjugales. Pour résoudre la problématique des bébés abandonnés, l’association préconise l’abandon légal…

Depuis cinq mois, l’Institution nationale de solidarité avec les femmes en détresse (INSAF) est en campagne pour la sensibilisation contre l’abandon des bébés. Les équipes de l’association font quotidiennement le tour des maternités de Casablanca et Mohammédia pour, d’une part, sensibiliser les sages-femmes, les assistantes sociales et surtout les mères célibataires à cette problématique sociale désastreuse, et, d’autre part, les informer de l’importance de l’abandon légal des bébés. Il est à rappeler que selon les statistiques officielles communiquées, on compte aujourd’hui 300 bébés abandonnés par an.
L’objectif est, selon la présidente de l’association, Meryem Othmani, de «rassurer les jeunes mamans concernées. Elles doivent savoir que lorsqu’elles sont majeures, elles peuvent, quelques jours après leur accouchement, entamer la procédure légale et déclarer la naissance de leur enfant sans craindre d’être arrêtées par la police». Donc concrètement, aujourd’hui, les mères célibataires peuvent, et doivent pour l’intérêt de l’enfant, aller au commissariat et au tribunal de la famille pour déclarer la naissance. Ce qui a un double intérêt : d’abord cela permettra à l’enfant d’avoir une identité et, ensuite, d’avoir une décision judiciaire de placement du bébé dans un orphelinat. Par ailleurs, le juge a le pouvoir discrétionnaire, s’il est en contact direct avec des familles désireuses d’adopter, de décider de son placement dans le cadre de la kafala. En revanche, pour les jeunes mamans mineures, la procédure n’est pas la même : après l’accouchement, l’assistante sociale de l’hôpital informe la police qui mène une enquête et elle avertit également la famille de la jeune fille. Après cette démarche, le bébé est immédiatement confié, sur ordre du juge et si la jeune maman ne peut ou ne veut pas le garder, à un orphelinat.

Depuis le début de la campagne, vingt bébés ont été sauvés…

Aujourd’hui, l’association, faute de moyens et d’antennes régionales, agit seulement dans la région du Grand Casablanca. Il est à souligner que cette région représente, selon INSAF, «le plus gros centre de naissances. Toutefois, nous tentons actuellement de toucher les autres villes». En effet, l’association, par le biais de ses équipes, va à la rencontre des «kablates» (sages-femmes) qui font des accouchements à domicile pour les sensibiliser à la cause des bébés abandonnés. «Nous leur demandons d’expliquer aux jeunes femmes, lorsqu’elles sont majeures, qu’elles ne risquent plus d’être arrêtées et qu’elles peuvent abandonner légalement leurs bébés sans avoir à les jeter à la rue comme c’est le cas…», souligne Mme Othmani qui ne manque pas d’ajouter que, par ailleurs, «INSAF, dans le cadre d’un partenariat avec le ministère de la santé, doit également travailler conjointement avec les deux associations marocaines de sages-femmes. Celles-ci sont au nombre de 4 000 et agissent dans toutes les régions du pays, elles pourront ainsi sensibiliser les jeunes mères désespérées et leur expliquer les procédures à suivre». Depuis le début de la campagne, en mai dernier, INSAF a pu sauver 20 bébés qui ont été ainsi abandonnés dans la légalité à l’hôpital qui les a transférés à l’orphelinat Lalla Hasna. Et pour sauver un plus grand nombre d’enfants, la présidente de l’association suggère la mise en place de trois mesures. Premièrement, s’inspirer par exemple du cas de la Turquie et instituer l’abandon des bébés à l’hôpital. Deuxièmement, il faudrait, comme dans les pays de l’Union Européenne, aux USA ou encore en Egypte, mettre en place des agents de l’état civil à l’hôpital afin d’enregistrer l’enfant immédiatement après l’accouchement. «C’est une mesure importante, car au Maroc, le délai d’un mois pour enregistrer le bébé à l’état civil occasionne un vide juridique. L’enfant n’aura aucune existence juridique et peut ainsi être abandonné, donné à une famille ou même faire l’objet de trafic», affirme la présidente de INSAF. Enfin, l’association préconise un allègement de la procédure qui prévoit actuellement le passage par la police et ensuite le tribunal. L’objectif étant de rendre la procédure moins lourde et moins effrayante pour les jeunes mamans désespérées délaissées par leurs partenaires et par leurs familles.