«R’bib», nouvelle sitcom, animera les soirées de Ramadan sur 2M

Après trois saisons de «Lalla Fatéma», la nouvelle direction de 2M renouvelle le répertoire avec «R’bib».
Réalisée par Hassan Ghonja, co-produite et mise en scène par Saïd Naciri, la nouvelle création n’aurait pas coûté plus de 2 MDH alors que son illustre devancière en aurait coûté 8.
A l’affiche, des acteurs qui ont fait leurs preuves et des jeunes talents découverts dans l’émission «Quinze ans quinze talents».

Ilsemble que les nuages qui s’étaient accumulés entre l’humoriste Saïd Naciri et la direction de la chaîne 2M n’est plus qu’un mauvais souvenir. Rappelons l’origine de la discorde. Saïd Naciri se considérait comme victime de l’injustice qui lui aurait été faite par l’ancienne direction de la chaîne de Aïn Sebaâ. Son doigt accusateur pointait Abderrahman Tazi et Noure-Eddine Sail, alors respectivement directeur de production et directeur général de 2M.Ces deux personnes auraient refusé ses projets au profit d’autres comme Lalla Fatéma, Douniak ou Bande à part, réalisations qui auraient accaparé plus de 95 % du budget alloué à la production de 2M (la reconduction de la comédie Lalla Fatéma aurait coûté, à elle seule, la bagatelle de huit millions de dirhams).
C’était compter sans la persévérance de Saïd Naciri, qui a attendu patiemment des jours meilleurs. Les voilà qui arrivent, avec la nouvelle direction de 2M. Auréolé du succès de son dernier opus, Les Bandits, qui a frôlé le million et demi d’entrées, quelque vingt mille DVD – «sans parler du nombre incalculable de copies piratées», dixit l’auteur, réalisateur et producteur -, ce dernier revient en fanfare à la télévision de Aïn Sebaâ, avec une nouvelle sitcom, R’bib. Celle-ci sera diffusée juste après la rupture du jeûne, pendant le mois de Ramadan, à un moment où des millions de Marocains ont les yeux rivés sur leur petit écran.
R’bib n’est pas un nouveau projet, nous explique l’humoriste. «Il avait même été accepté, il y a deux ans, mais la direction l’avait rejeté in extremis. Je n’ai jamais compris ce revirement, comme je n’ai pas non plus compris qu’on me refuse un autre spectacle, Naciri Show, qui m’avait été pourtant commandé par Saïl lui-même, au profit de Hanan Show. Voilà R’bib, après trois ans de galère, maintenant accepté, réalisé et programmé pour ce mois de Ramadan». Et il tombe à pic, à un moment où le public trouve Lalla Fatéma répétitive et insipide.
L’histoire de la sitcom ne manque pas d’attraits, et l’on comprend que le téléspectateur soit impatient d’en connaître les rebondissements, et de se payer une tranche de rire, pourvu que la nouvelle création humoristique tienne toutes ses promesses. Alors qu’il a quarante ans, Laârbi (R’bib), (joué par Saïd Naciri), découvre son père (joué par Abdelkader Moutaâ), qui avait délaissé sa femme (la mère de Laârbi), après un éphémère mariage, pour finir par l’abandonner définitivement et aller poursuivre ses études en France. Le père retrouvé est un homme d’affaires, bien installé et heureux en ménage, avec sa nouvelle épouse (jouée par Naïma Iliass) et ses deux jeunes enfants, dont les rôles sont dévolus aux talentueux jeunes humoristes Fatine Al Youssoufi et Mustapha Atrassi, révélations de Quinze ans, quinze talents, la célèbre émission de 2M.
Né d’une mère très pauvre, ayant toujours galéré dans des quartiers populaires, R’bib se trouve introduit, du jour au lendemain, au sein d’une famille moderne et relativement aisée. Il tombe sur un père bien vivant, membre de clubs de sport, vivant dans l’air du temps et, surtout, possédant un cœur gros comme ça. Attendri, voire culpabilisé vis-à-vis d’un enfant qu’il n’a jamais connu, le père, au grand dam de ses proches, accepte, héberge le fils retrouvé et le traite comme membre à part entière de la famille. Commence alors une série de rebondissements, de situations cocasses, d’imbroglios et de quiproquos dus à la présence importune de l’intrus dans la vie d’une famille aux habitudes bien assises.

Un festin de rires pendant le tournage et des larmes au moment de la séparation
Le metteur en scène, coproducteur, et acteur principal Saïd Naciri met en scène des épisodes loufoques, tel celui où, suite à un malentendu, la maison est prêtée simultanément et sans consultation prélable à deux familles, l’une qui doit y organiser des fiançailles, et l’autre des obsèques. Condoléances et félicitations pleuvent sur les mariés, parfois pris pour des parents du défunt. «La scène est si drôle que, à un certain moment du tournage, on ne savait plus quelle musique devait l’accompagner, moussammiîne ou chikhate», raconte, amusé, Saïd Naciri.
Le décor, conçu par Najb Berrada, architecte et directeur du magazine Labyrinthe, snobe les meubles traditionnels et en affiche de modernes. Ce décor aurait même amplement facilité la tâche au réalisateur, Hassan Ghonja, «si bien que cinq semaines de tournage auront suffi pour boucler les trente épisodes. En outre, dans cette sitcom, pour la première fois, on a eu droit à un ingénieur de vision et d’image, un véritable artiste qui a su créer un jeu de lumières conférant un relief épatant à l’image», explique l’interprète de R’bib.

Deux cents acteurs et figurants
Pas moins de deux cents acteurs, figurants compris, ont été sollicités. Quant aux techniciens, «ils étaient très emballés par le produit», affirme Saïd Naciri, «un festin de rires, tant et si bien qu’à la fin, nous nous sommes jetés dans les bras les uns des autres, les larmes aux yeux, peinés de devoir nous séparer. Lors d’une visite sur le plateau, le directeur général de 2 M, M. Benali, n’a pas caché son plaisir de constater l’agréable atmosphère dans laquelle se déroulait le tournage».
La sitcom rassemble six générations d’acteurs, depuis Driss Lahrizi, l’interprète de Oummi Lharnounia, qui avait joué, dans les années cinquante, aux côtés de l’emblématique Bouchaib Bidaoui, jusqu’aux jeunes humoristes découverts en 2004 par 2M lors de l’émission Quinze ans quinze talents, en passant par Hammadi Ammor, Abdelkader Moutaâ, Naïma Iliass et Saïd Naciri.

La même intrigue se poursuit tout au long des différents épisodes
Autre particularité de cette sitcom, selon Naciri : «Une même histoire relie les trente épisodes avec, en toile de fond, une intrigue générale. On est loin des sitcom américaines où, habituellement, chaque épisode est tout à fait indépendant et n’est pas relié aux autres par la même intrigue et la même histoire. Dans cette sitcom, il y a un enchaînement et chaque épisode rappelle ceux qui l’ont précédé.»
L’auteur de Ana Ou khouya ou mratou, diffusé pendant trois saisons par la RTM au mois de Ramadan, des Bandits, au succès commercial éclatant, aura du pain sur la planche pour dérider encore le public marocain. Cette attente lui donne des insomnies et des angoisses, reconnaît l’humoriste, car il ne sait quelle réaction réservera le public à sa création. C’est pour cette raison que, par rapport à toutes les autres prestations humoristiques (one man show, cinéma et télévision), c’est sur les planches que Saïd Naciri dit se trouver à l’aise. «Au cinéma et à la télévision, je suis très angoissé puisqu’il n’y a pas de communication directe entre le public et moi. L’absence d’un public direct qui réagit sur le champ est très frustrante. Il m’est arrivé, lors de la projection des Bandits, d’entrer incognito dans les salles pour voir la réaction du spectateur. J’avoue que malgré le plaisir que je ressentais en le voyant s’esclaffer, j’en sortais encore plus frustré.» Et sur les planches, en direct, l’humoriste, on le sait, n’a pas la langue dans la poche.
Son intervention, lors d’une émission sur le sida, passée à la télévision en 1994, alors qu’il était parmi le public, est restée célèbre dans les annales burlesques de l’artiste. Elle lui a par ailleurs valu les foudres des islamistes. La direction générale de l’époque lui avait demandé d’improviser un sketch sur le thème. Sortant alors un préservatif de sa poche, geste alors tout à fait téméraire, il s’est lancé dans une démonstration très pédagogique sur la manière de l’utiliser sans risque de perforation. Le public, d’abord ahuri, a fini par rire. «Comment ne pas le faire alors que, durant trois heures de palabres, aucun des intervenants, tous spécialistes en la matière, n’avait osé piper mot sur le rôle de ce truc en plastique dans la prévention contre le sida ?». Le vendredi d’après, plusieurs imams de mosquée, dont le célèbre fqih Zemzmi, s’en sont pris à lui lors de leur prêche, le traitant de tous les noms. «Or, comme je l’avais expliqué à l’un d’eux, il faut être aveugle pour ne pas voir que les prostituées courent les rues. Au moins qu’on se protège pour ne pas contaminer les autres.»
Côté financier, mis à part le volet technique, dont 2M s’est entièrement occupé, la réalisation de R’bib n’aurait pas franchi la barre de deux millions de dirhams : «On est en tout cas très loin des huit millions qu’avait coûté Lalla Fatéma, l’année dernière, ou même Ana ou khouya ou mratou, et je vous assure, comme le public va le constater lui-même, qu’il est techniquement meilleur», anticipe, sûr de lui, l’humoriste.

L’arrêt de «Lalla Fatéma» avait déjà été décidé par l’ancienne direction de 2M
Interrogé sur le pourquoi d’une nouvelle sitcom, alors qu’un public nombreux attendait la programmation de Lalla Fatéma pour une quatrième saison, Nabyl Ayouch, son producteur, nous fit cette réponse très sereine : «C’est un choix éditorial de la chaîne que de vouloir travailler sur une autre sitcom avec un autre producteur, je le respecte et je leur souhaite beaucoup de courage. Je signale, quand même, qu’avant même le lancement de la troisième saison de Lalla Fatéma, l’année dernière, nous avions décidé, nous producteurs, avec Nour-Eddine Sail, encore PDG de 2M, que cette saison était la dernière. Certes, il était question d’autres projets, dont des sitcoms, mais peut être la nouvelle direction de la chaîne avait-elle ses raisons pour choisir et engager d’autres personnes. Je souhaite en tout cas au public du bon spectacle avec la nouvelle programmation».
Rendez-vous, pour le vérifier, dans une semaine

Auréolé du succès des «Bandits», qui a frôlé le million et demi d’entrées et quelque vingt mille DVD, l’auteur, réalisateur et producteur Saïd Naciri revient en force avec «R’bib», sitcom ressortie des tiroirs de 2M.

Cinq semaines de tournage ont suffi pour mettre en boîte les trente épisodes de R’bib, dont le décor moderne a été conçu par l’architecte Najib Berrada. On a également fait appel, pour la première fois, à un ingénieur de l’image.