Appel à  la prière : Questions à  Mohamed Wazif, Chercheur au Centre marocain des sciences sociales.

« La prise en charge du personnel religieux au Maroc constitue un fait majoritairement communautaire. »

La Vie éco : Quel est le statut symbolique des muezzins ? Comment cette catégorie est-elle perçue par les Marocains ?
Généralement, la population marocaine accorde un respect considérable aux muezzins ainsi qu’à l’ensemble des agents religieux chargés de la gestion quotidienne du culte musulman dans les mosquées, tels les imams et les khatibs. Un respect qui n’exclut pas quelques critiques et reproches adressés à certains. A titre d’exemple, le taleb dans les douars est sous la loupe de la communauté et fait l’objet souvent de rumeurs et d’anecdotes. N’oublions pas que certains proverbes courants rendent compte du décalage entre le profil réel et idéal typique des agents de culte: on dit par exemple «lefqih li ntesanaw barakto, dkhal jame’a bi balghto».
 
Les muezzins sont indemnisés à hauteur de 800 DH par mois et souffrent d’une précarité matérielle. A quoi cela est-il dû selon vous ?
En fait, la réponse à cette question est un peu complexe. Certes, la condition «professionnelle» et socio-économique de ces techniciens de culte est aussi précaire que d’autres métiers et missions liés à quelques départements de l’Etat, par exemple, les moqaddems et les chioukhs. Dans ces cas, il n’y a point de reconnaissance étatique de cette armée d’agents para-officiels en tant que fonctionnaires publics, et ce, même s’ils relèvent de l’administration. Là, il n’est pas question de code du travail, de Smig, ni même de «salaire» juridiquement parlant. Les rétributions monétaires de ces «préposés religieux», les «qayimoun diniyoun» d’après le jargon du ministère des habous, sont qualifiées administrativement de «sila, moukafa’a» (littéralement : lien et récompense). Bien qu’il veuille organiser le champ religieux, l’Etat ne dispose pas de fonds nécessaires pour fonctionnariser ces «prolétaires» du culte. Dernièrement, les préposés religieux ont commencé à protester contre cette situation devant le Parlement et même à créer une sorte de corporation de type syndicale pour défendre leurs intérêts.

Y a-t-il une différence entre exercer cette fonction dans une grande ville et dans le monde rural ? Les rôles sont-ils différents ?
Qu’ils soient dans l’urbain ou le rural, les rôles et les missions du personnel religieux sont connus et même dernièrement bien définis, dans le cadre d’une sorte de «cahier des charges» élaboré par le ministère des habous sous le nom de «dalil al imam wal khatib» (Guide de l’imam et du khatib). La différence se situe au niveau des opportunités présentes devant chaque agent religieux, par exemple en fonction de l’implantation de la mosquée dans un quartier de luxe, la générosité de la clientèle pratiquante, la diversification des activités parareligieuses génératrices de rétributions (invitations pour les mariages, les décès, etc.). Ce qu’il faut retenir c’est que la prise en charge du personnel religieux au Maroc constitue un fait majoritairement communautaire. C’est dire le rôle capital de la communauté (la Jma’a ou les comités des mosquées) qui recrute et qui paye.
 
Quelle est la symbolique d’Al Adan pour la communauté des croyants ?
n Dans la civilisation islamique, le rituel d’Al Adan (l’appel à la prière) et ses différentes pratiques sont historiquement datés. Mis à part ses dimensions religieuses, plusieurs innovations ont été introduites quant à sa pratique (utilisation des haut-parleurs ; transmission à la télé ; application sur les portables, etc.). Ceci dit, la relation de la population, pratiquante ou non, à l’Adan témoigne d’abord du respect : télé et radio mises en mode muet, report de l’écoute des chansons jusqu’à la fin d’Al Adan…