Antidote contre le racisme : Questions à  Aadel Essaadani, Coordinateur général de l’Association Racines

«L’art dans l’espace public permet de traiter de sujets sérieux et épineux»

Parlez-nous tout d’abord du projet Mix City, en quoi est-il important pour lutter contre les préjugés ?

Mix City est un projet de l’Association Racines par lequel la transmission et la communication avec la population se font à travers la création artistique pour atteindre le citoyen dans l’espace public et le pousser à se poser des questions sur sa condition, ses valeurs, ses préjugés, le vivre-ensemble… Il s’agit d’une nécessité pour l’efficacité de l’action dans un contexte où l’action culturelle n’est pas considérée, par l’Etat, en tant que service public de formation du citoyen et de dissémination de valeurs du vivre-ensemble. Beaucoup de Marocains n’ont pas de pratiques culturelles, excepté la télévision, par défaut. L’espace public est un merveilleux moyen pour rapprocher les esthétiques artistiques des populations, en appliquant l’adage: «Si tu ne vas pas à la culture, la culture viendra à toi». Mix City est un projet de création théâtrale et musicale, en utilisant les techniques du théâtre forum. L’intérêt de cette esthétique réside dans son terrain de jeu : l’espace public, et dans son déroulement : 30 minutes de représentation théâtrale et 30 minutes d’interaction avec le public qui devient «SpectActeur», le temps de l’interaction avec les comédiens et le public. Il ne s’agit pas de trouver des solutions, ce n’est pas le rôle de l’action, mais de faire poser les questions, de proposer une réflexion commune, de manière pacifique et ludique, à travers le théâtre.

Est-ce votre première expérience du genre ?

Une première expérience a été réalisée en 2014 avec le projet «3lach ou Kifach», une création et une tournée de la représentation théâtrale dans les places publiques de huit villes (Ouarzazate, Meknès, El Jadida, Larache, Afourar, Rabat, Casablanca et Tanger). Le texte s’intitulait «l’oued l’7ar» et la pièce interpellait le public sur les questions des responsabilités des élus par rapport à un service public comme celui du traitement des égouts, pour arriver à la question de pourquoi voter pour ce candidat et pas un autre ? Le théâtre forum et les interactions «ludiques» dans l’espace public sont des outils de dialogue entre citoyens et élus, et une autre manière d’instaurer, gentiment, une forme de démocratie participative, de demander des comptes aux gestionnaires de l’argent public et de l’intérêt général.

Quels sont les autres projets de l’association ?

L’Association Racines travaille essentiellement sur les questions de structuration des politiques culturelles, afin de trouver des moyens de travailler par la culture pour atteindre le développement humain, social et économique au Maroc. Le constat de départ étant qu’il ne sert à rien d’avoir de bonnes lois et la meilleure Constitution au monde, si les citoyens ne participent pas à l’élaboration de ces textes et que ces derniers ne soient pas respectés par la majorité en tant que moyen de vivre ensemble. La culture est prise, ici, dans le sens anthropologique, en tant que véhicule de valeurs de citoyenneté, de démocratie et de justice sociale.

L’art est-il suffisant pour changer les mentalités ?

L’art dans l’espace public permet de traiter de sujets sérieux et épineux, tels que le racisme et les discriminations envers les Subsahariens. Et au-delà, du traitement égalitaire de tous les citoyens, y compris dans le contexte social marocain. Car, il faut le dire, nous enregistrons encore des résistances pour instaurer un principe d’égalité sociale, de genre, et d’accès aux services publics comme l’éducation et la santé.