«Les mamans détenues ne peuvent pas disposer d’une cellule individuelle»

Questions à  : Fatna El Bouih, Fondatrice de l’association Relais Prison Société

La Vie éco : Comment jugez-vous la situation des prisonnières accompagnées de leurs enfants ou des détenues enceintes dans les prisons marocaines ?

Je veux juste rappeler la petite histoire qui m’a poussée à m’engager pour la cause des mamans détenues. Personnellement, j’ai assisté à l’accouchement d’une femme enceinte et handicapée dans la prison. C’était effroyable. Depuis, je me suis toujours battue pour cette frange fragilisée de la population carcérale. Aujourd’hui, c’est l’association qui s’en occupe. Pour ce qui est de la situation des mères prisonnières, il faut noter tout d’abord que la surpopulation carcérale est une caractéristique de la prison marocaine. La preuve, les mamans n’ont toujours pas la possibilité d’avoir une cellule individuelle pour s’occuper de leur bébé. Ce qui nous sauve encore, c’est cette traditionnelle solidarité qui caractérise la société. Une femme enceinte est bien entourée même en prison. Tout le monde est aux petits soins. J’ai même assisté à des cérémonies de naissance dans des prisons. C’était l’occasion pour faire la fête et oublier la souffrance.

Que fait l’association au profit des enfants de la prison et des mamans…

Nous avons tout d’abord introduit des crèches dans les prisons marocaines. Nous avons également organisé des soirées de théâtre, des activités culturelles. Nous avons aussi donné des bourses annuelles à des détenues accompagnées de leurs enfants.
Un don de huit lits de bébés a été octroyé à des enfants incarcérés avec leurs mamans à Oukacha. Plusieurs enfants accompagnés de leurs mères qui ont atteint l’âge de cinq ans ont été transférés aux différents SOS Villages afin de bénéficier de leur droit à l’enseignement.

En tant que fondatrice de l’association Relais, trouvez-vous que l’Administration pénitentiaire collabore suffisamment afin que la société civile puisse accomplir son travail envers les mamans détenues et leurs enfants ?

Les démarches administratives sont devenues de plus en plus handicapantes après le renforcement sécuritaire. Ceci est également vrai pour le suivi des mamans. La complication des procédures ne nous facilite pas la tâche. Nous partons du principe que la place des enfants n’est pas dans une prison. Il faut donc penser à externaliser le système de la crèche durant la journée. Les femmes enceintes ou accompagnées de leurs enfants doivent aussi profiter de peines alternatives.

Quelles sont les autres activités de l’association visant la population carcérale ?

Notre association a initié une démarche socio-pédagogique qui consiste à offrir aux ex-détenu(e)s, des alternatives, qui les mènent à entrevoir des caractéristiques d’insertion «non classiques», davantage motivantes dans la mesure où elles portent une spécificité d’activités génératrices de revenus.
C’est dans ce cadre que nous avons mis en place trois ateliers de formation : réparation des appareils électroménagers, maintenance des outils informatiques et formation des agents de sécurité, en partenariat avec l’association Assomoud qui travaille sur la réinsertion des populations fragilisées. Notre démarche consiste à apporter aux détenus une aide morale et matérielle durant leur détention, en tenant le rôle de relais entre les besoins identifiés chez les détenus et le potentiel de la société civile.