Abdelaziz Hatimy : «Les parents ayant recours à  la justice sont par définition nécessiteux, du moins en situation précaire»

Abdelaziz Hatimy, Avocat au barreau de Casablanca.

La Vie éco : Vous est-il arrivé de traiter des dossiers relatifs à cette pension alimentaire ?

En vingt ans d’exercice, j’ai reçu en consultation un seul client à ce sujet. Le droit fait peser sur les enfants l’obligation de servir une pension alimentaire à leurs père et mère, et ce droit entre parents et enfants tire sa légitimité du devoir d’assistance qui doit prévaloir entre les membres d’une même famille. Outre le mariage et la parenté, le droit retient le simple engagement ou même le fait de disposer d’un excédent de ressources comme fondement de l’obligation alimentaire. En vertu de cette règle, toute personne qui s’est engagée à verser à un tiers une pension alimentaire doit exécuter son engagement. Des principes énoncés, entre autres, par les articles 187 et 205 du code de la famille.

Pourquoi à votre avis peu de parents recourent aux tribunaux pour réclamer ce droit à la pension alimentaire ? Une ignorance de la loi ?

Une ignorance de la loi doublée, à mon avis, des difficultés que rencontrent certaines franges de notre société à accéder à la justice.
C’est un sujet d’ailleurs d’actualité, en ce moment même, dans notre pays. Les parents ayant recours à cette procédure sont par définition nécessiteux, du moins en situation précaire. Leur précarité et la nécessité pour eux de faire appel à la justice pour faire prévaloir leur droit légitime à cette pension, les pénalise fortement. L’accès à la justice, pour les milieux défavorisés, demeure un luxe dans notre pays, mais nous fondons toujours l’espoir que les efforts déployés aujourd’hui pour la refonte globale de la justice y apporteront des réponses adéquates et des solutions pérennes.
Ceci dit, la faiblesse des recours dans ce genre de procédures peut trouver aussi son explication dans le fait qu’au Maroc, et d’une manière générale dans les sociétés musulmanes, la notion de famille et les liens du sang demeurent très importants malgré le rétrécissement de l’univers familial, imposé par les conditions de vie difficiles. Il y a aussi la pudeur des parents liée au contexte socioculturel qui pourrait aussi justifier ce constat.  

Ce n’est donc pas par méconnaissance de la loi ?

Pas seulement. Mais l’ignorance, la méconnaissance, la sous-information sont au cœur de l’actualité juridique et judiciaire de notre pays et des réformes à venir. Le droit à l’information est aujourd’hui inscrit dans la Constitution, et l’information juridique en fait partie. Je suis optimiste pour l’avenir, mais ça n’engage que moi.