A vos fusils ! la saison de la chasse s’ouvrira le 3 octobre

La saison sera giboyeuse car les conditions climatiques ont été très favorables.
Il y a, au Maroc, 36 235 chasseurs recensés et contrôlés.
L’insuffisance des moyens de contrôle favorise la prolifération du braconnage : 60% du gibier prélevé résulte d’une chasse illégale.
Quand elle obéit aux règles en la matière, la chasse est créatrice d’emplois : 1 chasseur fait travailler 5 personnes.

Cette année, l’ouverture de la saison de chasse aura lieu le 3 octobre. Plusieurs dizaines de milliers de fusils arpenteront les terres giboyeuses. La saison 2004-2005 promet d’être bonne car les conditions climatiques, favorables pour la majorité des régions, ont été à l’origine d’un bon développement du couvert végétal, principal refuge et source de nourriture du gibier.
Par ailleurs, au fil des ans, les chasseurs s’éduquent en matière d’écologie. Ils sont de plus en plus nombreux à opter pour un type de chasse amodiée(*), au détriment de la chasse banale, dont les territoires souffrent cruellement du braconnage, lequel représenterait «près de 60% du gibier prélevé», selon Youssef Alaoui, écologiste convaincu et ex-directeur de la division de la chasse, de la pêche et de la protection de la nature aux Eaux et Forêts.
La saison coïncide aussi avec le démarrage du plan directeur de la chasse, principale recommandation du Conseil supérieur de la chasse (20 juillet 2001), et avec la mise en œuvre de la convention de partenariat signée avec la Fédération royale marocaine de chasse. Selon le département des Eaux et Forêts, «il est certain que ces deux actions stratégiques contribueront à mieux promouvoir l’activité cynégétique (relative à la chasse, ndlr) dans notre pays et à développer des axes de coopération et de collaboration avec les divers partenaires et intervenants dans le domaine de la conservation et de la valorisation de la biodiversité».
Concrètement, cela se traduit sur le terrain par la participation à la formation et au renforcement de la capacité des gardes bénévoles, à la lutte contre le braconnage, à la réalisation d’aménagement de zones de chasse, au repeuplement en gibier, à la protection de la faune et de son milieu. Ce plan d’action est mis en œuvre sur trois ans et le département des Eaux et Forêts et de la lutte contre la désertification y contribue par le versement d’une subvention annuelle chiffrée à 1 million de dirhams en 2003. Ainsi, plus de 200 gardes bénévoles ont-ils été agréés pour participer à la répression du braconnage. Selon les services concernés, «pour la saison 2002-2003, ces gardes ont dressé 131 procès verbaux dont 24 pour un montant global de 207 000 DH au profit du fonds de la chasse».
Mais que chasse-t-on au Maroc ? Lors de la saison précédente, les 36 235 chasseurs recensés et contrôlés ont abattu 72 907 perdreaux. Puis viennent les lièvres et les lapins, avec une moyenne de 16 lièvres et 7 lapins pour 100 chasseurs (5 829 lièvres et 2 441 lapins). Autre petit gibier très prisé, la caille connaît toutefois un prélèvement en baisse : 2 538 pièces contre
3 772 lors de la saison 2000-2001.
Signalons que les régions du Rif, du nord-est et de Fès Boulmane ont enregistré les plus forts taux de prélèvements.
Le gibier d’eau et migrateur est aussi fort apprécié. Il est surtout convoité par les touristes chasseurs. Les observateurs avertis notent aussi un engouement de plus en plus grand de la part des chasseurs nationaux qui cherchent non seulement à diversifier leurs prises, mais aussi à tester de nouveaux modes de chasse, tout en découvrant d’autres paysages cynégétiques, car, ne l’oublions pas, la chasse est aussi un sport et un plaisir. La caille, la tourterelle et les grives constituent des espèces convoitées. Elles sont essentiellement concentrées dans les régions du sud-ouest, du Haut-Atlas, du centre et du nord-ouest.

Parmi le gibier d’eau, la bécassine domine, surtout chassée par les touristes
A titre d’exemple, les statistiques affichent une moyenne de 2 tourterelles par chasseur national et par journée de chasse, contre 32 pièces pour les touristes. Quant au gibier d’eau, la bécassine règne en maîtresse, mais elle est surtout chassée par les touristes. Cependant, le dernier rapport annuel de la chasse note que «certains chasseurs nationaux commencent à s’intéresser à la chasse de ce type de gibier, puisque des associations spécialisées ont amodié des lacs et des marais pour exercer cette activité».

Gazelle, mouflon et cerf sont sévèrement protégés
Quant au gros gibier, la réglementation marocaine n’autorise actuellement que le sanglier. Gazelles, mouflons et cerfs sont sévèrement protégés. Ces espèces sont d’ailleurs réintroduites dans certaines régions.
En l’absence de prédateurs, le sanglier a considérablement proliféré. Dans certaines régions, l’animal est souvent la cause de dégâts spectaculaires de récoltes. Par conséquent, les Eaux et Forêts ont décidé d’autoriser sa chasse tous les jours en saison, à l’exception du vendredi, avec un quota d’une bête par chasseur et par journée de chasse. Par ailleurs, des battues administratives ont parfois lieu dans les régions où les dommages sont les plus dramatiques. A titre d’exemple, lors de la saison passée 678 battues ont permis l’abattage de 1 967 sangliers (46% des battues organisées l’ont été dans les régions du Rif et du centre).
La chasse, ce sont aussi des entrées en taxes et en devises importantes. Ainsi, pour la saison 2002-2003, les recettes du fonds de la chasse ont connu une augmentation de 15% par rapport à 2000-2001, soit environ 15 millions de DH. Les recettes encaissées par le fonds de la chasse sont réparties comme suit : licences de chasse : 37%, amodiation de droit de chasse : 29%, taxe sur le permis de chasse : 23%, battues au sanglier : 7%, transaction avant jugement : 4%.
Les chasses touristiques présentent aussi un poids économique certain. Mais le tourisme cynégétique a été doublement pénalisé par la crise. En effet, depuis le 11 septembre 2001, il connaît une vraie sinistrose. Les événements du 16 mai ont aussi accentué le marasme ambiant, surtout que les chasseurs sont des touristes – porteurs d’armes, et donc les autorités ont souvent fait de l’excès de zèle.
Les deux attaques terroristes «coïncidaient respectivement avec l’ouverture générale de la saison 2001-2002 et avec l’ouverture de la chasse à la tourterelle», note Mme Nejjar, de Sochatour, société leader sur le marché. Et de préciser: «Notre carnet de commandes a enregistré 50% d’annulations!». Par ailleurs, Mme Nejjar reconnaît que le secteur rencontre une «crise générationnelle. Les adeptes de ce sport sont de plus en plus âgés et les jeunes n’assurent pas la relève attendue». Une société comme Sochatour organise 1000 journées de chasse par an. Or, une chasse privée nécessite une logistique et un entretien considérable (40 gardiens permanents, plus des extras durant la saison, à titre d’exemple !)…
Le secteur est donc en crise. Toutefois, selon le rapport annuel de la chasse 2003, sur les 25 sociétés de chasse touristiques opérant localement et sur les 15 sociétés ayant transmis leurs rapports d’activités, 1 693 touristes sont venus exercer leur passion au Maroc et se sont partagé
5 100 journées de chasse organisée. Ces touristes d’un genre particulier ont abattu 8 862 perdreaux, 3 441 faisans d’élevage, 248 canards, 364 lièvres, 515 lapins, 172 sangliers, 63 095 tourterelles, 4 939 cailles, 499 grives, 714 alouettes, 2 657 bécassines et 1 730 calandres et calandrelles.
Comme la chasse intelligente consiste essentiellement en un judicieux équilibre entre la pratique sportive et la préservation de l’écosystème, le rôle des réserves est prépondérant. Ainsi, le jeu de réserves institué pour la période 2000-2003 comprend environ 6,3 millions d’hectares de réserves permanentes et 4,8 millions d’hectares de réserves triennales. Reste qu’aux Eaux et Forêts on reconnaît volontiers «l’insuffisance de moyens pour leur aménagement et leur réhabilitation», malgré un investissement de 11 MDH en 2003.
Le rétablissement de l’équilibre gibier-prédateur est crucial. Des prédateurs habituels font l’objet de régulation (chacal, renard, chiens errants, pies, corbeaux…) et 1 189 prédateurs ont été éliminés durant la dernière saison (48% de renards, 29% de chacals et 20% de chiens errants). Le centre du pays, en particulier les provinces de Settat et de Boulmane, est particulièrement concerné.
Pour clore, il est important de noter que ce sport procure des revenus aux populations locales. Des emplois fixes et temporaires sont créés (gardiens permanents et saisonniers, rabatteurs, traqueurs, porteurs…). A titre d’exemple, un groupe de 8 à 10 chasseurs de sangliers fait directement travailler 40 à 50 personnes ! Il est donc primordial de promouvoir intelligemment ce sport qui représente sûrement une niche touristique sous-exploitée, tout en veillant scrupuleusement à ce que «chasse» ne rime jamais avec «tuerie»

Au Maroc, on chasse le perdreau, le lièvre et le lapin. Caille, tourterelle et grive sont également prisées, surtout par les touristes. Quant au gros gibier, la réglementation marocaine n’autorise que le sanglier.

Le rétablissement de l’équilibre gibier-prédateur est crucial et 1 189 prédateurs ont été éliminés durant la dernière saison (48% de renards, 29% de chacals et 20% de chiens errants).

Durant la précédente saison, les régions du Rif, du nord-est et de Fès Boulmane ont été les plus grandes pourvoyeuses en gibier.