à‰cotourisme : Questions à  Brahim Abou El Abbes, Président de l’Association marocaine pour l’écotourisme et la protection de la nature (AMEPN)

«Les meilleures destinations sont les parcs nationaux et les réserves naturelles»

La Vie éco : Est-ce que les Marocains s’intéressent à l’écotourisme ? 

Les Marocains s’intéressent de plus en plus aux milieux naturels pour y pratiquer le tourisme rural et celui de montagne. En effet, les activités recherchées sont généralement l’accueil dans des lieux d’hébergement spécialisés, soit chez l’habitant ou dans les auberges et les gîtes, soit la randonnée en escaladant les montagnes, ou simplement la marche pour s’offrir une activité physique et s’évader du rythme quotidien, du stress et de la fatigue morale et/ou corporelle. La demande est de plus en plus grande et les initiatives d’organiser les circuits de découverte de la nature se multiplient et se diversifient entre agences spécialisées, opérateurs touristiques, associations et même des personnes qui offrent ce genre de prestation à titre individuel.

S’agit il là du vrai écotourisme ?

A mon sens, les initiatives éco-touristiques proprement dites sont encore très limitées malgré les potentialités naturelles dont dispose notre pays. La cause revient tout simplement à l’absence d’offres organisées et de prestations spécifiées à l’écotourisme tel que connu à l’échelle internationale. Selon notre interprétation, l’écotourisme ou les produits écotouristiques doivent s’organiser d’abord autour des thématiques liées à la nature et à ses composantes pour s’en informer et apprendre davantage sur la face cachée de cette nature qui nous nourrit et qui contribue à notre bien-être. De ce fait, l’écotourisme est considéré comme un voyage dans la nature dont l’objectif est de prendre connaissance de cette nature, de contribuer à sa conservation par des comportements respectueux de l’environnement et par la contribution au développement local, surtout que là, le quotidien des populations riveraines repose essentiellement sur l’exploitation des ressources naturelles.

Quels sont à votre avis les sites les plus indiqués en été ?

Pour mieux profiter de l’écotourisme et bénéficier d’activités écotouristiques, je conseille aux intéressés de prendre la destination des parcs nationaux et des réserves naturelles. Ce sont des espaces naturels identifiés sur des bases écologiques, paysagères, économiques et sociales, et surtout les aménagements écotouristiques proposent des circuits pleins d’information et minimisent l’impact sur les milieux déjà fragilisés par les facteurs anthropiques et naturels. Le cas des Parcs nationaux de Talassemtane (Chefchaouen), Tazekka (Taza), Parc national d’Ifrane (Ifrane), Haut-Atlas Oriental (entre Midelt et Khénifra), Parc national de Souss Massa (Agadir), Parc national de Toubkal (Province d’Al Haouz) et le Parc national de Khenifiss dans la province de Tarfaya. En visitant ces espaces naturels, les amateurs de la nature découvriront tout simplement un échantillon représentatif de notre biodiversité. 

Y a-t-il un développement des infrastructures pour encourager cet écotourisme ?

Un grand effort a été déployé cette dernière décennie pour le développement des infrastructures dans ce domaine. C’est le cas des espaces naturels protégés que j’ai cités auparavant. La visite des parcs nationaux et de certaines réserves naturelles est rendue très facile à travers la présence de centres d’information, d’écomusée, de circuits balisés, d’offre d’hébergements qualifiés, et, surtout, de l’information pertinente des écosystèmes naturels que recèlent ces milieux. Ce qui est encore encourageant c’est l’initiative du Haut-Commissariat aux eaux et forêts, en charge de la gestion des aires protégées, de créer des produits pour d’éventuelles commercialisations et promouvoir une destination écotouristique. Ces initiatives doivent être soutenues amplement par les agences spécialisées et encouragées par les entités en charge de la promotion touristique au niveau national.

Que fait votre association pour encourager cet écotourisme ?

Elle essaie de contribuer à la valorisation des espaces naturels à travers la mise en exergue des potentialités naturelles de leurs écosystèmes. Mais l’action principale reste la sensibilisation à la promotion d’un écotourisme de qualité qui n’engendrera pas un impact négatif sur l’environnement naturel. Nous contribuons également à travers l’éducation environnementale à réparer les jeunes générations à faire de l’écotourisme un levier de développement local et de protection de notre patrimoine naturel. 

Et le ministère du tourisme dans tout cela ? 

Le fait d’inclure l’écotourisme dans la vision de la phase prochaine, Vision 2020, est une très bonne initiative du ministère du tourisme. Ma seule recommandation est de promouvoir la qualité de nos écosystèmes et d’insister sur leur viabilité dans tout plan d’aménagement y afférent. L’écotourisme peut être la niche la plus rentable si on l’exploite différemment que le tourisme de montagne.