823 réfugiés au Maroc, reconnus par le HCR, mais sans cartes de séjour

Selon les statistiques du bureau du HCR à  Rabat, ils sont 823 personnes sur le sol marocain, ce qui correspond à  548 familles, qui jouissent d’un statut de réfugié.
Bien que signataire de la Convention des Nations Unies sur les réfugiés, le gouvernement marocain n’accorde plus le statut de réfugié.

Ils ont fui les guerres, les conflits ethniques et religieux dans leurs pays, la répression politique, les persécutions policières, les génocides, pour chercher sécurité ailleurs. Les réfugiés se comptent par millions à travers le monde : en janvier 2008 en tout cas, 11,4 millions étaient placés sous la responsabilité du Haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies (UNHCR). Si les pays les plus recherchés par ces réfugiés sont naturellement ceux d’Europe et d’Amérique du Nord, le Maroc reçoit lui aussi son lot de réfugiés qui sont en majorité venus d’Afrique subsaharienne. Après avoir franchi plusieurs frontières et traversé le désert, ils échouent à Rabat ou à Casablanca pour déposer une demande d’asile. Ils sont, selon les statistiques du bureau du HCR à Rabat, 823 personnes sur le sol marocain (ce qui correspond à 548 familles, voir encadré), jouissant d’un statut de réfugié en bonne et due forme. 500 autres demandes d’asile sont actuellement à l’étude. La plupart émanent de ressortissants ivoiriens (47%), de Congolais (27%) et d’Irakiens (9%). Le reste est partagé entre diffréntes nationalités: Cameroun, Libéria, Rwanda, Palestine, Algérie…
Détail important : il y a une nette distinction à faire entre réfugiés et migrants économiques. Les premiers fuient la persécution et la violence et viennent demander protection au Maroc. Les seconds ont choisi de leur propre chef d’émigrer au Maroc pour chercher du travail ou poursuivre des études. Ces derniers sont parfois dans une situation irrégulière et n’ont pas droit au statut de réfugié. Tout au plus ont-ils ont droit à une assistance humanitaire. Les premiers, par contre, ont droit à une protection en vertu de la Convention des Nations Unies sur les réfugiés de 1951 et du Protocole de New York du 31 janvier 1967 relatif au statut des réfugiés. Certains, précise d’emblée Coline Bellefleur, responsable du Centre d’assistance juridique pour les réfugiés et demandeurs d’asile (attachée à l’OMDH), «avaient un très bon niveau de vie dans leur pays d’origine et ne l’auraient pas quitté sans la survenance de certains évènements les contraignant à fuir».

Un réfugié du Congo obtient sa carte du HCR après une longue bataille
Fiston Massamba, originaire de la République démocratique du Congo (RDC), en fait partie. Il a accepté de livrer son témoignage. Depuis qu’il était enfant, il rêvait d’émigrer, mais en Europe. Fils d’un chauffeur mécanicien et d’une infirmière, sa vie n’était pas vraiment malheureuse, malgré une fratrie nombreuse. Il a même poursuivi ses études jusqu’à obtenir le bac et s’est inscrit à la Faculté de médecine de Kinshassa. En deuxième année, c’était en 1999, il dut abandonner ses études à cause des harcèlements de la police. Sympathisant de l’Union pour la démocratie et le progrès social, un parti d’opposition, Fiston était souvent dans le collimateur des services de police. En 2002, il quitte son pays et se réfugie au Cameroun voisin. Il y resta presque trois ans, avant de prendre son courage à deux mains pour franchir les frontières du Nigeria, du Niger, de traverser le désert pour se retrouver en Algérie, puis au Maroc, en 2005. Tout cela avec la ferme intention, à l’instar de tous les autres migrants subsahariens, de regagner l’Europe.
Peine perdue : l’Europe ferme de plus en plus ses frontières aux migrants qui se retrouvent bloqués au Maroc, un pays qu’ils n’imaginaient au départ que comme un simple passage vers l’eldorado. Après deux années de vie clandestine et plusieurs sit-in avec d’autres réfugiés devant le siège du HCR de Rabat , il a pu arracher sa carte estampillée HCR. Disposer de cette carte lui confère, certes, le statut de réfugié régulièrement établi au Maroc, et lui épargne, lors des rafles de la police, d’être refoulé. Mais ce statut ne lui donne pas droit, pour autant, à une carte de séjour, ni le droit de travailler ou d’avoir un titre de voyage.  Fiston, installé, comme des centaines de réfugiés et migrants subsahariens à Hay Nahda à Rabat, voue actuellement sa vie à la cause de ces derniers. Il est l’un des animateurs du Conseil des migrants subsahariens au Maroc(CMSSM) depuis sa création en novembre 2005, et a participé à l’ouvrage, Paroles d’exils, un récit de témoignages de migrants entre l’Afrique et l’Europe (publié en Belgique par les Editions le chant des rues, 2007). Ses rapports avec les Marocains ? « Tous ne sont pas racistes, mais il nous arrive, nous Subsahariens, d’être traités d’une manière condescendante et d’être insultés. Mais ce qui nous révolte au plus haut point est la manière dont une certaine presse nous traite : nous sommes pour elle un danger ambulant et nous sommes tous porteurs du sida et de tuberculose», se plaint Fiston.

Cristelle, une réfugiée ivoirienne engagée dans l’associatif
Cristelle, une autre réfugiée au Maroc, est Ivoirienne. Agée de 34 ans, elle accepte de nous rencontrer dans un café à Hay Nahda pour nous raconter son histoire.  Après une licence en littérature française à l’Université d’Abidjan, elle travaille comme secrétaire dans une grande entreprise privée de la capitale. Elle aurait pu vivre heureuse si elle n’était originaire de la région Bété (au centre-ouest de la Côte d’Ivoire) et si une guerre interethnique n’avait pas éclaté pour la prise du pouvoir après la mort, en 1993, du président Félix Houphouët-Boigny. Lors d’un contrôle d’identité, elle est taxée d’espionne, à cause de ses origines Bété, et  emprisonnée dans un camp militaire. Elle réussira à s’en échapper pour commencer alors une vie d’errance qui, de frontière en frontière, la mena à Maghnia en Algérie, puis au quartier Taqaddoum à Rabat en 2005. «Nous étions une trentaine de migrants à venir de Maghnia à Salé en ce mois de juin 2005, nous avions roulé toute la nuit et pris des routes escarpées pour échapper aux contrôles. Pour faire ce trajet, j’avais payé 150 euros. Une fois à Salé, nous étions livrés à nous-mêmes, dans une broussaille. Le lendemain nous étions conduits à Hay Taqaddoum à Rabat. Toutes les communautés africaines sont représentées dans ce quartier, et les Ivoiriens étaient les plus nombreux», se souvint Cristelle. Comme Fiston, elle remplissait tous les critères pour avoir droit à la protection du HCR, et obtient sa carte en 2006. Ses parents sont décédés dans la guerre, et elle n’a plus de nouvelles de sa fille qu’elle avait mise au monde avant de fuir la Côte d’Ivoire. Comme elle ne travaille pas, Cristelle s’est engagée elle aussi dans le travail associatif et devient animatrice, depuis sa création en 2007, du Comité des femmes et enfants subsahariens victimes de l’immigration (COFESVIM). C’est la Fondation Orient-Occident qui lui a offert un local au quartier Yacoub Mansour pour mener ses activités. La fondation organise des journées d’échanges culturels, donnent des cours d’informatique, de pâtisserie, de couture aux enfants et aux femmes. «Cela nous permet de casser notre isolement, mais aussi de montrer aux Marocains que les Subsahariens ne sont pas des parasites», martèle la réfugiée ivoirienne. Cristelle voudra-t-elle un jour regagner son pays? «Oui, quand je serais sûre que ma sécurité n’y serait pas menacée», répond-elle.
En tout cas, le HCR facilite le rapatriement des réfugiés vers leur pays d’origine quand ceux-ci en font la demande. De même, il a mis en place un programme de réinstallation pour apporter protection aux réfugiés dont la vie, la sécurité et la santé et autres droits fondamentaux sont menacés dans le pays d’asile.
En septembre 2007, le HCR a signé une convention avec l’OMDH en vertu de laquelle des centres d’assistance juridique et administrative des réfugiés seront installés à Rabat et à Oujda. Le même accord inclut l’établissement d’un réseau national d’avocats prêts à assister, en cas d’arrestation, les réfugiés ou demandeurs d’asile.  Mais le problème des réfugiés, tempête Amina Bouayache, présidente de l’OMDH, «reste entier, tant que le gouvernement marocain n’aura pas respecté comme il se doit la convention de 1951, qui l’oblige à délivrer lui-même, et non pas seulement le HCR, le statut de réfugié. C’est ce statut qui résoudra nombre de problèmes qu’endurent ces derniers sur le sol marocain».