72 610 bénéficiaires des colonies de vacances cet été

Le programme des colonies de vacances du ministère de la jeunesse et des sports a démarré
le 2 juillet et continuera jusqu’au 22 août.
43 centres pour accueillir les enfants. Les conditions de séjours en amélioration.
La restauration externalisée.
4 800 enfants profiteront de la colonie d’El Haouzia cette année, dont 1 100 y campent depuis le 2 juillet. En raison de Ramadan, la période pour toutes les colonies, est de 12 jours au lieu de 15.

Début juillet 2009. Plage d’El Haouzia de la petite ville d’Azemmour. Des centaines d’enfants de 8 à 14 ans, filles et garçons, en maillot de bain, gambadent frénétiquement sur le sable. Certains courent derrière le ballon rond, d’autres, sous l’œil vigilant des moniteurs et des maîtres nageurs, s’offrent les vagues de l’océan. Un temps estival et un soleil radieux qui incitent à la baignade, au jeu, au loisir, à la liberté de goûter aux plaisirs de l’été, sans entraves familiales, loin des contraintes de l’école, des maîtres et de leurs harassants devoirs scolaires. On le sent, ces enfants s’en donnent à cœur joie, mettent les bouchées doubles pour profiter au maximum des vacances qui, ils le savent, sont éphémères. Chaque matin, dès 10 heures, et ce depuis quatre jours, cette plage distante d’une quinzaine de kilomètres de la ville d’El Jadida accueille les premières vagues des colonies de vacances. La saison démarre à peine et les enfants qui profitent ce matin des plaisirs de la plage d’El Haouzia, relèvent de la colonie de vacances du même nom, organisée chaque année par le ministère de la jeunesse et des sports, en partenariat avec les associations de jeunesse. Yassine, dix ans, arrête sa course, haletant, se penche pour ramasser sa serviette et essuyer son corps trempé d’eau. De quelle région est-il et depuis quand est-il en vacances dans cette colonie ? «On est là depuis quatre jours, répond-il. Il nous reste une semaine pour rentrer chez nous, à Béni-Mellal».
Déjà, il parle avec amertume du retour alors que ses vacances dans le cadre de cette colonie sont à peine à moitié entamées. C’est que la fournaise de Béni-Mellal, en cette période estivale, est insupportable. Aucune échappatoire à la chaleur torride, pas de plage ni de lieux de loisirs et les rares piscines que compte la ville sont hors de portée des petites bourses. C’est le cas de Yassine dont le père est instituteur et la mère femme au foyer.
La douzaine de jours qu’il est en train de passer au bord de cette plage, est une aubaine pour lui. A deux cents mètres de la plage, sont dressées des dizaines de tentes, dispersées sur une plate-forme sablée et exposée au soleil sans le moindre arbre, c’est le camping où sont domiciliés les 1 100 bénéficiaires de cette colonie de vacances.
La colonie d’El Haouzia figure parmi les 43 centres programmés par le ministère cet été (au lieu de 37 l’année dernière), à travers tout le Royaume. Ils permettront d’accueillir 72 610 enfants. Le centre d’El Haouzia en accueillira 4 800 répartis sur quatre périodes de 12 jours chacune s’étalant du 2 juillet au 22 août. Le premier groupe, quelque 1 100, y campe depuis le 2 juillet.
Exceptionnellement cette année, on a écourté la durée du séjour à cause de Ramadan qui commence le 24 août : au lieu de deux semaines, les vacanciers des colonies n’auront droit qu’à 12 jours. A l’entrée du camping, deux adolescents, balais à la main, s’affairent à nettoyer les allées. C’est qu’aujourd’hui un visiteur de marque est attendu : la ministre, Nawal El Moutawakel, viendra en début d’après-midi sur le site pour s’enquérir de l’état des lieux et des conditions de séjour et suivre l’application du programme de son ministère relatif aux colonies de vacances.

Nouveau ministre, nouvelle stratégie des colonies de vacances
Cette année, précisément, le ministère avait pour objectif d’améliorer plus en qualité qu’en quantité. On est loin des 200 000 enfants  atteint dans les années passées. Avec la nouvelle équipe à la tête de la Jeunesse et des sports, le nouveau programme vise un plan d’action de plusieurs volets : les colonies de vacances, dans quelques centres, s’étendent désormais sur  toute l’année, pendant les week-ends et les vacances d’hiver et de printemps. Quelque 20 000 enfants en ont profité depuis janvier 2009.
L’autre volet non moins important est l’externalisation de la restauration.  
Elle a démarré l’année dernière avec trois centres d’une capacité de 2 000 enfants. Cette année, l’expérience est élargie à 11 centres, pour un effectif global de 20 000 enfants. Dans ces centres, ce sont désormais des traiteurs spécialisés qui fournissent les plats préparés conformément à un cahier des charges qui fixe les normes de quantité et de qualité de l’alimentation dans les colonies.
Dans les autres centres, suivant encore l’ancien schéma, les repas sont préparés sur place par les cuisiniers de chaque association. L’externalisation c’est donc «un souci de moins pour les éducateurs qui passaient le clair de leur temps à contrôler ce qu’on apportait à manger aux enfants, pour se consacrer plus à l’animation et au renforcement du contenu pédagogique», se félicite Yacine Bellarabe, chargé de la direction de la jeunesse et de l’enfance au sein du ministère. A rappeler que le ministère accorde une bourse pour l’alimentation de 20 DH pour chaque enfant et par jour au lieu de 15 l’année dernière. Autre nouveauté, selon M. Bellarabe, la création en 2009 de 36 centres de colonies urbaines (situées près de la ville, où l’on emmène les enfants pendant la journée). Ces sites hébergeront 34 800 enfants en plus de 1 500 bénéficiaires des séjours linguistiques et sportifs.

150 pensionnaires des centres de protection de l’enfance partagent avec les autres la joie des colonies de vacances
Il faut savoir que la programmation et le financement des colonies de vacances sont assurés par le ministère et les associations. Le premier offre l’infrastructure (tentes, lits, tables), une partie des frais de transport, notamment le transfert des gares ferroviaires ou routières vers les centres et met à leur disposition une partie du staff d’encadrement dont le chef. Les associations, elles, se chargent du reste : le transport entre les villes, l’encadrement par le biais de ses moniteurs (formés par le ministère) dont le nombre a atteint cette année plus de 10 000, les équipements individuels (couvertures, oreillers, instruments de jeu…) et le personnel des cuisines.
Au centre d’El Haouzia, par exemple, ce sont 7 associations qui s’occupent d’encadrer les 1 100 enfants qui y campent actuellement. Ces derniers viennent de Béni- Mellal, Attaouia, Azilal et de quelques quartiers populaires de Casablanca comme Sidi Moumen, Hay Mohammadi et Hay Adil. Quelque 200 viennent d’Errachidia et 150 viennent des centres de protection de l’enfance de Berrechid, Fquih Bensalah et Tit-Mellil. Ces derniers, bien que condamnés à des peines de prison, ont eux aussi droit à quelques moments de plaisir et de détente. «C’est une initiative qui leur permet une première réinsertion dans la société», commente leur moniteur. Pour notre interlocuteur, ce sont des enfants comme les autres et le fait qu’ils aient commis des délits ne dispense pas la société d’assumer ses responsabilités à leur égard. Cette année, près de 1 250 enfants issus de centres de protection de l’enfance devront en principe profiter du programme colonies de vacances à l’échelle national dans 6 centres, y compris celui d’El Haouzia.
Sur les lieux, le programme de la journée est standard : réveil tous les jours à 7 heures du matin, puis petit-déjeuner suivi d’une matinée plage sauf pour les jours où des sorties sont prévues. L’après-midi, c’est la sieste générale après le déjeuner, suivie d’activités sportives ou pédagogiques. Le soir, après le dîner, des soirées artistiques sont organisées. A 23 heures, extinction des feux. Quant au contenu de l’animation et des activités pédagogiques, il est laissé à la discrétion des associations.
«L’essentiel est que chaque association dispose d’un programme qu’elle soumet le premier jour et qu’elle s’engage à appliquer durant la période de la colonie», informe Khalid Gachour, superviseur du centre d’El Haouzia et lui-même issu du milieu associatif puisqu’il est directeur d’une maison de jeunes à Kénitra. La qualité de cette colonie par rapport aux autres années  ? «Tout n’est pas parfait, mais les avancées sont notables», remarque-t-il. Même son de cloche chez les moniteurs des associations qui n’en sont pas à  leur première année ici.  
Auparavant, pour accéder aux tentes, il n’y avait pas d’allées mais seulement des sentiers à même le sable, les blocs sanitaires étaient dans un état épouvantable, remarque l’un de ces moniteurs. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.
Des progrès au crédit de la nouvelle ministre ? Oui mais pas seulement, fait remarquer Mohammed Cherradou, directeur de lycée à Casablanca et de l’association Almawahib, participant elle aussi à la colonie. «L’amélioration de la qualité des colonies de vacances, et à tous les niveaux, nuance-t-il, a commencé avec l’ancien secrétaire d’Etat à la jeunesse qui a fait ses preuves dans les maisons de jeunes et connaissait parfaitement le travail associatif pour l’avoir pratiqué lui-même». Créée en 1965, l’association Almawahib a connu le meilleur et le pire des colonies de vacances pour avoir été de tous les rendez-vous. «Enfant, j’ai fait la colonie d’Aïn Kharzouza au Moyen-Atlas. En guise de lit, on nous donnait du tissu de matelas que nous remplissions nous-mêmes de foin et nous dormions sous des tentes délabrées. Nous ne sommes plus dans ce décor», se rappelle M. Cherradou.
Une nette amélioration de la qualité, du moins dans cette colonie : le constat est perceptible. La restauration a suivi, sauf que certaines associations qui ont plus de moyens, pour garnir mieux les plats des enfants dont elles ont la charge, ajoutent quelques pécules aux 20 DH alloués par le ministère. «Pour avoir trois repas respectables, il faut au moins 35 DH par jour et par enfant», estime le directeur de l’association Almawahib. Un point noir, toutefois, dans ce décor : l’état des toilettes est peu reluisant, et encadrants et enfants se plaignent de coupures fréquentes d’eau et d’électricité.