Zoo de Rabat : ce qu’il est devenu sept ans après…

Le jardin reçoit en moyenne 600 000 visiteurs par an. Des entreprises éco-citoyennes sont sollicitées pour parrainer le zoo et sponsoriser certaines actions. De par sa vocation scientifique, le parc mène des recherches sur la préservations des espèces. Entretien avec sa DG.

Le Jardin zoologique de Rabat s’apprête à célébrer son 7e anniversaire. D’une ménagerie classique, qui était dans un état obsolète, il est devenu un parc de nouvelle génération spécialisé dans la faune africaine. Les visiteurs viennent nombreux. Le quatre millionnième a été enregistré l’été dernier. Salma Slimani, directrice générale déléguée, revient sur ce parcours. Du bilan financier, en passant par les naissances des espèces, aux missions attribuées au parc et la lutte contre le trafic illicite des animaux, Salma Slimani s’est expliquée sur plusieurs sujets. Entretien.

Le Jardin zoologique boucle ses sept ans. Quels enseignements tirez-vous de cette période ?
Le bilan est très positif. Nous sommes passés d’une ménagerie classique, qui était dans un état obsolète, à un parc de nouvelle génération. C’est un concept nouveau et ouvert, où les animaux se sentent dans leur habitat d’origine et où leurs comportements et instincts sont préservés. Un espace qui permet une reproduction et une conservation meilleures des espèces.
Nous sommes spécialisés en faune africaine avec pour objectif de développer un espace qui favorise l’adaptation, l’acclimatation avec l’environnement, l’épanouissement ainsi que le bien-être des espèces.
Ce concept ouvert est fondé sur cinq biozones, à l’image des habitats naturels qui existent dans le continent africain : la montagne de l’Atlas, qui abrite des animaux comme le lions de l’Atlas, le mouflon et le singe magot ainsi que d’autres espèces marocaines; le désert; la savane; la forêt tropicale et les zones humides, qui abritent une faune de l’Afrique composée d’animaux tels que les éléphants, les rhinocéros, les girafes. Ces espèces phares et emblématiques de l’Afrique attirent le plus de visiteurs.
Pour ce qui est des chiffres. Nous avons une moyenne de 600000 visiteurs par an. Le quatre millionnième visiteur, nous l’avons accueilli en plein été 2018. La fréquentation du jardin zoologique est en augmentation régulière, d’une année à l’autre. Notre jardin a été récompensé par le prix d’excellence de Tripadvisor, qui consacre la qualité des services offerts aux visiteurs. Il fait partie des lieux d’attraction les plus visités de Rabat.

Le résultat net de cette société détenue à 100% par l’Etat est structurellement déficitaire. Quelles en sont les raisons ?
Il l’est parce que sur le plan comptable, nous avons également comptabilisé les amortissements, ce qui alourdit les charges. En termes de recettes, nous enregistrons une fréquentation respectable, qui est au même niveau que les plus grands jardins zoologiques au monde : le zoo de Vincennes à Paris, la ménagerie de Paris également ainsi que le zoo de l’Aïn aux Emirats Arabes Unis…
Nous agissons en effet en particulier pour améliorer nos recettes. C’est pourquoi nous travaillons avec des entreprises éco-citoyennes pour qu’elles parrainent le zoo, sponsorisent certaines actions dont le programme de préservation des espèces les plus menacées.
C’est une mission d’utilité publique que nous réalisons. Le Jardin zoologique ne se limite pas à la partie de la présentation des espèces pour le plaisir des visiteurs. Nous avons d’autres missions: l’éducation à l’environnement, la recherche scientifique ainsi que la conservation des espèces.

En quoi le Jardin zoologique est-il un des axes de la politique culturelle de l’Etat ?
C’est le seul zoo qui existe dans les normes internationales au Maroc. Nous sommes inscrits dans la politique de la ville de Rabat et, dans ce cadre, toutes les activités du jardin s’en inspirent afin de capter le maximum de visiteurs, tant résidents que touristes.
Dans ce cadre également, je tiens à préciser l’importance du patrimoine animalier que nous préservons. Car nous sommes inscrits, non seulement à l’échelle nationale, mais aussi celle africaine, afin de préserver le patrimoine animalier africain ainsi que sa diversité. Le parc est un des ambassadeurs de la diversité du continent africain. Dans ce sens, nous avons des accords dans le monde entier dans l’objectif de nous positionner en tant que porte-parole de la diversité animalière du continent.

Parmi vos missions, il y a la recherche scientifique et l’éducation à l’environnement. Qu’en est-il des actions que vous avez menées dans ce sens ?
Pour ce qui est de la recherche scientifique, il n’y a pas que le travail du zoo mais aussi des scientifiques. Je donne l’exemple de deux études en cours, qui me semblent importantes.
La première porte sur le cas du chat des sables. C’est la première étude menée, dans ce sens, dans le monde. Effectuée à Dakhla, cette étude a pour objectif de faire le suivi du comportement et la génétique d’une espèce, qui était considérée comme disparue. Grâce à une collaboration avec Panthera (une ONG qui s’intéresse à tous les félins) ainsi que le zoo de Cologne, nous menons une étude qui a commencé, il y a deux ans, et dont des résultats ont été publiés dans des journaux scientifiques. La redécouverte de cette espèce a eu un impact sur le plan international.
La deuxième étude, elle, est en cours de lancement. La convention y afférente a été signée en décembre 2018, avec la Royal Zoological Society of Scotland. Cette étude porte sur la diversité génétique des antilopes sahariennes. Et ce, dans l’objectif d’une meilleure connaissance des moyens de leur survie dans la nature.
Pour ce qui est de l’éducation à l’environnement, nous avons commencé par un programme qui permet aux petits enfants d’avoir un complément pratique des éléments théoriques qu’ils reçoivent sur place. Des ateliers dont bénéficient les élèves leur permettent un apprentissage par le jeu dans le but de consolider leurs connaissances en matière de biodiversité de la protection de la nature.
Récemment, nous avons introduit de nouveaux éléments qui font appel à la créativité et au sens d’imagination des enfants. De plus, il y a eu l’ouverture d’un nouveau parcours muséographique, qui retrace l’histoire des espèces qui vivaient au Maroc depuis 2 500 000ans, ce qui nous permet de sensibiliser les visiteurs sur la raréfaction des espèces dans la nature, la 6e extinction dont parlent les scientifiques dans le monde entier.

Le trafic illicite des animaux est le troisième gros marché de négoce illégal. Comment vous intervenez dans ce sens ?
C’est une problématique à laquelle s’intéresse le Haut commissariat des eaux et forêts, qui représente le Maroc au niveau de toutes les conventions internationales notamment celles qui luttent contre le trafic illicite des espèces. Un trafic qui génère des sommes faramineuses.
Nous collaborons, dans le cadre d’une convention, avec le Haut-commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLD), pour la sauvegarde et la préservation des espèces, pour accueillir les espèces qui sont saisies dans le cadre du commerce illicite. Il peut s’agir de singes magots, d’aigles et d’autres espèces qui sont très sollicités pour leurs atouts. Ces espèces sont relâchés dans la nature. Car l’objectif de notre travail est de préserver les espèces et de les introduire dans la nature, à l’exception des animaux sauvages, comme c’est le cas des lions de l’Atlas.

Comment appréciez-vous les accords de coopération avec les autres jardins zoologiques ?
Ces accords nous permettent d’avoir accès à toutes les informations, aux formations et expertises nécessaires dans notre mission. Ils permettent également d’avoir accès aux réseaux pour pouvoir échanger les animaux, puisque nous ne pouvons pas les acheter et les vendre. Les animaux n’ont pas de valeur commerciale, elle est inestimable.
Nous avons également des accords en ce qui concerne la recherche scientifique, qui sont très chers au regard de notre budget. Ces accords permettent de financer les études en vue de lutter contre l’extinction des espèces.

Vous avez annoncé des naissances pendant l’année 2018. Il y a aussi des décès…
Pour ce qui est des naissances, c’est l’objectif. Les naissances font partie de la stratégie de conservation. Il est de notre mission de favoriser le maintien des instincts pour permettre la reproduction des espèces. Cela nous permet également d’anticiper nos opérations de réintroduction. Bien sûr qu’il y a des décès. Ils sont généralement dus à la vieillesse. L’été de l’année 2017 a connu la mort de la doyenne du zoo, un éléphant qui a vécu au jardin plus de 40 ans. C’était un événement triste pour tout le personnel.

L’alimentation des animaux est un aspect important dans la gestion d’un parc zoologique. Comment procédez-vous ?
A l’exception des aliments des oiseaux, nous nous approvisionnons depuis le Maroc. Une accordons de l’importance aussi bien à la qualité qu’à la quantité des aliments pour se conformer aux normes internationales.

Il est nécessaire de faire connaître le parc au delà de Rabat. Quels sont les axes de votre stratégie de communication ?
Nous avons tablé sur le digital, au regard de l’intérêt que portent les Marocains à Internet et aux réseaux sociaux. Tout le monde s’y informe. En outre, compte tenu des disponibilités budgétaires dont nous disposons, et qui ne sont pas énormes, nous focalisons notre communication sur le digital.

Dans le même sens, que faites-vous pour démocratiser l’accès au jardin, en particulier pour les résidents des régions éloignées ?
Nous avons des prix qui correspondent au pouvoir d’achat des Marocains, mais qui permettent également la viabilité financière du projet. Nous avons des prix préférentiels pour les écoles et pour les familles. Nous sommes en contact permanent avec les associations, les écoles et les académies régionales de l’éducation. D’ailleurs, nous avons remarqué que la région de l’oriental est classée après Rabat en termes de lieu de résidence des visiteurs. Nous recevons des Marocains de toutes les régions du Maroc.

Justement, à propos de l’accueil des clients, quelles sont les spécificités du vivarium que vous avez annoncé récemment ?
Ça fait partie des idées du Jardin zoologique de Rabat. C’est pour offrir une alternative aux visiteurs quand il pleut. Ce vivarium, de 5 biozones, sera dédié aux reptiles africains, de Tanger à Madagascar.

Nous sommes environ 84 employés au sein du Jardin zoologique. Le poste le plus important est celui des soigneurs, qui sont plus d’une quarantaine ainsi que le personnel technique, et auxquels nous ajoutons des vétérinaires qui veillent au respect des normes de gestion (sécurité et d’hygiène, suivis médical, sanitaire et alimentaire, etc) pratiquées à l’échelle internationale. A titre d’exemple, nous avons l’obligation de changer les cadenas tous les quatre mois afin que les normes de sécurité soient respectées. L’espace vert est également une composante essentielle dans un jardin zoologique pour que le visiteur se sente dans la nature à l’état pur. Objectif : créer une connexion, d’une part, entre l’homme et la nature, et, d’autre part, entre l’animal et la nature.