Vaginisme, éjaculation précoce, les non-dits de la sexualité au Maroc

Les Marocains consultent davantage aujourd’hui le sexologue, seuls ou en couple,
pour des difficultés sexuelles

Lorsque le mari consulte à  l’insu de sa femme,
l’efficacité de la thérapie se trouve réduite de moitié.

Dysfonctionnement érectile, éjaculation précoce chez l’homme, vaginisme et anorgasmie chez la femme sont quelques-unes des difficultés sexuelles dont souffre le couple. Les Marocains consultent de plus en plus pour essayer de les aplanir, affirme le Dr Aberrazak Moussaid, président de l’Association marocaine de sexologie, qui organise son XIe congrès à  Marrakech, du 23 au 25 novembre, avec pour thème principal les troubles sexuels du couple.

Les spécialistes marocains rencontrent des difficultés dans la prise en charge de ces pathologies, constate ce sexologue, car elles relèvent encore du tabou. Ainsi, la femme, plus particulièrement, souffre en silence, même lorsque la cause du problème est purement médicale et relève de son conjoint. Dans notre consultation, rapporte le Dr Moussaid, nous avons de nombreux cas de vaginisme chez la femme, souvent constaté lorsqu’il y a impossibilité de consommer le mariage. En effet, il arrive que, en raison d’une angoisse très forte liée à  la pénétration, la femme refuse carrément toute approche de son conjoint. Dans d’autres cas, la femme accepte le rapport, mais, au moment de la pénétration, une forte contraction des muscles du périnée se produit, rendant la pénétration impossible. La prise en charge de cette pathologie est basée sur une psychothérapie associée à  une dilatation vaginale avec des appareillages spécifiques. Parfois, le mari consulte à  l’insu de sa femme, et le spécialiste se trouve obligé de donner des conseils thérapeutiques à  l’époux et c’est celui-ci qui en fait part ensuite à  son épouse. L’efficacité de la prise en charge thérapeutique se trouve alors réduite de moitié.

Sur un autre plan, jusqu’il y a quelques années, l’homme marocain ne considérait pas l’éjaculation précoce comme une pathologie. Pour lui, un rapport sexuel accompli se résumait en général à  la pénétration et à  l’éjaculation, pour lui, sans la moindre préoccupation pour le plaisir de sa partenaire. Grâce aux médias (articles de presse, émissions de vulgarisation à  la TV, films…), la femme marocaine commence aujourd’hui à  réclamer le droit au plaisir. Ce qui oblige certains maris souffrant d’éjaculation précoce à  consulter. D’autant que le couple aujourd’hui recherche de nouvelles façons de vivre ensemble en fonction de l’évolution de la société, de l’affaiblissement des liens du mariage, des contraintes sociales, professionnelles et familiales.

Les femmes marocaines ont beaucoup évolué ces dernières décennies, c’est aujourd’hui aux hommes de mieux les comprendre s’ils veulent vivre une sexualité épanouie avec elles. La sexologie peut aider à  cet accord des désirs mutuels et à  dépasser les difficultés de chacun, mais surtout à  permettre de comprendre que la sexualité est librement vécue à  deux, qu’elle n’est ni une performance ni un besoin physiologique mais une dimension amoureuse, tient à  préciser le Dr Philippe Benot, psychiatre, sexologue, président de l’Observatoire international du couple, et qui présidera le congrès.