Un programme pour le sevrage des toxicomanes aux opiacés

Démarrage au Maroc d’un programme de substitution à  la méthadone avec le soutien du réseau d’experts MedNet du Conseil de l’Europe
Objectif : l’abandon de la consommation abusive de psychotropes licites ou illicites.

Le réseau MedNet du Conseil de l’Europe, réseau qui réunit des experts représentant plusieurs pays et travaillant dans le domaine de la toxicomanie, a tenu sa deuxième réunion à  Casablanca, samedi 1er décembre. Ce réseau réunit la France, la Hollande, l’Italie, l’Algérie, le Liban, l’Espagne et le Maroc. D’autres pays vont s’y joindre : la Tunisie, le Portugal et la Grèce.

Des stages de formation spécifique financés par MedNet
Aux travaux de la réunion de Casablanca ont pris part un représentant de l’Office des Nations unies pour les drogues et le crime, ainsi que des membres du groupe Pompidou du Conseil de l’Europe. Ce réseau finance des stages de formation spécifique en faveur des professionnels marocains dans le domaine de la substitution par la méthadone chez les toxicomanes dépendants des opiacés. Ces stages ont eu lieu en France et en Hollande et s’inscrivent dans la politique adoptée par le Maroc pour accompagner la mise en place de la phase pilote du programme de traitement de substitution et de maintenance chez les toxicomanes aux opiacés, déclare le Pr Jallal Toufiq, médecin chef de l’hôpital universitaire psychiatrique Arrazi et du Centre national de prévention et de recherche en toxicomanie.
Le réseau s’est engagé à  accompagner le Maroc dans le démarrage et l’évaluation de la phase pilote de son programme (2007-2008). Ce dernier permettra l’adoption d’une des techniques de sevrage physique aux opiacés, à  savoir le traitement de substitution à  l’aide de méthadone, de benzitramide et de buprénorphine.
Les spécialistes de la lutte contre la toxicomanie rappellent que l’utilisation de la méthadone a fortement évolué depuis dix ans. Au départ, la prescription de la méthadone était subordonnée à  l’obligation totale d’abstinence de drogues illicites. Des contrôles urinaires étaient pratiqués et un résultat positif pouvait entraà®ner l’exclusion du traitement. De plus, un schéma de décroissance de la dose était presque toujours de règle, avec pour finalité le sevrage total.

Une thérapie plus souple
Actuellement, sans pour autant laisser place au laxisme, l’attitude des thérapeutes est beaucoup plus souple et tient compte de chaque cas individuel. Ce n’est plus l’application stricte d’un schéma thérapeutique rigide qui prévaut, mais l’intérêt de la personne qui demande une aide. Enfin, ni l’abstinence totale de produits illicites ni le sevrage complet ne sont envisagés d’emblée. Même, bien entendu, si dans l’esprit de chaque intervenant, le but final est l’épanouissement des patients au sein de la société et l’abandon de la consommation abusive de psychotropes licites ou illicites. Un autre tabou est en train d’être levé au Maroc, à  savoir la prise en charge des héroà¯nomanes, dont la méthadone est le produit de substitution de référence. Cependant, tout sevrage physique n’est d’aucune utilité s’il n’est accompagné d’une prise en charge psychologique de la personne dans sa globalité et sans la volonté de celle-ci de modifier son comportement, tient à  préciser le Pr Toufiq. Enfin, une question s’impose, est-ce que les organismes gestionnaires de l’Assurance maladie obligatoire (Cnops et CNSS), rembourseront-ils, comme ailleurs, les frais de prise en charge des toxicomanes ?