Un guide d’antibiothérapie des infections communautaires de l’adulte et de l’enfant

Il mérite d’être adopté par l’Agence nationale de l’assurance maladie (ANAM) ainsi que le ministère de la santé, par souci d’économie de santé, en tant qu’outil de prescription des antibiotiques aussi bien en pratique médicale de ville que dans les hôpitaux publics.

Les antibiotiques sont des produits précieux, mais peuvent être nocifs pour l’individu et la collectivité. En ces temps où on pointe du doigt la cherté des médicaments, c’est la première alerte annoncée par le guide d’antibiothérapie et d’antibioprophylaxie, que vient de publier le CHU Ibn Sina de Rabat-Salé. Cette nocivité s’exprime à travers la sélection qu’ils exercent sur les différents micro-organismes et l’altération des écosystèmes bactériens de l’organisme dont le plus important est l’écosystème digestif. Ceci a pour conséquence l’émergence inquiétante de bactéries multirésistantes, indique le Dr Abderrahim Azzouzi, professeur d’anesthésie réanimation à la faculté de médecine. Cette réalité s’observe en pratique hospitalière et en pratique de ville. La corrélation entre la consommation des antibiotiques et l’émergence de résistance est largement établie et documentée à travers le monde. Et les pays les moins consommateurs d’antibiotiques comme ceux de l’Europe du nord (les pays scandinaves…) sont à ce titre un modèle à suivre. On y consomme globalement peu d’antibiotiques et surtout très peu ceux à large spectre, contrairement aux pays d’Europe du sud (France, Espagne, Italie surtout la Grèce et la Turquie), qui sont des champions toutes catégories en matière de résistances bactériennes. De ce fait, la gestion des antibiotiques et, par ricochet, la maîtrise des résistances bactériennes doivent relever au sein d’un hôpital d’une politique rigoureuse, pilotée par deux instances que sont le comité du médicament et le comité de lutte contre l’infection nosocomiale, relève le Pr Azzouzi, coordinateur du «Guide d’antibiothérapie des infections communautaires de l’adulte et de l’enfant et d’antibioprophylaxie en chirurgie». Ce guide, subdivisé en fiches techniques très pratiques, en format de poche, facilite sa consultation par le médecin au lit du malade. Ainsi, la commission des antibiotiques, émanation des deux instances sus-citées, a pour rôle d’établir et de diffuser les règles de prescription et les modalités de dispensation des antibiotiques, surtout ceux à fort pouvoir de sélection comme les antibiotiques à large spectre. Elle a également pour rôle d’élaborer des protocoles d’antibiothérapie et de définir les services cliniques et les situations où la réalisation de ces protocoles est prioritaire. Deux sites sont en situations cliniques prioritaires, le service d’accueil des urgences où l’on voit essentiellement les infections communautaires, et le bloc opératoire où les chirurgiens ont recours à la prescription d’une antibioprophylaxie, pour parer à toute infection, qui peut compliquer l’acte opératoire. Les raisons de ce choix sont évidentes pour le Pr Azzouzi, du fait que la plupart des malades atteints d’infections sont admis à l’hôpital par le biais des urgences où les prescriptions sont multiples et changeantes, souvent par des médecins jeunes et moins expérimentés et par conséquent sont les plus sujets aux erreurs de prescriptions. De même, les blocs opératoires engloutissent plus de 30% de la consommation globale en antibiotique d’un hôpital. Ce guide, destiné à tous les prescripteurs, est appelé à être réactualisé en fonction de l’évolution des connaissances et surtout de l’arrivée sur le champ de la pratique médicale de nouvelles spécialités, tient à préciser le Pr Azzouzi. L’Agence nationale de l’assurance maladie (ANAM) ainsi que le ministère de la santé sont dans l’obligation, par souci d’économie de santé, de faire de ce guide un outil de prescription des antibiotiques aussi bien en pratique médicale libérale de ville que dans les hôpitaux publics.