Toxicologie méditerranéenne : toutes ses facettes étudiées en congrès à  Essaouira

Une approche pluridisciplinaire d’un sujet aux retombées économiques et sociales importantes
Les aspects environnemental et médico-légal abordés.

Laconsommation de cannabis augmenterait de 200% le risque de survenue de symptômes psychotiques, en particulier la schizophrénie, ainsi qu’une détérioration de certaines zones cérébrales. C’est une des conclusions présentées lors du congrès de la Société marocaine de toxicologie clinique et analytique organisé à Essaouira du 16 au 18 octobre, sur le thème: «Toxicologie méditerranéenne : diversité et spécificité».

Le service de réanimation et d’anesthésie du CHU Mohammed VI de Marrakech a montré que l’intoxication éthylique aiguë est fréquente et responsable d’une morbidité importante. Son association avec les accidents de la voie publique, les agressions et chutes graves génère un coût économique et social important.

Le Centre antipoison et de pharmacovigilance du Maroc (CAPM) a, quant à lui, posé la problématique de la non-disponibilité d’antidotes, essentiels pour le maintien des fonctions vitales d’un patient victime d’intoxication. Ainsi, seuls 5 antidotes sur 20 existent sur le marché marocain: l’atropine, la deferoxamine, le flumazénil, le glucagon et la vitamine K1.

Cette non-disponibilité est due au coût élevé de l’antidote, à l’absence de recommandations officielles sur l’inventaire minimal nécessaire en antidotes, mais aussi à l’absence d’intérêt des industriels du médicament. A la lumière de ces données, une gestion rationnelle des antidotes est nécessaire, à travers une centrale d’antidotes au niveau du CAPM.

L’expérience du service de pédiatrie (II) de l’hôpital des enfants de Casablanca sur les intoxications aiguës pédiatriques a permis de dégager des recommandations portant sur une meilleure conservation des aliments, la lutte contre l’automédication, le respect des critères d’établissement d’une ordonnance destinée aux enfants et une large information sur les dangers des produits domestiques. Cet objectif ne sera atteint que par une approche médiatique, épidémiologique et communautaire.

Un travail original a par ailleurs été présenté par le département de réanimation du CHU de Fès, concernant une intoxication mortelle secondaire à l’ingestion d’une quantité importante (2 kg) d’ail, qui a engendré une détresse respiratoire ayant conduit au décès.

Pour le Pr Rachida Soulaymani, directrice du CAPM et organisatrice de ce congrès, les produits incriminés dans les intoxications individuelles ou collectives sont de plus en plus nombreux et en perpétuel changement sur le pourtour méditerranéen.

Par ailleurs, le développement au sein du CAPM de l’expertise médicale, acte judiciaire correspondant à une mission technique à l’exclusion de tout point de droit, est rendu nécessaire par l’absence de médecin toxicologue sur la liste de la Cour d’appel. Ainsi, en matière d’affaires de toxicologie judiciaire, plus particulièrement dans le domaine de l’imputabilité et de l’évaluation des séquelles et des chefs de préjudices d’origine toxique, l’expérience acquise par le CAPM au contact de tout type de demande de toxicologie clinique et analytique permet de présenter au juge un avis technique conforme aux données reconnues par la communauté scientifique internationale.