Tabagisme : les scientifiques africains se mobilisent

La Ière Conférence africaine «Tabac ou santé» s’est tenue à Casablanca du 7 au 10 décembre

Un appel lancé pour une meilleure protection contre le tabagisme.

Les délégués représentant 29 pays africains ont lancé lors de cette première conférence une déclaration (la déclaration de Casablanca) sur le contrôle du tabagisme en Afrique. Les conférenciers appellent les gouvernements africains à ratifier la convention-cadre de lutte contre le tabac et à inclure les dispositions de cette convention dans les législations nationales. Ils exhortent les organisations régionales et continentales à inclure les politiques de contrôle du tabagisme dans leurs chartes. Ils sollicitent les ONG pour qu’elles développent une large coalition pour sensibiliser les populations sur l’importance de la lutte contre le tabac, et renforcent le lobbying antitabac. Ils appellent les gouvernements à reconnaître que la culture du tabac ne constitue pas un facteur de développement durable. Ils attirent leur attention afin de protéger les politiques de lutte antitabac contre les influences de l’industrie du tabac. Ils appellent la jeunesse africaine à se protéger du tabagisme et à refuser d’être exploitée par les industries du tabac. Enfin, ils sollicitent la communauté internationale afin qu’elle facilite l’accès des supports techniques, légaux, financiers et autres liés à la lutte contre le tabac

Ce souci des scientifiques africains de renforcer la lutte contre le tabac, précise le professeur Mohamed Bartal, initiateur de la rencontre, «se justifie par l’accroissement de la mortalité et de la morbidité liées au tabac et des conséquences économiques, sociales et environnementales désastreuses engendrées par le tabagisme actif et passif». Tabagisme qui constitue une double charge épidémiologique, à côté des maladies infectieuses, particulièrement la tuberculose, le VIH/SIDA.

Le réveil africain en matière de lutte antitabac s’impose du fait des législations draconiennes dans les pays européens qui poussent les industriels du tabac à se rabattre sur les pays africains. Ainsi, l’Association européenne des ligues anti-cancer vient de publier un classement de trente pays européens, selon le caractère plus ou moins restrictif des dispositifs antitabac qui y sont en vigueur. En tête du classement : l’Irlande, le Royaume-Uni, la Norvège et l’Islande. En queue de peloton, le Luxembourg (dernier), l’Autriche, l’Espagne, la Suisse, l’Allemagne et la Grèce. 7,5 millions de personnes sont exposées au tabagisme passif sur leur lieu de travail dans 14 pays de l’Union européenne, 24,6 millions aux Etats-Unis. L’Afrique, quant à elle, ne dispose pas de statistiques à ce niveau. Quant au Maroc, on peut se demander pourquoi, 11 ans après la publication au Bulletin officiel n° 4318 du 2 août1995 de la la loi n°15-91 antitabac, on attend toujours ses décrets d’application.