Résistance aux antibiotiques : état des lieux dans le monde arabe

De mauvaises utilisations, par les médecins et les patients, donc de plus en plus de résistances
Avec tout cela, pas de nouvelle famille d’antibiotiques à  l’horizon.

Le bon usage des antibiotiques en médecine communautaire et contrôle des infections nosocomiales, contractées au décours d’une hospitalisation, étaient au centre des débats du VIe Congrès panarabe de chimiothérapie anti-infectieuse, qui s’est tenu à Rabat du 16 au 18 octobre courant, à l’initiative de la Société marocaine de microbiologie médicale (SMAMM). Pour le Pr Amina Benaouda, présidente de cette instance scientifique, cette rencontre a fait l’état des lieux des connaissances concernant l’utilisation des agents antimicrobiens en médecine.

Les objectifs visés sont la promotion de la recherche dans les pays en voie de développement pour une meilleure maîtrise de l’utilisation des agents anti-infectieux, l’évaluation de la situation des pays arabes en matière de résistance bactérienne aux antibiotiques et la sensibilisation sur le danger que constitue une mauvaise utilisation des agents anti-infectieux.

Les expériences rapportées par les intervenants ont permis l’élaboration de recommandations pour un usage raisonné des anti-infectieux dans les pays arabes. Diverses études ont démontré que le mode d’utilisation des antibiotiques comme adjuvant alimentaire ou médicament chez les animaux d’élevage et comme médicament chez l’homme influe fortement sur le nombre d’organismes résistants qui se développent.

Une utilisation excessive des antibiotiques, des diagnostics incorrects, des prescriptions abusives ou encore l’automédication, peuvent être à l’origine des résistances bactériennes.
Par ailleurs, si le traitement antibiotique est souvent indispensable, les enquêtes prouvent que, dans 40% des cas, à l’hôpital, et dans 60% des cas, en ville, il est contraire aux recommandations des experts. Ainsi, on sait depuis longtemps que les antibiotiques n’ont aucun effet sur les rhumes.

Pourtant, dans 60% des consultations, ces médicaments sont prescrits. Le traitement antibiotique n’est recommandé qu’en cas d’angine bactérienne. Or, dans 85 à 90% des cas, des antibiotiques sont prescrits de manière inadaptée.

Enfin, les antibiotiques ne modifient pas l’évolution des bronchites aiguës. Ils sont néanmoins administrés dans 80 % des cas. Si les prescriptions sont le fait des médecins, elles répondent bien souvent à la demande expresse des patients, convaincus de guérir plus vite grâce aux antibiotiques.

Pour parvenir à diminuer les prescriptions, ce sont les habitudes, y compris celles des médecins, qu’il convient de changer. L’enjeu est important car les résistances aux antibiotiques sont de plus en plus nombreuses et aucune nouvelle famille d’antibiotiques n’est disponible dans l’état actuel des choses.