Ramadan et risques pour la santé

Pour certaines pathologies, il faut une stabilisation de 2 à 3 mois avant le Ramadan pour envisager un jeûne, sous contrôle médical

Sous réserve d’une alimentation équilibrée, d’exercice, d’un sommeil récupérateur, le jeûne peut être bénéfique.

Pendant le mois de Ramadan, le jeûneur se nourrit pendant un laps de temps plus court que d’habitude, avec environ 80 % des apports quotidiens en calories (1 800 calories) absorbés en quatre heures. «Le foie est alors contraint d’augmenter ses capacités métaboliques pour faire face à ce débit extrêmement élevé», indique le Pr Farid Hakkou, président de la Fondation Hassan II pour la recherche scientifique et médicale sur le Ramadan, dans son dernière rapport de 2006, qui vient d’être édité.

Au Maroc, les repas du Ramadan sont plus riches en sucreries et en matières grasses et relativement pauvres en boissons, en fruits et légumes. Dans ces conditions, l’organisme s’efforce d’assimiler ces repas de manière à ne pas modifier significativement la constance des paramètres biologiques, notamment la glycémie, le cholestérol, les triglycérides et les oligo-éléments. Le sommeil pendant le Ramadan se trouve raccourci de deux heures en moyenne, décalé de plus de trois heures et souvent entrecoupé par le s’hor. L’organisme, en situation de déficit en sommeil, essaye de maintenir sa vigilance qui doit lui permettre d’assurer convenablement le jour les tâches habituelles. Ces mécanismes d’adaptation de l’organisme s’enclenchent à deux reprises, au début, pour s’habituer aux conditions du jeûne, et à la fin de la période du jeûne, pour s’adapter aux conditions normales.

Le jeûne du Ramadan peut être bénéfique pour le pratiquant ayant une bonne hygiène de vie, qui se caractérise essentiellement par un sommeil récupérateur, une alimentation équilibrée. Il offre l’occasion de perdre quelques kilos, de tenter l’arrêt du tabac et de l’alcool. Les études biochimiques récentes ont montré chez le jeûneur le renforcement des facteurs biologiques (LDL et lipoprotéines) protecteurs contre les maladies du cœur et des vaisseaux. Le Ramadan, précise le Pr. Hakkou, constitue une occasion de développer son auto-contrôle en censurant les désirs diurnes, permettant ainsi le contrôle de l’esprit sur les besoins du corps. Enfin, le Ramadan présente des avantages d’ordre social. La solidarité sociale envers les plus démunis se renforce. Ces faits sont confirmés par des études qui ont montré une diminution des hospitalisations en psychiatrie et une diminution du nombre de suicides ou de tentatives de suicide. Cependant, ces effets bénéfiques du jeûne ne peuvent s’exprimer que si les pratiquants sains suivent une hygiène de vie et une diététique correcte : alimentation équilibrée de moins de 2000 calories/j, comportant des fibres, des crudités, un volume de boissons supérieur à 1,5 l/j et une activité physique enrayant la sédentarité (30 minutes d’exercice physique trois fois par semaine). La sécrétion d’acide gastrique est accrue et inversée de la nuit au matin.

Les pathologies chroniques type hypertension artérielle, épilepsie, gastrite et asthme exigent une stabilisation de deux à trois mois avant le Ramadan pour pouvoir envisager, après avis médical et sous son contrôle, la possibilité de pratiquer le jeûne. En cas d’ulcère, d’ulcère évolutif ou en cours de cicatrisation, il n’est pas recommandé de jeûner. Quant aux médicaments, il y a consensus entre les oulémas et les scientifiques : seules la voie orale et la voie intraveineuse annulent le jeûne.