Prise en charge des personnes à¢gées : le Maroc encore peu préparé

En 2024, le Maroc comptera 4,8 millions de personnes âgées n Sur le plan social, les maisons d’accueil sont souvent démunies, isolées et insalubres.
Les actions sociales d’aide aux personnes âgées en difficulté sont négligeables.

«A l’instar des autres pays, le Maroc connaît une mutation démographique marquée par un vieillissement de la population», alerte le Dr Mustapha Oudrhiri, président de l’Association marocaine de gérontologie, qui a organisé le 31 mai, à la faculté de médecine de Casablanca, ses premières journées nationales.

Cette vieillesse est appelée à évoluer au cours des décennies à venir. En effet, les résultats du recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) de 2004 faisait état de 8,1% de personnes âgées de 60 ans et plus, soit 2 409 058 personnes.

Selon les projections du centre d’étude et de recherche démographique (Cered), cette population connaîtrait une évolution spectaculaire durant les trois décennies à venir. Elle va doubler, atteignant la barre des 4,8 millions à l’horizon 2024, et elle continuera à croître considérablement pour dépasser 6,5 millions en 2034.

Cette évolution va poser des problèmes liés à la prise en charge de cette catégorie de personnes sur le plan médico-social et en matière de régimes de retraite. D’autant plus que le vieillissement de la population s’associe à une morbidité et à une mortalité croissantes.

L’une des caractéristiques de la santé des personnes âgées est la grande fréquence de la polypathologie, à savoir plusieurs problèmes de santé chroniques en même temps, pouvant être responsables de déficiences de gravité variable, sources d’incapacité et de handicap, et donc d’un surcoût pour les individus, la famille et les finances publiques.

Sommes nous préparés pour y faire face ?, s’interroge le Dr Oudrhiri. Pour ce gériatre marocain, la réponse revêt plusieurs volets. Le nombre d’actions entreprises reste très en deçà des attentes des personnes âgées. Sur le plan médical, il y a eu formation ces dernières années d’une quinzaine de médecins gériatres. Ils sont tous confrontés au manque de structures gériatriques adaptées et de moyens techniques et humains nécessaires pour répondre aux besoins des personnes âgées.

Sur le plan social, les maisons d’accueil sont souvent démunies, isolées et insalubres. Les actions sociales d’aide aux personnes âgées en difficulté sont négligeables. Concernant les régimes de retraite, il s’agit là d’un grand défi qu’il va falloir relever dans les meilleurs délais. Quant au Dr Laurent Lechowski, gériatre à Paris et qui participe aux journées marocaines de gérontologie, l’évaluation de la santé de la personne âgée, ainsi que la prise en charge des problèmes identifiés vont très souvent nécessiter de mobiliser les compétences de plusieurs acteurs de santé.

C’est l’équipe gériatrique, qu’il s’agisse du milieu hospitalier ou du milieu ambulatoire, qui sera centrée et coordonnée par un médecin gériatre. Elle comportera idéalement une infirmière formée à la gériatrie, un kinésithérapeute, ergothérapeute, orthophoniste, diététicien, un psychologue et une assistante sociale.

Les actions de cette équipe s’articuleront autour de 3 axes : le diagnostic, la prise en charge thérapeutique et la prévention. Pour le Dr Tristan Cudennec, gériatre à Paris, également présent à Casablanca, à la différence des sujets plus jeunes, l’urgence chez le malade âgé relève d’affections potentiellement graves car survenant chez un sujet fragilisé. Il y a des pièges à éviter concernant cette population et une véritable expertise est nécessaire pour savoir quand hospitaliser ou non un patient.

Certains éléments reposant sur l’évaluation gériatrique sont nécessaires à la décision entre un retour à domicile, une admission dans un service de gériatrie, une prise en charge en service de spécialité ou une orientation vers une unité de réanimation.

Pour le Dr Khalid Elattaoui, de Casablanca, il est bien établi que le risque cardiovasculaire augmente avec l’âge et expose à des accidents vasculaires cérébraux, encore plus s’il y a des facteurs de risque (diabète, tabac, antécédents de maladies cardiovasculaires, cholestérol…)