Prévenir le cercle vicieux des troubles anxieux chez les enfants et les adolescents

Tout trouble anxieux non ou mal pris en charge est source d’handicaps scolaire, social et professionnel.
La phobie sociale bénéficie aujourd’hui de traitements à  base de médicaments et de psychothérapie.

«Je suis sûr que je ne vais pas arriver à finir ma phrase correctement». «Je vais me mettre à trembler  et les gens vont le voir». «Les gens vont s’apercevoir que j’ai peur». «Ce que je vais dire est certainement ridicule». Ce sont quelques témoignages de patients atteints de phobie sociale, présentés dans un récent travail par l’équipe du Centre psychiatrique universitaire Ibn Rochd de Casablanca. «Cette entité psychiatrique est malheureusement  très mal connue dans notre contexte marocain», indique le Dr Nadia Kadiri, professeur de psychiatrie au CHU Ibn Rochd. La phobie sociale est l’un des troubles anxieux les plus handicapants. Elle se caractérise par de l’anxiété excessive et un inconfort extrême à l’idée d’être exposé à certaines situations sociales de la vie quotidienne. Il ne s’agit pas simplement de timidité, ce n’est pas non plus un signe d’une faiblesse personnelle, mais il s’agit d’une affection qui peut entraîner des restrictions sociales et professionnelles considérables en raison d’un comportement d’évitement croissant de ces situations. Le simple fait de manger en présence de personnes étrangères, de parler en public, d’être en contact avec des inconnus ou d’être exposé à l’observation d’autrui, représente une source d’anxiété pour ceux qui souffrent de phobie sociale. Cette anxiété devient une véritable torture avec des sentiments de honte, de ridicule et de perte de contrôle après la confrontation sociale. Les personnes atteintes de phobie sociale ont une peur persistante, intense, chronique d’être regardées et jugées par autrui. «Des traitements efficaces sont aujourd’hui disponibles, cela d’autant plus que l’information croissante sur cette pathologie, amène dans le système de santé des patients à des stades beaucoup plus précoces qu’il y a seulement une dizaine d’années», relève la même source. Elle précise par ailleurs qu’«une étude nationale au Maroc sur les troubles mentaux a trouvé que 37% de Marocains soufraient au moins d’un trouble anxieux, qui constitue souvent une souffrance psychologique importante avec risque de passage à la chronicité en l’absence de diagnostic adéquat et le démarrage du traitement de façon précoce et suffisamment prolongé dans le temps. La phobie sociale affecte 7 à 13% de la population marocaine». Le Pr Kadiri tire la sonnette d’alarme du fait que de nombreux troubles anxieux sont associés à la dépression ou à des addictions (toxicomanie). Elle a par ailleurs souligné que l’apport des neurosciences, de la neuroradiologie et de la psychologie ont permis de comprendre les bases héréditaires, anatomiques, physiopathologiques et environnementales de ces pathologies psychiatriques. Tout cela a conduit à une prise en charge efficace tant sur le plan médicamenteux que psychothérapique. Mais ce qui enthousiasme le plus le Pr Kadiri, c’est «la possibilité de mener des actions de prévention permettant à des enfants, à des adolescents et à des adultes fragiles exposés à des situations traumatiques de ne pas s’engouffrer dans les dédales et les cercles vicieux des troubles anxieux».