Maladie mentale : attention à  la baisse de vigilance des familles en été

Les vacances ne sont pas synonyme de repos pour les malades psychiatriques.
Toute interruption de traitement peut aggraver leur état.
Un relà¢chement de la vigilance du malade et de son entourage est constaté pendant
l’été : on accorde moins d’attention à  la maladie.

De nombreuses personnes font un lien entre le trouble psychiatrique et leur mode de vie, le stress quotidien ou les difficultés d’ordre économique et social. Ils ne font pas vraiment la distinction entre un malaise psychologique, une difficulté à  vivre, et la maladie psychiatrique. Or, cette dernière est une entité médicale structurée avec une évolution propre. A partir de cette représentation, pour certains, le repos, les vacances, la pratique du sport, ou toute autre activité, va réduire ou améliorer la maladie psychiatrique. C’est faux. Il est rare sinon exceptionnel que les maladies psychiatriques régressent du fait des vacances, précise le Dr Jamaleddine Ktiouet, spécialiste en psychiatrie.

Ainsi, on va observer des malades qui interrompent volontairement leur traitement, croyant que les vacances vont les guérir. On oublie que, sans médicaments, la maladie psychiatrique évolue pour son propre compte et peut engendrer des complications, sous forme de souffrance psychologique inutile.

Par ailleurs, l’arrêt du traitement provoque un phénomène de rebond, car toute rémission obtenue après plusieurs mois de soins (médicaments et psychothérapie) est tributaire du maintien de la thérapeutique pendant plusieurs mois. S’il y a arrêt, rebond et réactivation de la maladie psychiatrique, c’est une vraie rechute qui s’installe, plus intense que la première et plus poussée et donc plus difficile à  traiter.

Pendant les vacances, on constate un relâchement de la vigilance du malade et de son entourage. Il est normal que pendant la période estivale, la famille et le patient lui-même accordent moins d’attention à  la maladie. La prise médicamenteuse est alors anarchique du fait d’une certaine insouciance.

Il y a un autre phénomène, classique, pendant cette période de congé chez les familles dont un des membres vit à  l’étranger. A l’occasion du regroupement familial, le fils, une fois de retour au Maroc, prend souvent en charge le parent qui souffre de maladie mentale. Et cela entraà®ne une démobilisation du reste de la famille. Mais, avec le départ de l’enfant providence vers sa terre d’émigration, c’est le poids du quotidien qui reprend et l’on oublie le malade qui est livré à  son destin et à  sa souffrance. La famille refait rapidement le deuil de la maladie en s’y accommodant.

Cela dit, au cours des vacances, même pour les gens qui ont une bonne observance de leur traitement, très souvent, le bouleversement du mode de vie perturbe un équilibre précaire. Une activité plus intense, des déplacements fréquents, le sport, l’exposition au soleil, la natation sont autant de situations morbides. Par ailleurs, il y a perturbation du cycle du sommeil. Le malade souffrant d’une affection psychiatrique dort très tard, d’autant plus que les nuits sont courtes. De même, on constate des excès dans la prise de substances toxiques, café, thé et alcool. Tout se passe comme si tous les bons réflexes se relâchaient. Toutes ses perturbations, doublées d’une prise médicamenteuse anarchique, vont concourir à  rompre l’équilibre psychique.