Levothyrox : pourquoi la pénurie persiste !

L’augmentation accrue de la demande mondiale a causé des difficultés d’approvisionnement de certains dosages du Levothyrox. L’Ordre des pharmaciens déplore également le manque de suivi local. Le ministère avait pourtant fait une commande de 1,6 million de boîtes en août dernier.

Le 16 juillet 2019, un communiqué publié par la Direction des médicaments et de la pharmacie (DMP) du ministère de la santé est venu rassurer les patients atteints d’hypothyroïdie, au sujet de la pénurie touchant le Levothyrox. Remplaçant la thyroxine, quand elle n’est plus secrétée naturellement par la thyroïde, ce traitement est vital pour les patients qui subissent cette pénurie jusqu’à aujourd’hui.

Pour éclaircir la situation, nous avons sollicité le groupe Merck, producteur de ce traitement. Le groupe allemand, représenté par Cooper Pharma au Maroc, évoque des problèmes de disponibilité de certains dosages. «En raison d’une augmentation accrue de la demande du Levothyrox au niveau mondial, nous sommes actuellement confrontés à des difficultés d’approvisionnement de certains dosages du Levothyrox dans certains pays dont le Maroc», nous fait savoir Sarra Nabli, coordinatrice de communication chez Merck Afrique du Nord et de l’Ouest. Cela a-t-il une incidence quelconque sur la commande de 1,6 million de boîtes de Levothyrox, annoncée par l’ex-ministre de la santé Anas Doukkali en août dernier ? A cause du mutisme de la DMP, on n’en sait rien pour l’instant. Ce dont on peut être sûr est que le médicament est difficile à trouver dans les pharmacies. Pire, il est pratiquement introuvable dans certaines zones.

Manque de suivi local

Hamza Guedira, président de l’Ordre des pharmaciens, corrobore la réponse du groupe Merck (voir «Avis d’expert»). «La pénurie s’explique par un manque de disponibilité à l’international», a-t-il souligné. Et de poursuivre: «Il y a aussi un manque de suivi local. En effet, nous manquons de vision globale et de politique médicamenteuse intégrée».

En attendant de connaître l’action qu’entreprend la DMP, face au manque d’approvisionnement, le groupe allemand nous apprend que, au niveau mondial, «un réapprovisionnement graduel a commencé depuis la fin du mois de juillet 2019. Il vise la reconstitution optimale des stocks vers la fin de l’année 2019». Visiblement, cette tentative peine à réussir au Maroc. Du côté des patients, il faudra que «la dispensation du médicament se fasse uniquement pour l’équivalent d’un mois de traitement pour les semaines à venir». Difficile à faire, sachant que les sujets concernés ne peuvent tout simplement pas se passer de ce traitement.

L’approvisionnement, une priorité !

Pour le groupe, un approvisionnement suffisant du Levothyrox a été élevé au rang de «priorité absolue». Ainsi, des mesures correctives, nous précise Sarra Nabli, ont été prises au niveau des différents sites globaux «afin d’assurer une reprise normale et continue de l’approvisionnement pour tous les marchés». Cela étant dit, qu’en est-il des effets à court terme de cette pénurie ? «Nous surveillons de près le niveau des stocks du Levothyrox sur tous les marchés mondiaux afin d’ajuster l’offre à la demande de chaque pays et de limiter ainsi, autant que possible, l’impact au niveau des patients», poursuit Mme Nabli.
Médicament à index thérapeutique étroit, ayant en d’autres termes une formule dont le changement est capable de causer des effets indésirables, il n’existe pas de produit générique pour le Levothyrox. «Un produit d’autant plus à bas prix», précise M. Guedira. A ce propos, ce traitement avait subi, il y a deux ans, un changement de formulation en Europe, un changement qui n’a pas touché le Marocain. Le jour où cela arrivera, tout changement impactant ce médicament et toute autre spécialité est bien évidemment «sujet à une validation par les autorités compétentes marocaines», rassure le groupe allemand.

Hamza Guedira, Président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens
Hamza Guedira, Président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens