La nécessité d’un consensus national autour de la problématique de l’avortement

n Médecins et ONG marocains lancent un appel pour qu’il soit autorisé dans certains cas au Maroc
Viol, inceste, malformation foetale ou maladie psychiatrique grave de la future mère exigent un avortement médicalisé.

Ya-t-il des parties ou des groupes de pression qui n’ont pas intérêt à ce qu’un congrès national sur l’avortement clandestin ne se tienne pas au Maroc ? C’est une hypothèse qui commence à se profiler, lorsqu’on voit les difficultés que rencontre le Pr Chafik Chraibi, président de l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin, pour l’organisation en mars 2010 à la Bibliothèque nationale de Rabat, de la première rencontre nationale sur cette dérive médicale et législative. «L’objectif de notre association est de réunir, durant deux jours, des médecins, des juristes, des sociologues, des hommes de religion, ainsi que des représentants de la société civile autour de la thématique des grossesses non désirées au Maroc», souligne le Pr Chraibi. Et de préciser : «Pour l’organisation de cette manifestation médico-sociale, j’ai entamé des démarches auprès de la représentation du Fonds des nations unies pour la population (FNUAP) au Maroc, pour qui cette problématique s’inscrit parfaitement dans leur stratégie de promotion d’une maternité sans risque. Cet organisme m’a orienté sur le ministère de la santé, qui bénéficie du budget alloué par le Fnuap à cette question. Cela fait quatre mois que j’ai fait des correspondances officielles au ministère de la santé, mais sans recevoir de réponse», constate le Pr Chraibi. «Le temps presse, car aux urgences de la maternité des Orangers du CHU Ibn Sina de Rabat, nous recevons régulièrement des dizaines de femmes qui présentent des hémorragies utérines, suites à des tentatives d’avortement faites dans de très mauvaises conditions, en dehors des milieux médicalisés», tonne ce médecin universitaire en gynécologie obstétrique. «Une des solutions à la problématique de l’avortement clandestin au Maroc, qui tue des centaines de femmes, indique le Pr Chraibi, est d’apporter des changements à l’article 453 du code pénal, modifié par le décret royal n°181-66, du 1er juillet 1967, qui est très restrictif». Ce texte de loi ne légalise l’avortement que dans le cas où la vie de la femme est mise en péril. Il stipule que l’avortement ne peut être pratiqué que par le médecin et avec l’autorisation du mari, ou selon une démarche administrative très lourde, en cas de refus ou d’absence du conjoint. L’actualisation de cette loi, comme c’est le cas dans plusieurs pays européens et asiatiques, notamment l’Iran, doit autoriser l’avortement médicalisé en cas de viol, d’inceste, d’une malformation fœtale ou si la future mère souffre d’une maladie psychiatrique grave.
Pour certaines ONG plus libérales, elles demandent que la nouvelle loi contre l’avortement clandestin prenne également en considération les conditions financières de la famille, car une grossesse non désirée peut augmenter la liste des enfants abandonnés. Pour sa part, Yasmina Baddou a été interpellée sur cette question au Parlement, le 25 novembre 2009, par la députée Fatiha Layadi. La réponse de la ministre de la santé est claire : il faudra un consensus national autour de cette problématique, impliquant oulémas, médecins et société civile. Et c’est l’objectif escompté de la rencontre nationale sur l’avortement clandestin au Maroc de mars 2010.