La gestion des urgences médicales

Au Maroc, les urgences constituent le véritable accès à l’hôpital. 60% des fréquentations hospitalières se font par le biais des urgences, soit 3 millions de passages par an. D’un point de vue financier, environ 10% des dépenses de l’hôpital public sont consacrées au service des urgences, dont 20% pour les médicaments, précise le professeur Omar Cherkaoui, président de l’Association marocaine des gestionnaires hospitaliers (AMGH), qui organise son IIe Congrès national, les 19, 20 et 21 avril, sur le thème : «L’hôpital et la gestion des urgences médicales».

«L’hôpital face aux urgences», c’est une problématique récurrente, toujours d’actualité, rappelle cet ancien directeur du plus grand centre hospitalier universitaire du Royaume, le CHU Ibn Sina.

A chaque niveau de prise en charge des urgences, depuis l’arrivée du malade à l’hôpital jusqu’à sa sortie, des paramètres complexes sur le plan managérial s’enchevêtrent et se mêlent à d’autres paramètres d’ordre administratif et social, exigeant des gestionnaires hospitaliers une grande coordination des décisions et une communication permanente entre les structures de prise en charge, facteurs qui font parfois défaut.

Le service des urgences, véritable miroir de l’hôpital, constitue un puissant révélateur tant en ce qui concerne la bonne qualité de la prise en charge des malades que ses insuffisances. De plus, dans notre pays, où la couverture médicale n’est pas encore généralisée, où les économiquement faibles sont majoritaires et ne peuvent aller vers les structures privées, les services des urgences des hôpitaux publics jouent un rôle supplétif majeur, surtout la nuit, lorsque les cabinets privés, les dispensaires et les centres de santé sont fermés.

Néanmoins, ajoute le professeur Cherkaoui, la mise en œuvre de la couverture médicale de base et son extension progressive à toutes les catégories de la population augure d’une phase prometteuse dans la maîtrise de cette problématique. De même, la réforme hospitalière, dans sa phase actuelle de consolidation, accorde une grande importance à la restructuration des urgences. Enfin, la naissance de trois SAMU (services d’aide médicale d’urgence) est d’un grand appui.

Sur un autre registre, le président de l’AMGH insiste sur le fait que le fonctionnement de l’hôpital ne peut plus se passer des nouveaux outils de gestion telle la planification stratégique, la démarche qualité, la comptabilité analytique, la contractualisation et la formation continue. Il est absolument nécessaire d’acquérir ces outils avant de se lancer dans la gestion hospitalière. Or, les modules de formation spécialisée en gestion hospitalière sont rares dans notre pays. L’Institut national d’administration sanitaire (INAS) a eu le mérite d’introduire récemment une filière de formation en gestion hospitalière d’une année, avec un nombre de candidats réduit. La question principale est de savoir si cette formation suffit à la demande des établissements de soins qui aspirent à la modernisation de leur gestion.