Incontinence urinaire masculine, de nouveaux traitements chirurgicaux

Une affection handicapante et taboue.
Si la rééducation ne donne rien, il faut envisager une intervention.
De nouvelles techniques chirurgicales sont proposées, moins lourdes que par le passé, permettant d’opérer sous anesthésie loco-régionale.

L’incontinence urinaire chez l’homme est fréquente. Elle touche 5% des hommes entre 20 et 30 ans. Ce pourcentage atteint 25% chez les plus de 70 ans. Le Dr Zakaria Belahnech, président de l’Association marocaine d’urologie, indique qu’il existe plusieurs formes d’incontinence ayant des causes différentes.
D’abord les incontinences dites «d’effort», car survenant seulement lors d’un effort physique (même avec la marche ou la course à pied). Ce type de problème apparaît chez 10% des opérés d’un cancer de la prostate par prostatectomie radicale. Là, le sphincter urinaire, muscle qui permet l’étanchéité de la vessie, a perdu de sa force. La rééducation pelvi-périnéale pré et post-opératoire permet de réduire l’incontinence à moins de 5%.
La deuxième forme d’incontinence se manifeste par des envies pressantes d’uriner non maîtrisables. Elle est provoquée par des contractions anormales et intempestives de la vessie : c’est l’incontinence par instabilité vésicale, «urge incontinece» pour les Anglosaxons. Ce type de trouble est dû tantôt au vieillissement de la vessie, tantôt à un adénome de la prostate ou encore à un dysfonctionnement pathologique de la vessie. Parfois, on parle de «vessie instable idiopathique» dans un contexte de stress chez des hommes encore jeunes (30-40 ans), considérée comme maladie psychosomatique.
La troisième est qualifiée, dans le jargon médical, de «gouttes retardataires», ou «dribbling», qui souillent les vêtements après une miction. La cause est la même que dans la forme précédente.
Il faut savoir que les hommes supportent beaucoup plus mal l’incontinence urinaire que les femmes, surtout chez les patients de moins de 60 ans, obligés de porter une protection avec des répercussions négatives sur la vie professionnelle et intime. Le patient va tout faire pour éviter les situations à risque et particulièrement les rapports sexuels. Il souffre profondément de son handicap qu’il considère comme un sujet tabou et pour lequel il n’ose pas consulter. Il arrive aux urologues de recevoir des patients plusieurs années après l’apparition de leur incontinence. Des années où ils ont gardé le silence.
Ainsi, avant de prendre en charge un patient, il faut d’abord s’assurer que les symptômes ne sont pas les premiers signes d’une maladie (polype de vessie ou adénome de la prostate). L’urologue propose habituellement en premier lieu des séances de rééducation du sphincter avec un kinésithérapeute spécialisé. Ce n’est qu’en cas d’échec après six mois de rééducation que l’on envisage une intervention. Jusque récemment, on ne pouvait traiter chirurgicalement que les cas sévères et très handicapants d’incontinence, par l’implantation d’un sphincter artificiel (prothèse assurant l’étanchéité de la vessie). Mais, il y a une contrainte : c’est au patient de le manipuler au moyen d’une pompe sous la peau. Aujourd’hui, précise le Dr Belahnech, il y a de nouvelles approches chirurgicales, moins lourdes. L’intervention se fait sous anesthésie loco-régionale et consiste à mettre en place sous le canal de l’urètre une bandelette de polypropylène tressé qui va comprimer l’urètre et aider le sphincter déficient à maintenir la continence. Cette technique découle de celle utilisée chez la femme en cas d’incontinence urinaire d’effort.