Greffe de cornée au Maroc : pour une facilitation des procédures d’importation du greffon

Environ 4 000 personnes sont en attente d’une greffe de cornée au Maroc.
Seul l’hôpital Cheikh Zaid de Rabat réalise 100 greffes chaque année.

Le secteur de l’ophtalmologie libéral au Maroc est capable de combler le déficit.

« Nous, les ophtalmologues du privé, vivons dans une impasse. Le législateur marocain nous donne le droit de pratiquer la greffe de la cornée, mais nous interdit de la prélever d’un cadavre ou de l’importer. Et cela nous empêche de répondre à une demande de plus en plus croissante»,  estime le Dr Abdellatif Badaoui,  président de la Société marocaine d’implantologie et de chirurgie réfractive (Samir), dont l’une des priorités est la relance de la greffe de cornée au Maroc. C’est d’ailleurs le thème principal de son quatrième congrès qui a lieu les 20 et 21 mars à Casablanca.
La Samir veut lancer un débat national en y conviant le ministère de la santé, le législateur, les religieux, les ophtalmologues publics, privés et universitaires et les médias, car le constat est alarmant. On dénombre chaque année 3 000 à 3 500 personnes malvoyantes ou aveugles et qui n’ont pour seule chance de retrouver la vue qu’une greffe de cornée. «Nous voudrions que, dans un premier lieu, la loi nous permette d’importer les cornées. Pour le moment, seul le Centre hospitalier international Cheikh Zaid dispose de cette autorisation qui lui permet de réaliser 100 greffes par an. Mais cela ne représente que 3 à 5% de la demande», précise le Dr Badaoui. De leur côté, les responsables du ministère de la santé rétorquent que chaque centre agréé pour la greffe de cornée peut importer le greffon sur simple demande d’autorisation faite au ministère de la santé.
Une pareille demande reçoit généralement une réponse favorable. Et pour illustrer une facette de la problématique de la greffe de cornée au Maroc, le Dr Badaoui, ophtalmologue depuis plus de vingt ans à Casablanca, évoque un exemple édifiant. Celui de dizaines de jeunes femmes qui se présentent à une consultation d’ophtalmologie au Maroc, en implorant qu’on leur sauve les yeux d’un kératocône qui leur coûterait la vue, et on leur propose d’aller se faire opérer en France ou en  Tunisie. Aujourd’hui, «nous avons les moyens techniques et les compétences humaines pour que cette opération soit faite chez nous, il faudra que les autorités nous accompagnent en adoptant la loi et surtout en planifiant et organisant des campagnes d’information sur les bénéfices du don d’organes et de tissus», souligne le président de la Samir.