Des milliers de Marocains attendent une greffe de cornée

On réalise 50 à 100 greffes de cornée par an à l’hôpital Cheikh Zayd alors que les besoins se chiffrent par milliers

Les greffons
importés coûtent 1 000 dollars l’unité.

Selon des estimations du ministère de la santé et de l’OMS, plus de 500 000 Marocains atteints de cataracte (opacification du cristallin) seraient en attente d’un acte thérapeutique chirurgical. Alors qu’on enregistre 50 000 nouveaux cas par an, seulement 30 000 opérations chirurgicales pour cataracte sont réalisées au Maroc tous secteurs confondus (public, privé, universitaire, militaire). Par ailleurs, des milliers de malades, victimes d’atteinte infectieuse ou traumatique de la cornée, ont pour seule issue thérapeutique la greffe d’une cornée, dont ils ne peuvent bénéficier faute de prélèvement sur cadavre ou en raison du coût élevé de l’importation. Cela contraste avec l’amélioration des techniques thérapeutiques, qui sont parfaitement maîtrisées par les spécialistes marocains.

Ainsi, la chirurgie moderne de la cataracte (phacoemulsification) consiste en de petites incisions de quelques millimètres pour remplacer un cristallin opacifié par un implant pliable, assurant une sécurité pendant l’acte opératoire et une convalescence rapide. Cette chirurgie moderne est pratiquée aussi bien dans le secteur public que dans le privé. Le coût de la prise en charge varie entre 6 000 et 9 000 DH.

Pour les greffes de cornée, en revanche, des milliers de jeunes Marocains sont en situation de handicap visuel, faute de cornée. 70% d’entre eux ont entre 30 et 40 ans. La première solution consiste à prélever des cornées au Maroc, à partir de cadavres. L’autre à importer des greffons. Les spécialistes marocains s’interrogent sur la pertinence de l’importation en exclusivité des USA, pour un coût avoisinant les 1000 dollars l’unité, alors que l’on peut avoir des greffons moins chers et plus disponibles à partir de pays plus proches (Espagne, France ou Belgique…). Pourquoi, à l’ère de la rationalisation des dépenses, continue-t-on à dépenser l’équivalent de 50 000 DH pour certains mutualistes qui vont se faire greffer une cornée en Europe ou en Tunisie, alors qu’avec le même montant on peut en opérer 5 au Maroc. Aujourd’hui, on réalise 50 à 100 greffes de cornée par an à l’hôpital Cheikh Zayd, qui a le mérite de relancer au Maroc cette activité médicale de pointe. Mais cette activité doit se développer. Ainsi, en France, on réalise 3 000 greffes par an, en Tunisie on en pratique 1 000.

Le deuxième congrès national d’implantologie et de chirurgie réfractive, qui aura lieu à Rabat les 5 et 10 mars 2007, est une opportunité pour les scientifiques afin de débattre des deux problématiques sérieuses au Maroc que sont la cataracte et la greffe de cornée.