Dépression, une affaire de généraliste aussi

La dépression touche de 6 à  9% de la population mondiale n La prise en charge de la schizophrénie coûte au Maroc entre 500 et 25 000 DH / mois.

La maladie mentale, comme entité médicale, est universelle, seuls ses modes d’expression diffèrent d’un pays à un autre. C’est en ces termes que le professeur Jamalddine Ktiouet, psychiatre à Rabat, présente cette famille de maladies psychiatriques, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale qui coïncide avec le 10 octobre.

Pour la dépression et les troubles anxieux, la fréquence augmente de façon foudroyante et les projections de l’OMS pour 2020 les mettent en deuxième position dans le monde après les maladies cardio-vasculaires. Par ailleurs, selon des statistiques reconnues mondialement et extrapolables à tout pays, la dépression touche de 6 à 9% de la population, les troubles anxieux de 5 à 8%, quant à la schizophrénie, 1% en sont atteints.

Sur un autre plan, le Dr Ktiouet constate que depuis quelques années, des progrès très significatifs sont observés chez le médecin généraliste (MG) qui prend en charge de mieux en mieux la maladie psychiatrique. Pour la dépression et les troubles anxieux, le MG s’implique de plus en plus, alors que son approche est plutôt timide quand il s’agit de troubles de l’humeur ou des troubles maniaco-dépressifs. Pour la schizophrénie, le diagnostic positif est posé par le MG, cependant, la prise en charge thérapeutique, du fait de sa lourdeur, lui fait encore peur. Ceci s’explique par le fait que pour ces dernières pathologies, les résultats sont moins palpables, alors que pour les troubles dépressifs, les résultats sont gratifiants au bout de 3 à 4 semaines.

Le Dr Ktiouet répartit les progrès réalisés ces 20 dernières années en matière de psychiatrie en trois volets. Le premier est lié à une meilleure connaissance des maladies psychiatriques, en rapport avec l’adoption de nouvelles classifications des maladies mentales, se basant essentiellement sur la classification dite DSM dans sa quatrième version révisée. La grande innovation de cette classification est son pragmatisme, basé sur le faisceau de symptômes décrivant une maladie et non pas sur les différentes théories, qu’elles soient psychanalytique, comportementale ou autre.

Le deuxième grand volet est lié aux progrès de la génétique, de la neurobiologie et de la neuro-imagerie, qui ont montré de façon claire que plusieurs groupes de maladies mentales ont des soubassements génétiques, biologiques voire organiques.

Tout cela débouche sur le troisième volet des avancées acquises en psychiatrie, liées aux progrès de la pharmacologie, permettant la mise au point de thérapeutiques ciblées, agissant sur les neurorécepteurs déficients et épargnant ceux n’ayant fait l’objet d’aucun dérèglement

Quant au coût de la maladie mentale, une étude réalisée par le Dr Jamalddine Ktiouet, dans le cadre de l’Assurance maladie obligatoire (Amo), il est pour la schizophrénie de 500 à 25 000 DH / mois, et de 400 à 800 DH/mois pour la dépression et les troubles anxieux.