Couverture médicale de base : plusieurs défis restent à relever

En 10 ans, le secteur a réalisé des progrès en matière de taux de couverture, de nombre de personnes couvertes, du budget alloué au ministère de la santé…

Dix ans après la mise en place de la couverture médicale de base, le secteur de la santé affiche des réalisations appréciables. En effet, le taux de couverture du risque maladie a atteint 57% en 2015 contre 16% en 2005, soit 5,74 millions pour la CNSS et 3,35 millions pour la CNOPS. Le Ramed, lui, totalise 6,2 millions de personnes couvertes, sachant que 4,9 millions de cartes ont été distribuées. Les autres régimes, eux, en comptent plus de 2 millions.

Sur la même période, le budget du ministère de la santé a atteint 1,4% du PIB, soit une hausse de 15 points de base. De même, les dépenses de la santé ont représenté 6,2% du PIB au lieu de 5,3% en 2005. Pour sa part, le nombre de médecins du secteur public et privé s’est élevé à 17 121, en progression de 1 426. Parallèlement, en 10 ans, 15 nouveaux hôpitaux ont vu le jour, pour porter leur nombre à 143, hors centres d’oncologie qui, eux, sont au nombre de 20 (contre 3 en 2005). De plus, la capacité litière  du secteur public a augmenté de 22,6% pour s’élever à 27 746. Cela, en plus du nombre de pharmaciens qui a atteint 12 234, en croissance de 64%.

En dépit de ces avancées,  beaucoup de défis restent à relever. En effet, au delà de l’extension et de la consolidation du risque maladie, avec l’intégration de la couverture des indépendants dont le régime serait géré par la CNSS et des ascendants qui seraient gérés par la CNOPS, d’autres chantiers paraissent aussi primordiaux dont notamment la gouvernance ; la pérennité du financement et la sauvegarde des équilibres financiers. Si l’on ne prend que l’année 2015, les cotisations ont atteint 9,6 milliards de DH, contre 6,9 milliards de DH de dépenses. Toutefois, le taux de croissance annuel moyen sur la période 2010-2015, s’est établi à 7,6% pour les premières et 9,9% pour les secondes. D’où la nécessité de maîtriser les dépenses en vue de juguler les coûts, et ce, à travers le renforcement des outils de régulation. Dans ces conditions, l’Agence nationale de l’assurance maladie (ANAM) a instauré certaines mesures dont la baisse des prix des médicaments, l’élaboration d’une dizaine de protocoles thérapeutiques par an; la baisse des prix de remboursement d’une vingtaine de dispositifs médicaux; la promotion de la prévention ; la révision tarifaire dans le cadre du renouvellement des conventions nationales ; la promotion du tiers payant et du médicament générique. Il est donc nécessaire de mettre en place une bonne gouvernance du système. D’ailleurs, cela s’inscrit dans le cadre de la nouvelle stratégie de mise en œuvre de la réforme de la couverture médicale de base. Cette stratégie repose, entre autres axes, sur le recadrage des missions de l’ANAM en tant qu’organisme de régulation de la CMB ; l’harmonisation des régimes; l’adaptation du statut juridique de la CNOPS à ses missions ; la révision du cadre juridique régissant les mutuelles et la mobilisation de ressources financières pour le Ramed.

Par ailleurs, le pays a réalisé des avancées importantes en matière d’offre de soins. Toutefois, sur le plan des soins curatifs, beaucoup reste à faire. En effet, cette offre est concentrée sur l’axe Tanger-Agadir, donc mal répartie et reste fragmentée également. Ceci la rend difficilement accessible pour les patients d’autres villes. De plus, une disparité flagrante est à souligner en termes de lits, de médecins et de soins paramédicaux, par rapport à la population, cela sans parler de l’insuffisance des ressources humaines.

Ainsi, une mise à niveau des hôpitaux publics est à prendre en compte, au même titre que la préparation d’une carte sanitaire en vue d’une répartition équitable de l’offre et d’une meilleure accessibilité. De plus, l’application de la loi 131-13 relative à l’exercice de la médecine devrait permettre davantage d’éthique et de déontologie dans l’exercice de la médecine et plus d’investissements provenant du secteur privé dans le secteur de la santé. Cela commence à se matérialiser puisque des hôpitaux privés commencent à voir le jour à Marrakech par exemple, des cliniques aussi dans des villes comme Oued Dahab.